Le 11 janvier dernier, 19 millions de TaĂŻwanais Ă©taient convoquĂ©s aux urnes pour Ă©lire leur prĂ©sident, leur vice-prĂ©sident et leurs dĂ©putĂ©s. L’enjeu Ă©tait de taille : ou la petite Chine nationaliste s’enfonçait, lentement mais sĂ»rement, sur la voie de la soumission Ă  PĂ©kin, ou elle rĂ©affirmait sa volontĂ© d’indĂ©pendance face Ă  sa monstrueuse « sƓur » continentale.

La fiction « d’une seule Chine »

Jamais depuis 1949, oĂč le vieux chef nationaliste, le marĂ©chal Tchang-KaĂŻ-Chek, s’était rĂ©fugiĂ© Ă  Formose, l’antique Formosa des Portugais, pour Ă©chapper avec son armĂ©e Ă  la capture communiste, les TaĂŻwanais   n’avaient eu Ă  ce point leur destin en main. Longtemps, le gouvernement nationaliste du Kuomintang, le KMT, a revendiquĂ© la thĂ©orie d’une seule Chine, le gouvernement de TaĂŻpeh Ă©tant le seul alors reconnu pour toute la Chine.

Au fil du temps et des reconnaissances du rĂ©gime de PĂ©kin comme Ă©tant le seul gouvernement de la seule Chine par les Occidentaux, la fiction s’est effilochĂ©e, pour finir par s’effondrer. Il y a longtemps que la « RĂ©publique de Chine » ne siĂšge plus Ă  l’ONU, et que ses chancelleries ferment les unes aprĂšs les autres, ne laissant subsister des ambassades que dans des pays mineurs, bien souvent ses obligĂ©s, petits États du Pacifique ou d’AmĂ©rique centrale.

La terrible mue du Kuomintang

Paradoxalement, c’est le Kuomintang, parti initialement le plus anticommuniste de l’üle, l’ennemi historique de la « Chine de Mao », qui bĂ©nĂ©ficiait du soutien silencieux et confidentiel de cette mĂȘme Chine continentale vantant son fameux slogan , « Un pays, deux systĂšmes », pour mieux attraper TaĂŻwan dans ses filets. Mais les habitants de l’üle ont vu comment les enclaves de Macao et de Hong Kong, « normalisĂ©es » depuis 1997 suite Ă  leur abandon, respectivement par les Portugais et les Britanniques, ont Ă©tĂ© traitĂ©es : de vulgaires colonies oĂč les libertĂ©s individuelles et publiques sont un leurre.

Comment pouvait-il en ĂȘtre autrement dans une Chine doublement totalitaire, livrĂ©e Ă  la fois Ă  la dictature communiste et Ă  l’exploitation capitaliste la plus Ă©hontĂ©e ? Le KMT Ă©tait, initialement, la plus anticommuniste des formations politiques insulaires.

Petit Ă  petit des liens Ă©conomiques et touristiques se sont nouĂ©s entre « les deux Chine », permettant une double pĂ©nĂ©tration, une rĂ©ciprocitĂ© faisant baisser, dans un premier temps, la tension entre les deux armĂ©es. Mais Ă  ce petit jeu, PĂ©kin Ă©tait le plus fort. La prĂ©sidente sortante, Tsai Ing-Wen, en place depuis 2016, avait fait promulguer une loi dite « anti-infiltration » visant Ă  empĂȘcher la Chine communiste d’utiliser son fort potentiel capitaliste pour manipuler, infiltrer, voire saboter l’économie de l’üle. Le lobbying, les donations et la propagande chinoise Ă©taient interdits, les contrevenants pouvant s’exposer Ă  des annĂ©es de prison et Ă  de trĂšs fortes amendes. Hurlements des sbires de PĂ©kin, protestations du nĂ©o KMT, couinements de ceux attachĂ©s Ă  la politique de dĂ©tente avec la Chine continentale. SĂ©rieusement Ă©trillĂ© lors des Ă©lections locales et provinciales, – le Parti dĂ©mocrate progressiste perdant 7 des 13 villes et comtĂ©s qu’il dĂ©tenait auparavant —, la prĂ©sidente sortante et « cheffe » du PDP, ne partait pas en position de favorite.

Tsai Ing-Wen.

Tsai Ing-Wen.

Un sursaut pour les indépendantistes ?

À l’issue des primaires de juillet dernier, c’est le maire de Kaohsiung, Huan Kuo-Yu, qui Ă©tait donnĂ© vainqueur de la consultation interne de son parti avec, comme colistier, Chang San-Cheng. Le KMT Ă©tait en ordre de bataille, quasiment certain de l’emporter pour la plus grande joie de PĂ©kin qui n’accepte que du bout des lĂšvres la thĂ©orie des « deux Chine », et voit comme un casus belli la possibilitĂ© pour TaĂŻwan de se proclamer en « État » sĂ©parĂ© indĂ©pendant.

