Le Ramadan 2017 aura permis Ă  un prĂ©sident de la RĂ©publique française de partager pour la premiĂšre fois un dĂźner de rupture du jeĂ»ne avec les membres les plus importants de l’instance reprĂ©sentative du culte musulman. Cet Ă©vĂ©nement ne pouvait me laisser insensible. Tout au long de mon enfance et de mon adolescence, j’avais en effet partagĂ© avec mes camarades de classe ou mes voisins ces instants festifs que dĂ©clenchait le traditionnel coup de canon qui rĂ©percutait son Ă©cho dans l’impressionnante gorge qui traversait Constantine. C’est sans doute ce qui occasionna le rĂȘve que j’ai fait la nuit suivante


À l’issue du repas auquel j’avais Ă©tĂ© conviĂ© par la grĂące d’un djinn anonyme, autour d’un allĂ©chant plateau de douceurs orientales propices Ă  l’instauration d’un climat dĂ©tendu et par consĂ©quent Ă  des Ă©changes beaucoup plus spontanĂ©s, la conversation s’était dĂ©placĂ©e sur un terrain que bon nombre d’observateurs auraient pourtant qualifiĂ© de glissant.

Avec la curiositĂ© du nĂ©ophyte, notre jeune PrĂ©sident faisait part de la crainte que lui causaient certaines sourates du Coran dont une lecture littĂ©rale pouvait engendrer des effets certainement pervers. Sa connaissance du Saint Livre et son souci de l’éventuelle application de ses prĂ©ceptes Ă  la vie politique française ne manquaient d’ailleurs pas de m’étonner.

Il s’inquiĂ©ta tout d’abord de l’interprĂ©tation du verset 40 de la sourate 8 et de son impact sur les partis politiques ou le gouvernement dont la plupart des membres Ă©taient athĂ©es ou francs-maçons. En effet, concernant les incrĂ©dules et les impies ne leur imposait-elle pas un traitement des plus rudes : « Combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de schisme et que la religion sainte triomphe universellement ». Le verset 74 de la sourate 9 n’était d’ailleurs guĂšre plus rassurant : « Combats les incrĂ©dules et les impies. Traite-les avec rigueur. L’enfer sera leur affreuse demeure. »

Sur ce dernier point, un oulĂ©ma au sourire plus mielleux que le zlabia qu’il dĂ©gustait, lui fit remarquer doctement que, Ă©tant impies par conviction, ils ne pouvaient pas croire Ă  l’enfer et que, de ce fait, ils ne manqueraient pas de s’en tamponner le coquillard avec une plume de hareng saur (image audacieuse de conteurs arabes empruntĂ©e aux Vikings lors de leur remontĂ©e du Guadalquivir jusqu’à SĂ©ville en 844).

À peine rassurĂ©, notre Ă©lĂ©gant chef de l’État avait soulignĂ© que dans l’attelage trĂšs rĂ©publicain qu’il Ă©tait tenu de diriger et d’oĂč avaient Ă©tĂ© progressivement expulsĂ©s, au nom du progrĂšs, bon nombre de prĂ©ceptes moraux concernant la famille et notamment la fidĂ©litĂ© conjugale et l’homosexualitĂ©, ou encore la probitĂ© dans l’exercice de son devoir d’État, le verset 29 de la sourate 29 risquait de dĂ©clencher un vent de panique chez des citoyens on ne peut plus libĂ©rĂ©s : Combattez ceux qui ne croient pas en Dieu ni au jour dernier et ne s’interdisent pas ce que Dieu et son EnvoyĂ© ont prohibĂ©.

