Aldous Huxley écrit Le Meilleur des mondes en 1932 et George Orwell 1984 en 1949. Ces deux ouvrages sont à lire ou relire tant ils préfigurent et dénoncent des formes de sociétés totalitaires qui sont en réalité trÚs proches de nos démocraties modernes. Il y aurait tant à dire !

À l’heure de la mondialisation et de l’internet, de la mise en coupe rĂ©glĂ©e de la libertĂ© par le « cloud » et des dĂ©nonciations du lanceur d’alerte Edward Snowden, les dangers du totalitarisme ne sont plus Ă  venir, mais sont effectivement arrivĂ©s.

Pour complĂ©ter ce tableau visionnaire de notre rĂ©alitĂ© politique, n’oublions pas Étienne de la BoĂ«tie et son Discours de la servitude volontaire paru en 1576, sans lequel rien ne pourrait exister


Le Meilleur des mondes et 1884 dĂ©peignent, l’un une sociĂ©tĂ© ultralibĂ©rale, l’autre un rĂ©gime de type communiste, mais les deux aboutissent Ă  un asservissement du peuple, conditionnĂ© pour un bonheur qu’il n’a pas choisi.

La mondialisation rĂ©gente notre planĂšte, les citoyens subissent une discipline physique et mentale sciemment dĂ©personnalisante. Que dire en effet de l’uniformisation humaine, culturelle, politique, Ă©conomique, identitaire, imposĂ©e par notre mondialisation ?

Le Meilleur des mondes met l’accent sur l’infantilisation des citoyens-consommateurs au nom d’un bien communautaire obligatoire, sorte d’identitĂ© heureuse
 Dans 1984, leur conscience se rĂ©duit Ă  une orthodoxie haineuse, leur existence « aux dĂ©lices sadomasochistes d’un malheur conforme », sorte d’identitĂ© malheureuse moderne.

George Orwell invente le terme de « Big Brother » dans 1984, qui incarne un totalitarisme obsĂ©dĂ© par le Pouvoir. L’ordre social obĂ©it en rĂ©alitĂ© Ă  la loi de ce nouveau LĂ©viathan de Hobbes. Chacun doit se soumettre Ă  lui, puis Ă©craser semblablement ses concitoyens, dans un complexe de peur et de haine totalement infantile. N’en sommes-nous pas là ?

Le meilleur des mondes a pour lien social une sorte d’amour qui repose dans une solidaritĂ© de type associatif
 gĂ©nĂ©rositĂ© obligatoire du cƓur. Dans 1984, le lien social est la haine – amour et haine sont tellement proches souvent
 et notre jeunesse n’a-t-elle pas si souvent « la haine » devenue si banalisĂ©e ? La haine de tout et de tous ceux qui pourraient infinitĂ©simalement s’écarter de la ligne officielle, une haine qui est fortifiĂ©e chaque jour, en face du « TĂ©lĂ©cran », lors du sport rituel intitulĂ© « Les deux minutes de la haine ». Il est frappant de constater que nos sociĂ©tĂ©s europĂ©ennes – mais surtout française – mĂ©langent l’obligation de cet « amour-gĂ©nĂ©rositĂ© anesthĂ©siant des bien-pensants » avec le dĂ©veloppement d’un climat de haine de plus en plus palpable, et entretenu par nos Ă©lites (les nouveaux dirigeants d’Huxley et Orwell) contre tout ce qui ne pense pas comme elles.

La soumission « volontaire » s’effectue au nom des grands principes vĂ©hiculĂ©s par nos nouveaux Big Brother : la tĂ©lĂ©vision, les mĂ©dias officiels, internet, les Ă©lites.

Soumission qui veut faire croire Ă  une libertĂ© totale qui n’est qu’un esclavage programmé : fin de l’histoire, dĂ©culturation, semblant de libertĂ© grĂące Ă  l’ordinateur et l’iPhone, dĂ©gradation des niveaux d’études, baisse des QI, drogue, pseudo-individualisme d’arriĂšre-cuisine.

Le Meilleur des mondes, comme 1984, dĂ©crit une civilisation dans laquelle l’histoire n’existe plus. La caste dirigeante, pour conserver Ă  jamais sa domination – sous prĂ©texte de faire le bien des hommes – a pour objectif essentiel la stabilitĂ© sociale obtenue par l’amour de la servitude grĂące aux divertissements audiovisuels qui neutralisent la conscience critique, et le « soma », une drogue qui procure l’euphorie sans les ennuis de l’accoutumance. On s’y croirait, non ?


En outre, les journaux et les livres, rĂ©Ă©crits s’il le faut, cĂ©lĂšbrent la « rĂ©alité » qu’invente la classe dirigeante (nos « élites ») qu’il est obligatoire de « croire ». La conscience collective est sans mĂ©moire : elle ne se constitue que de la consommation de l’actualitĂ© officielle, actualitĂ© qui ne met en exergue que la mĂ©moire qui peut servir aux dirigeants
 Notre modernitĂ© y a rajoutĂ© la Justice et la judiciarisation de la vĂ©ritĂ© politique officielle.

Des conclusions de ces ouvrages, il rĂ©sulte que le combat militant contre l’oppression du systĂšme commence par un travail psychopolitique de luciditĂ© sur soi-mĂȘme
 En effet, mais qui peut favoriser ce travail en dehors de mĂ©dias confidentiels et ostracisĂ©s ? Car ce travail serait dĂ©vastateur pour nos « élites ».

Le peuple ne doit plus penser à autre chose que ce que lui a laissé le lavage de cerveau médiato-élitique de notre société culpabilisante. Pourtant la solution est simple : il suffit de refuser cette « servitude » soi-disant « volontaire ». Mais faudrait-il pour cela en prendre déjà conscience.

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Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

A propos de l'auteur

Richard Dessens

Enseignant pendant plusieurs annĂ©es dans une Ă©cole prĂ©paratoire aux concours d’entrĂ©e aux IEP et Écoles de journalisme, Richard Dessens crĂ©e et dirige parallĂšlement une troupe de thĂ©Ăątre dans la rĂ©gion de Montpellier. Docteur en droit, DEA de philosophie et licenciĂ© en histoire, il est l’auteur d’ouvrages de philosophie et d’histoire des idĂ©es politiques, de relations internationale. Il a entres autres livres publiĂ© aux Ă©ditions Dualpha "Henri Rochefort ou la vĂ©ritable libertĂ© de la presse", "La dĂ©mocratie interdite" et "Histoire et formation de la pensĂ©e politique".

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