Les « indignations » à géométrie variable de Mbappé
(article écrit sans recours à l’Intelligence artificielle)
Il y a des causes que Kylian Mbappé assume haut et fort. Et puis il y a celles devant lesquelles il préfère retrousser son maillot… L’épisode de Ceuta pose une question évidente : l’engagement du capitaine des Bleus (hélas…) obéit-il à un principe universel ou dépend-il de la cause défendue ?
Mardi 15 septembre, avant le match entre Elche et le Real Madrid, les joueurs madrilènes se voient remettre un tee-shirt portant le message « Todos somos Caballas », autrement dit un message de solidarité avec les habitants de Ceuta. L’initiative, lancée par l’Association valencienne des entrepreneurs et reprise par plusieurs clubs, intervient après l’arrivée massive de migrants depuis le Maroc à Ceuta durant l’été.
La majorité des joueurs affichent le message. Kylian Mbappé, Vinicius et Ibrahima Konaté, eux, choisissent de le dissimuler en retroussant leur tee-shirt, avant de le retirer aussi vite que possible. Les images ne laissent guère de place au doute sur le fait qu’ils ne souhaitent pas afficher publiquement le slogan.
Mbappé n’a évidemment aucune obligation morale de porter un tee-shirt. Il est parfaitement légitime qu’un footballeur refuse d’associer son image à un message qu’il estimerait trop politique, trop ambigu ou simplement contraire à ses convictions. Mais cette liberté individuelle fonctionne dans les deux sens : lorsqu’un sportif utilise régulièrement son immense notoriété pour prendre position sur des sujets de société, le public est également fondé à s’interroger sur la cohérence de ses prises de parole. Car Mbappé n’a jamais véritablement revendiqué le principe selon lequel le football devait rester totalement à l’écart des affaires publiques.
En 2023, après la mort de Nahel, il avait publiquement exprimé son indignation et salué la mort d’un « petit ange » (sic). Plus récemment, il s’est inquiété publiquement d’une éventuelle victoire du Rassemblement national à la présidentielle de 2027. Ces prises de position font partie de l’espace public et ont contribué à faire de lui bien davantage qu’un simple joueur de football. Dès lors, une question surgit : si la parole du footballeur est légitime lorsqu’il s’agit de certains sujets, pourquoi faudrait-il soudainement considérer que le football ne doit pas « faire de politique » lorsqu’une cause ne correspond pas à la « sensibilité » qu’il souhaite exprimer ?
Après la polémique, Mbappé a donné une explication au quotidien espagnol AS. Il affirme être « pleinement solidaire » de Ceuta et de ses victimes, mais explique qu’il voulait également avoir une pensée pour les migrants confrontés eux aussi à des situations dramatiques.
Cet argument produit aussi un étrange effet de miroir. Le tee-shirt ne demandait pas aux joueurs de condamner qui que ce soit. Il affichait un message de soutien aux habitants d’une ville confrontée à une situation exceptionnellement dramatique : une invasion étrangère. D’autres joueurs, dont l’international marocain Ez Abde, l’ont porté tout en expliquant qu’il s’agissait à leurs yeux d’un geste humanitaire et non d’une hostilité envers le Maroc.
Alors, indignations à géométrie variable ? C’est une question légitime lorsqu’on examine la cohérence générale du rapport de Mbappé aux causes publiques. Un engagement universel suppose-t-il de défendre toutes les victimes avec la même visibilité ? Ou chacun est-il libre de choisir les causes auxquelles il associe son image ? Mbappé a choisi la seconde option. Ce qui n’étonnera que ceux qui n’ont pas compris depuis longtemps que c’est un sale type.
Quand on fait de sa célébrité une tribune citoyenne, on ne choisit pas seulement les applaudissements qui accompagnent ses prises de position. On accepte aussi que le public interroge les causes auxquelles on choisit de ne pas s’associer. Mbappé est libre de ses combats. Mais ceux qui regardent ses combats sont, eux aussi, libres de s’interroger sur l’idéologie qui les sous-tend.
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