9 mars 2026

Poubelle ma ville : merci qui ?

Par Philippe Randa

C’en est donc fini du douteux monopole de Paris, considérée jusqu’à peu comme la première cité poubelle de France et même si nombre de villes du Tiers-monde, de l’Afrique à l’Asie en passant par le continent sud-américain, gardent pour le moment du moins, une avance assez grande sur la question.

C’est qu’à l’occasion des élections municipales, la « propreté » des villes a fait irruption dans la campagne électorale, à l’exemple de cet article de Franceinfo au titre explicite : « Je n’ai jamais vu ma ville aussi crade ! »

Et ce n’était donc pas de Paname qu’il était question, mais de… Périgueux où « la gestion des déchets pollue la campagne des élections municipales. »

La raison en est fort simple et concerne désormais l’immense majorité des Français, à l’exception encore et pour peu de temps sans doute, de quelques endroits « privilégiés », depuis non seulement l’arrêt (pour Périgueux en 2023 ; ailleurs, cette mesure a commencé plus tôt) de la collecte « au porte-à-porte » d’abord, puis de l’obligation d’utiliser une carte magnétique pour ouvrir les containers à ordures, nouveau système mis en place par les syndicats mixtes départementaux des déchets.

À Périgueux « en 2026, une personne seule doit débourser 216 € par an pour avoir accès au service public des déchets et obtenir 16 ouvertures de bornes, soit moins d’une toutes les trois semaines… »

Bien évidemment, des associations d’usagers ont tentés de contester juridiquement cette mesure, mais n’ont obtenu qu’un vague souhait émit par les tribunaux pour que soit revue la grille tarifaire… afin de faire payer davantage à ceux qui gagnent (et donc travaillent) plus…

Car en aucun cas, une éventuelle « marche arrière » n’est envisagée ; Pascal Protano, le président du syndicat de gestion des déchets, l’a assuré : « Depuis la mise en place de la redevance incitative, la quantité d’ordures ménagères a diminué de 40 %. »

Dans les containers payant, sûrement, mais dans les rues « on a quasiment des décharges à ciel ouvert dans certains quartiers », s’exaspère Emeric Lavitola, maire socialiste de Périgueux qui « ne peut que constater la quantité de sacs jetés un peu partout dans la ville afin d’éviter de payer des ouvertures supplémentaires ou lorsque les bornes sont pleines ou défectueuses. »

Ce qui ne l’empêche pas d’ajouter, n’oubliant surtout pas de rester politiquement bien correct, que « la conscience écolo du tri des déchets est là, je pense que ce système sera vertueux à terme. »

Mais de la « vertue de l’écologie » à « l’écologie du profit », il n’y malheureusement qu’un pas, une douloureuse, certes, mais indéniable réalité, puisque « rares sont ceux qui se disent prêts à payer les 5,96 € demandés pour chaque ouverture au-delà du quota annuel. »

D’où cette exclamation indignée de cette Pétrocorienne (habitante de Périgueux) : « C’est la mafia de la poubelle ! »

On imagine que les « cas sociaux » dont le nombre ne cesse d’augmenter partout ne seront guère concernés par ces mesures, même s’ils doivent affronter la « brigade de fouille des poubelles », soit des pandores dûement assermentés (scrongneugneu) qui l’année passée ont fouillé 4 200 sacs et identifiés 300 déchetto-terroristes, infligeant à 150 d’entre eux (et les autres ?) des amendes. Coût de la « plaisanterie » : de 400 à 500 000 € par an !

Des esprits contrariants pourraient alors faire remarquer que cela coûterait finalement moins chers aux contribuables, toutes bourses confondues, d’en revenir au système d’antan, sinon de collecte au « porte-à-porte », en tout cas aux containers gratuits pour toutes les ordures ménagères, quels que soient leurs revenus.

Oui, mais ce ne serait pas écolo-punitif, bien sûr…

En attendant, « Comment fait-on l’été ? » interroge Patricia qui habite seule dans un appartement à Périgueux : « J’ai des vers dans mes poubelles quand il fait chaud », assure-t-elle.

Aller à la pêche, tiens !

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