La France subit une Ă©niĂšme confrontation gouvernement-syndicats, cette fois pour la Loi El Khomri sur le travail, tandis que le week-end dernier, en Suisse, un rĂ©fĂ©rendum d’initiative populaire a donnĂ© lieu Ă  un rejet par 76,9 % des Ă©lecteurs du « revenu de base inconditionnel », soit le versement pour tous les citoyens, dĂšs leur naissance, quelle que soit leur situation personnelle, d’une somme forfaitaire, allouĂ©e Ă  vie et devant leur assurer un minimum vital, sans contrepartie aucune.

Ces deux Ă©vĂ©nements semblent a priori sans rapport direct ; ils participent pourtant l’un et l’autre de la mĂȘme volontĂ© de dĂ©considĂ©rer la valeur du travail sur laquelle se sont bĂąties les sociĂ©tĂ©s occidentales


D’abord parce que les grĂšves suscitĂ©es depuis quelques jours en France principalement par la CGT vont cesser Ă  la veille de l’Euro de football ; il n’est pas envisageable, concevable, acceptable, pensable, d’empĂȘcher ou de contrarier un tant soi peu un tel Ă©vĂ©nement sportif, vĂ©ritable tabou citoyen. Tout le monde l’admet comme une Ă©vidence incontournable.

Les grĂšves, ajoutĂ©es aux intempĂ©ries rĂ©centes, ont occasionnĂ©, directement ou indirectement, des millions d’euros de pertes pour beaucoup d’entreprises, avec des consĂ©quences directes et inĂ©luctables : la mise au chĂŽmage de milliers de Français supplĂ©mentaires, l’affaiblissement passager ou durable des PME et des TPE


Ces grĂšves ont ainsi ralenti toute l’économie du pays qui tarde tant, nous serine-t-on, Ă  redĂ©marrer
 et donc, autre consĂ©quence inĂ©vitable, ont contribuĂ© Ă  davantage paupĂ©riser Ă  terme les plus dĂ©munis de nos concitoyens, tout en divisant un peu plus encore les Français entre eux Ă  moins d’un an de l’élection prĂ©sidentielle


Pourtant, ces grĂšves ne semblent avoir dans l’Opinion publique qu’une importance nĂ©gligeable ! Plaie d’argent n’est pas mortelle, dit un dicton populaire.

Bloquer l’activitĂ© Ă©conomique, c’est la normalitĂ© d’une sociĂ©tĂ© autoproclamĂ©e dĂ©mocratique, si sourcilleuse de « valeurs » assurĂ©es d’ĂȘtre « rĂ©publicaines », Ă  dĂ©faut d’ĂȘtre prĂ©cisĂ©es
 Mais Jean-Claude Mailly, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de Force ouvriĂšre, a tenu Ă  bien le faire savoir : « Personne n’a dit : “On va bloquer l’Euro”. On n’est pas stupide. »

Et la CGT, principale centrale syndicale – peut-ĂȘtre plus pour longtemps –, sait bien qu’elle devra, comme ses consƓurs, forcĂ©ment cesser toutes ses actions un mois durant (jusqu’au 10 juillet, fin de l’Euro de foot)
 et qu’elle ne pourra rien entreprendre Ă  nouveau contre l’économie française avant septembre, pour cause de sacro-saintes vacances d’étĂ© durant lesquelles, pour la majoritĂ© de nos concitoyens, il n’est pas question, voire « interdit », de « penser travail ». Pas question pour les derniers syndicalistes – espĂšce s’il en est en voie de disparition – de braquer trop ostensiblement l’Opinion publique contre eux et plus encore contre leurs derniers avantages acquis, dont celui de leur douteuse reprĂ©sentativité 

Ce que les citoyens subissent, bon grĂ©, mal grĂ©, au dĂ©triment de leurs heures de travail, il n’est pas question qu’il en soit de mĂȘme avec leurs journĂ©es de farniente


L’Initiative populaire « Pour un revenu de base inconditionnel » en Suisse ce week-end est assise sur la mĂȘme logique anti-travail
 et il serait dangereux de croire cette utopie mortifĂšre enterrĂ©e sous les 76,9 % de bulletins de vote qui l’ont rejetĂ©e
 Les instigateurs de cette fumisterie Ă©conomique, loin d’ĂȘtre dĂ©pitĂ©s, sont au contraire plus combatifs que jamais. Ainsi Daniel HĂ€ni, l’un de ses coauteurs, a immĂ©diatement fait savoir haut et fort que celle-ci avait bel et bien remportĂ© dimanche une victoire
 fut-elle seulement, mais justement, morale : « En tant qu’homme d’affaires, je suis rĂ©aliste et je m’attendais Ă  un “oui” de l’ordre de 15 %, mais il semble que nous soyons plutĂŽt Ă  plus de 20 %, voire peut-ĂȘtre Ă  25 %. Je trouve ça fabuleux, sensationnel », s’est-il rĂ©joui dĂšs les premiĂšres annonces du rĂ©sultat Ă  la tĂ©lĂ©vision suisse
 Il a ajouté : « Quand je vois l’intĂ©rĂȘt portĂ© (au sujet) par les mĂ©dias, y compris Ă  l’étranger, je me dis que nous lançons lĂ  une tendance  »

Une « tendance », oui
 ou plutĂŽt un premier coup de boutoir qui ne sera pas sans suite
 23 %, score dĂ©finitif, ce n’est pas rien, c’est mĂȘme beaucoup : c’est 1 Ă©lecteur sur 4 en Suisse, pays oĂč la valeur du travail n’a jamais Ă©tĂ© particuliĂšrement remise en cause


Que l’on imagine le rĂ©sultat final d’un tel rĂ©fĂ©rendum pour ou contre « un revenu de base inconditionnel » s’il devait se tenir un jour en France