Le prĂ©sident de l’instance l’interrompit pour lui faire remarquer fort benoĂźtement que l’impact du verset sur les enfants de la Fille aĂźnĂ©e de l’Église ne devrait pas l’inquiĂ©ter outre mesure car le dialogue interreligieux instaurĂ© par la confĂ©rence des Ă©vĂȘques de France s’était dĂ©jĂ  employĂ© avec un succĂšs certain Ă  gommer l’effet fĂącheux qu’aurait pu avoir la seconde partie du verset :

« Combattez Ă©galement ceux parmi les gens du livre qui ne professent pas la religion de la vĂ©ritĂ©, Ă  moins qu’ils ne versent la capitation directement et en toute humilitĂ©. »

L’humilitĂ© n’est-elle pas une vertu tout aussi catholique que maçonnique ? DĂ©tendez-vous, Monsieur le PrĂ©sident.

Pour clore le chapitre, un imam distinguĂ© eut alors recours Ă  l’argument inattaquable qui consiste Ă  distinguer le combat spirituel du combat physique, confusion que ne manquent jamais d’entretenir les islamophobes de tout poil, et des islamistes dĂ©biles ou atteint de troubles mentaux comme le souligne d’ailleurs le plus souvent la presse française traitant des attentats commis sur le territoire national.

L’invitĂ© prestigieux en convint pour s’interroger aussitĂŽt sur la compatibilitĂ© avec les lois de la RĂ©publique du verset 189 de la sourate 2 et des versets 26-27 de la sourate 71 : « Combattez vos ennemis jusqu’à ce que vous n’ayez plus Ă  craindre la tentation et que le culte divin soit Ă©tabli » et « Seigneur, ne laisse subsister sur la terre aucune famille infidĂšle, car si Tu en laissais, ils sĂ©duiraient Tes serviteurs et n’enfanteraient que des impies et des incrĂ©dules. »

Comment concilier ces prĂ©ceptes avec la libertĂ© de conscience ? L’islam n’est-il pas par excellence la religion de la tolĂ©rance ?

« Inch’Allah ! Si Dieu le veut ! », lui rĂ©pondit l’assistance dans un bel ensemble alors que makrouds et baklawas commençaient Ă  manquer sur le savoureux plateau de la tentation.

Un trouble parut affecter soudainement la sĂ©rĂ©nitĂ© souriante du Kennedy français. Telle une arĂȘte de brochet, le verset 62 de la sourate 8 semblait lui rester en travers de la gorge. Il s’efforça de le recracher le plus discrĂštement possible sans embarrasser les convives. « Unissez vos efforts, rassemblez vos chevaux, afin de jeter l’épouvante dans l’ñme des ennemis de Dieu, des vĂŽtres et de ceux que vous ignorez. Dieu les connaĂźt. Tout ce que vous avez dĂ©pensĂ© pour son service vous sera rendu. Vous ne serez point trompĂ©s. »

GĂȘnĂ© par le caractĂšre extrĂȘme de l’injonction, il demanda fort prudemment s’il ne s’agissait pas lĂ  d’une regrettable erreur d’interprĂ©tation sinon de traduction. Il eut mĂȘme recours, pour justifier son doute, Ă  l’un des 99 qualificatifs donnĂ©s Ă  Dieu par les Musulmans eux-mĂȘmes : « Allah le misĂ©ricordieux ! » La misĂ©ricorde ne s’oppose-t-elle pas Ă  la terreur ?

LĂ  encore, dans un ensemble toujours parfait, les croyants profĂ©rĂšrent un « Mektoub ! C’était Ă©crit ! » dont la sĂ©cheresse implacable eut l’effet immĂ©diat de me rĂ©veiller.

Ne trouvant pas le sommeil, je mĂ©ditai les versets 3 Ă  12 du chapitre V de l’Évangile selon Saint Mathieu sur « les BĂ©atitudes » Un lecteur charitable pourrait-il m’expliquer pareil coq Ă  l’ñne ?

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Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

A propos de l'auteur

Jean-Pierre Brun

NĂ© Ă  Souk Ahras, Jean-Pierre Brun a sillonnĂ© l’AlgĂ©rie. Il a rejoint l’ArmĂ©e SecrĂšte et s’est retrouvĂ© Ă  Paris au sein de l’OAS MĂ©tro Jeunes
 Il est l'auteur de plusieurs livres aux Ă©ditions Dualpha.

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