Intervention d’Emmanuel Leroy au Colloque Centre culturel 15 octobre 2018 (deuxiùme partie)

Au fil du temps et de mes rĂ©flexions, j’ai acquis la conviction que l’on ne peut comprendre les Ă©vĂ©nements gĂ©opolitiques sans avoir prĂ©sent Ă  l’esprit ce que le grand historien Fernand Braudel appelait la longue histoire et qui renvoie en quelque sorte Ă  l’aphorisme de Nietzsche selon lequel l’homme de l’avenir sera celui qui aura la plus longue mĂ©moire.

Si l’on refuse l’idĂ©e que la plupart des guerres, des coups d’État, des « rĂ©volutions de couleur » auxquels nous assistons relĂšvent d’une trĂšs ancienne vision du monde que j’appelle l’IdĂ©ologie anglo-saxonne, on se trouve alors dans la situation d’un mĂ©decin traitant un cancer avec de l’aspirine.

Qu’est-ce que l’idĂ©ologie anglo-saxonne ?

C’est ce que Kipling a appelĂ© Le Grand jeu lors de l’affrontement des empires russe et britannique dans ce qui n’était pas encore l’Afghanistan. Mais le Grand jeu c’était aussi l’éradication du catholicisme en Angleterre sous Cromwell, c’était la politique des William Pitt, pĂšre et fils, dans l’avĂšnement de la RĂ©volution française et de la prise de contrĂŽle de la France aprĂšs la dĂ©faite de Waterloo, c’était la politique impĂ©riale de Benjamin Disraeli, c’était la guerre du Japon contre la Russie en 1905 et la 1re rĂ©volution qui suivit, financĂ©e par les banques anglo-saxonnes, tout comme la rĂ©volution bolchevique de 1917, ce furent les deux guerres mondiales et ce jeu, car pour eux c’est un jeu, mĂȘme s’il est souvent cruel, continue jusqu’à aujourd’hui avec l’Afghanistan, la Libye, la Syrie, la GĂ©orgie, l’Ukraine, le YĂ©men etc.

Je n’aurai pas le temps en quelques minutes de vous rĂ©sumer cinq siĂšcles d’histoire europĂ©enne et a fortiori mondiale, aussi, je voudrais juste esquisser devant vous quelques pistes de rĂ©flexion afin que vous creusiez vous-mĂȘme dans cette direction si vous l’estimez nĂ©cessaire.

Le grand rĂȘve de puissance et d’hĂ©gĂ©monie mondiale de l’oligarchie anglaise est nĂ©, selon moi, au retour de l’expĂ©dition autour du monde du pirate Francis Drake le 26 septembre 1580 oĂč la part du butin volĂ© aux Espagnols et rĂ©servĂ©e Ă  la reine Elisabeth reprĂ©sentait selon certaines sources une fois et demie le budget annuel du royaume. Francis Drake est probablement devenu aprĂšs ses exploits le modĂšle Ă  suivre et parmi ses nombreux admirateurs, un en particulier mĂ©rite d’ĂȘtre retenu, Walter Raleigh (cf. controverse École de la nuit), car il est le premier, Ă  avoir conceptualisĂ© l’idĂ©e d’hĂ©gĂ©monie anglo-saxonne sur le monde. En effet, ce gentilhomme, un peu pirate lui aussi, eut le temps d’écrire avant sa mort un ouvrage intitulĂ© l’Histoire du monde et dans lequel il affirme : « Qui tient la mer tient le commerce du monde, qui tient le commerce tient la richesse, qui tient la richesse du monde tient le monde lui-mĂȘme ».

C’est lĂ , Ă  partir de cet exploit de piraterie exceptionnel, qu’est nĂ©e cette idĂ©e de parvenir Ă  la suprĂ©matie mondiale par la puissance maritime et l’accaparement des richesses d’autrui.