Contre toute attente, c’est Madame Tsai Ing-Wen qui l’emportait par 57,13 % des voix, soit 8 170 231 suffrages, contre 38,61 % et 5 522 119 votants pour Mr Han Kuo-Yu du KMT, tandis qu’un troisiĂšme larron, James Soong, ancien gouverneur de l’üle, dĂ©jĂ  candidat Ă  quatre reprises, engrangeait seulement 608 590 Ă©lecteurs, soit 4,26 % des exprimĂ©s. Élection nette et « sans bavures » d’une autre « dame de fer » avec un respectable taux de participation de 74,90 %, soit une hausse de 8 points par rapport Ă  la consultation prĂ©cĂ©dente.

Madame Tsaï   Ing-Wen avait eu chaud, son premier ministre de 2017 Ă  2019 William LaĂŻ, ayant eu des vellĂ©itĂ©s de se prĂ©senter Ă  sa place. Finalement, la proposition du poste de vice-prĂ©sident avait calmĂ© ses ardeurs ! La prĂ©sidente avait connu un rebond de popularitĂ© lorsque, rĂ©pondant Ă  Xi Jinping qui dĂ©crivait « l’unification de TaĂŻwan au continent comme inĂ©vitable », elle avait affirmĂ© avec Ă©nergie « que jamais son peuple ne renoncerait Ă  ses libertĂ©s dĂ©mocratiques », et qu’elle avait exprimĂ© son soutien total aux courageux manifestants hongkongais.

Nul doute que le sort rĂ©servĂ© aux deux anciennes enclaves coloniales, surtout la britannique, en a douchĂ© plus d’un, et que les sirĂšnes de PĂ©kin ont sonnĂ© dans le vide. Petit Ă  petit, par touches successives, TaĂŻwan, au grand dam du Parti communiste chinois, semble s’éloigner de la fiction des « deux Chine » et s’orienter vers l’émergence d’un État spĂ©cifiquement taĂŻwanais qui correspondrait bien plus Ă  la rĂ©alitĂ© des choses : une sociĂ©tĂ© mentalement diffĂ©rente du continent, un fonctionnement dĂ©mocratique, une personnalitĂ© gĂ©opolitique distincte voulant jouer, et jouant dĂ©jĂ , marginalement, un rĂŽle dans le monde.

Pour l’heure, le gouvernement de TaĂŻpeh est encore celui de la RĂ©publique de Chine, le seul que tolĂšre PĂ©kin qui le considĂšre comme une autoritĂ© de fait exerçant sa souverainetĂ© sur une « province  dissidente » de la rĂ©publique populaire. Si TaĂŻpeh passait outre, et se proclamait capitale de la rĂ©publique de TaĂŻwan, quelles en seraient les consĂ©quences ?

Nous entrerions lĂ  dans une zone de grands dangers. Pour l’heure, la Chine de Xi Jinping en est aux grandes intimidations, par un accroissement des patrouilles de sa marine et le survol du dĂ©troit de TaĂŻwan, oĂč les Ăźlots de Quemoy et Matsu sont, toujours, aux avant-postes. MĂȘme si la rĂ©duction de son format militaire a quelque peu dĂ©sarmĂ© l’üle face au continent, l’armĂ©e de l’air, avec ses F-16 amĂ©ricains et ses Mirage français, est des plus modernes.

En cas d’agression, les Chinois du continent auraient probablement fort Ă  faire, et la conquĂȘte de Formose ne serait pas une promenade de santĂ©. Sans compter qu’aucun prĂ©sident rĂ©publicain amĂ©ricain digne de ce nom, ne laisserait faire ce nouvel anschluss qui n’oserait pas dire son nom. Avec Trump Ă  la barre, les TaĂŻwanais peuvent dormir tranquilles.

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A propos de l'auteur

Jean-Claude Rolinat

Jean-Claude Rolinat a Ă©tĂ© successivement cadre administratif, documentaliste et journaliste dans la presse d’opinion. Il a publiĂ© plusieurs ouvrages consacrĂ©s Ă  l’histoire contemporaine et rĂ©digĂ© les biographies du gĂ©nĂ©ral Peron (Argentine), du marĂ©chal Mannerheim" (Finlande), et de Ian Smith (RhodĂ©sie), "Le Canada français, de Jacques Cartier au gĂ©nocide tranquille" (avec RĂ©mi Tremblay). Derniers livres parus aux Ă©ditiions Dualpha : "La Bombe africaine et ses fragmentations", prĂ©facĂ© par Alain Sanders et "Dictionnaire des États Ă©phĂ©mĂšres ou disparus de 1900 Ă  nos jours” (2e Ă©d. revue, corrigĂ©e et augmentĂ©e).

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