Comment une pandĂ©mie qui ferait quatre fois moins de morts que la « grippe de Hong Kong » de 1969 – et dont personne ne se souvient –, ou un Ă©quivalent de deux grippes classiques saisonniĂšres, ou beaucoup moins de morts que d’autres maladies virales ou bactĂ©riennes tous les ans dans le monde ; comment le Covid-19 peut-il donc mettre le monde occidental sens dessus dessous au point de remettre en cause – du moins en paroles larmoyantes, Ă©phĂ©mĂšres et de circonstances – l’ordre mondial et sa splendide Ă©conomie ultralibĂ©rale mondialisĂ©e ?

Coronavirus Pandémie.

Coronavirus Pandémie.

Cette pandĂ©mie ne touche trĂšs majoritairement que les pays occidentaux – le reste est nĂ©gligeable – et encore dans des proportions telles qu’on vient de les rappeler. En outre elle n’affecte principalement que les pays riches aux PIB dans le top vingt, mais par le ricochet de la mondialisation tout le monde est finalement concernĂ©.

Much ado about nothing ? (William Shakespeare « beaucoup de bruit pour rien »). Pas pour les milliers de malades en dĂ©tresse pendant des semaines ou qui en meurent, mais comme dans beaucoup d’autres affections virales dont on ne parle jamais. Statistiquement, le Covid-19 est presque banal et quasi nĂ©gligeable en pourcentage. Rappelons qu’il y a 1700 morts par jour en France en temps normal
 Alors pourquoi un tel dĂ©calage entre les mesures prises et la rĂ©alitĂ© chiffrĂ©e d’une maladie somme toute limitĂ©e ?

Certains chiffres sont intĂ©ressants : les moins de 50 ans ne sont quasiment pas touchĂ©s
et les moins de 40 ou 30 ans encore moins concernĂ©s. En revanche les cas graves et les morts commencent aprĂšs 50 ans et s’accĂ©lĂšrent aprĂšs 65/70 ans pour culminer au-delĂ  de 80 ans. Les plus concernĂ©s par cette pandĂ©mie sont par consĂ©quent les moins actifs de la population (aprĂšs environ 60 ans) et la maladie ne devrait pas affecter les forces vives des États Ă  quelques exceptions trĂšs marginales. Pourquoi alors arrĂȘter toutes les Ă©conomies pour protĂ©ger une population pas ou trĂšs peu concernĂ©e, en tout cas Ă  la marge, par la pandĂ©mie ? Illogique, incohĂ©rent
sauf si on attache un brusque intĂ©rĂȘt d’une part Ă  des personnes trĂšs ĂągĂ©es en maison de retraite – personnes souvent abandonnĂ©es par leurs familles qui les voient une ou deux fois par an en rĂ©alitĂ©, et dans de nombreux cas assez mal traitĂ©es dans ces institutions, n’en dĂ©plaise aux chiffes et dĂ©clarations officielles –, et d’autre part Ă  la gĂ©nĂ©ration des 65/75 ans.

Or, cette gĂ©nĂ©ration est celle du baby-boom, trĂšs nombreuse, celle de mai 68, celle qui a donnĂ© le ton Ă  l’idĂ©ologie libertaire de nos sociĂ©tĂ©s occidentales et qui a Ă©tĂ© accoutumĂ©e Ă  dominer, Ă  imprĂ©gner de toute son influence les politiques, la culture, les comportements sociĂ©taux, depuis 50 ans.

Le Covid-19 apparaĂźt ainsi d’un certain point de vue comme une manifestation de ce que Pareto appelait le « renouvellement des Ă©lites » qui s’opĂšre toujours dans des bouleversements majeurs (guerres, rĂ©volutions, troubles
 aujourd’hui virus ?) tant ceux qui dĂ©tiennent le pouvoir, et surtout celui des idĂ©es dominantes, s’y accrochent dĂ©sespĂ©rĂ©ment. La seule solution, d’aprĂšs Pareto est leur Ă©limination. Dont acte.

La gĂ©nĂ©ration baby-boom vient de comprendre que son temps Ă©tait passĂ© et que de jeunes loups de type « macronien » les poussaient dehors, parfois au prix d’une idĂ©ologie pire encore que la leur ! Mais une autre tendance gĂ©nĂ©rationnelle – celle des mal nommĂ©s « populistes » – aussi, avec une autre pensĂ©e, celle-ci dite « incorrecte ».

Pourtant, la place encore centrale de la gĂ©nĂ©ration des baby-boomers, surtout aux plans Ă©conomiques et culturels, en fait une caste privilĂ©giĂ©e, protĂ©gĂ©e, dramatisĂ©e, mĂȘme si elle est devenue avec le virus intouchable au sens qu’il revĂȘt en Inde !

Tant qu’une maladie ou un phĂ©nomĂšne touchait les personnes trĂšs ĂągĂ©es, on en parlait peu : la grippe saisonniĂšre fait autour de 10000 morts par an chez les plus de 80 ans ; la canicule de 2003, au moins 15000 morts en deux semaines (beaucoup plus que le Covid-19 dans la mĂȘme tranche de population et sur une pĂ©riode beaucoup plus courte).

La vĂ©ritĂ© repose sur l’utopie de l’immortalitĂ© – et de la sacralisation aberrante de la vie humaine – d’une gĂ©nĂ©ration d’aprĂšs-guerre qui a causĂ© beaucoup de mal aux sociĂ©tĂ©s occidentales et qui est atterrĂ©e par une maladie dont elle est une des principales cibles. En outre, nos sociĂ©tĂ©s, Ă  son image, ont rejetĂ© l’idĂ©e de la mort au rang des risques qui ne concernent que la Nature dont elles pensaient ĂȘtre dĂ©couplĂ©es et supĂ©rieures depuis que la Nature a Ă©tĂ© maĂźtrisĂ©e par la science et le sacro-saint progrĂšs. La Nature rappelle Ă  ces hommes qui se croyaient dĂ©ifiĂ©s qu’ils devraient reconsidĂ©rer avec une grande humilitĂ© les idĂ©ologies qui les placent au-dessus de la Nature et accepter qu’ils ne soient qu’une partie d’un grand Tout mortel. Oui, l’homme est mortel.

La gĂ©nĂ©ration de 1968 est enfin en train de disparaĂźtre, non dans la mort qui reste tout de mĂȘme assez marginale, mais dans sa prise de conscience que son influence vient de livrer un dernier baroud de dĂ©shonneur en rĂ©volutionnant encore une fois l’Occident pour prĂ©server Ă  tout prix son intĂ©gritĂ© bouleversĂ©e par un virus insolent et irrespectueux de son pouvoir.

Le renouvellement des éternelles « élites » soixante-huitardes est-il enfin en cours ?

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A propos de l'auteur

Richard Dessens

Enseignant pendant plusieurs annĂ©es dans une Ă©cole prĂ©paratoire aux concours d’entrĂ©e aux IEP et Écoles de journalisme, Richard Dessens crĂ©e et dirige parallĂšlement une troupe de thĂ©Ăątre dans la rĂ©gion de Montpellier. Docteur en droit, DEA de philosophie et licenciĂ© en histoire, il est l’auteur d’ouvrages de philosophie et d’histoire des idĂ©es politiques, de relations internationale. Il a entres autres livres publiĂ© aux Ă©ditions Dualpha "Henri Rochefort ou la vĂ©ritable libertĂ© de la presse", "La dĂ©mocratie interdite" et "Histoire et formation de la pensĂ©e politique".

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