Mais ce qu’il faut bien comprendre – et c’est cela qui est vĂ©ritablement rĂ©volutionnaire – c’est que cette idĂ©e s’est transmise de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration Ă  travers les siĂšcles au sein des Ă©lites anglo-saxonnes notamment chez le Britannique Mackinder dont la formule maĂźtresse est « Qui tient l’Europe orientale tient le heartland, qui tient le heartland domine l’üle mondiale, qui domine l’üle mondiale domine le monde » et qui s’est transformĂ©e chez l’AmĂ©ricain Spykman dans la formule plus ramassĂ©e « Qui contrĂŽle le rimland gouverne l’Eurasie ; qui gouverne l’Eurasie contrĂŽle les destinĂ©es du monde ».

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’à trois siĂšcles de distance, ces trois personnages partagent tous l’idĂ©e de domination du monde et c’est lĂ  vĂ©ritablement qu’il faut comprendre la nature profonde de cette idĂ©ologie.

Mais alors en quoi cette idéologie anglo-saxonne serait-elle russophobe ?

Elle n’est pas spĂ©cifiquement russophobe, elle a d’abord Ă©tĂ© francophobe, puis hispanophobe, puis Ă  nouveau francophobe, puis germanophobe, mais il se trouve qu’aprĂšs les dĂ©faites successives de l’Espagne Ă  la fin du XVIIe siĂšcle, de la France en 1815, des empires centraux en 1918 et du monde germanique en 1945, il ne reste plus qu’un protagoniste sur le continent eurasiatique Ă  s’opposer aux Anglo-Saxons, et c’est le peuple russe.

VoilĂ  briĂšvement rĂ©sumĂ©es, les causes profondes de la russophobie et tant que l’on n’a pas intĂ©grĂ© cette vision de la longue histoire, on ne peut comprendre vĂ©ritablement la nature des conflits qui sont en cours. Ces conflits sont des Ă©tapes, des Ă©piphĂ©nomĂšnes dans le Grand jeu de contrĂŽle des destinĂ©es de l’humanitĂ© par la nomenklatura anglo-saxonne et la Russie est le dernier grand obstacle qui se dresse devant elle et voilĂ  pourquoi elle doit disparaĂźtre. À n’importe quel prix.

Et elle a bien failli disparaĂźtre en 1991 quand elle perdit 1/5e de son territoire et plus de 30 millions de ses concitoyens qui sont aujourd’hui, Kazakhes, Kirghizes, OuzbĂšks ou Tadjiks. Elle a failli mourir aussi durant ces annĂ©es quatre-vingt-dix oĂč elle fut pillĂ©e et saccagĂ©e ignominieusement par des prĂ©dateurs travaillant en Ă©troite relation avec la finance anglo-saxonne.

Pour ceux qui voudraient un dessin explicite, je leur conseille de visiter l’acadĂ©mie Glazounov Ă  Moscou oĂč au 1er Ă©tage se trouve un immense tableau de cet illustre peintre et rĂ©sumant parfaitement le martyre que subit la Russie dans ces annĂ©es terribles.

Oui, je pense Ă©galement que la fin de l’Union soviĂ©tique a Ă©tĂ© la plus grande catastrophe gĂ©opolitique du XXe siĂšcle car elle a permis Ă  l’occident d’avancer jusqu’aux frontiĂšres de la Russie et mĂȘme de mettre la main sur son cƓur historique, la Rus’de Kiev.

À ce stade, que peut faire la Russie pour inverser le processus et mettre un terme Ă  l’hĂ©gĂ©monie totale de ceux qui veulent prendre en main les destinĂ©es du monde, car tout bien pesĂ©, c’est bien de cela dont il s’agit : Unipolaire ou multipolaire le monde de demain devra choisir et dans ce contexte d’antagonisme absolu, que pourra faire la Russie ?

Et tout d’abord
 Que veut faire la Russie ?

(troisiÚme partie publiée demain).

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