Ce sont les rĂ©flexes imposĂ©s par leur langue qui guident les nations. À Vienne et dans ses environs, l’on ne parle pas encore le turc, mais l’allemand. Or, lorsqu’un germanophone Ă©voque dans son esprit le pays qui nous intĂ©resse, c’est-Ă -dire l’« Autriche », il ne le perçoit pas comme une petite province transalpine de l’Empire romain, Austria, mais comme l’empire oriental « des Allemands », Österreich. Ainsi, le terme actuel officiel de « RĂ©publique d’Autriche », « Republik Österreich », est une aberration monstrueuse : cet empire oriental des Germains est depuis toujours peuplĂ© par de multiples ethnies bien qu’il ait Ă©tĂ© fondĂ© par les seuls Allemands. Pour cette raison, lorsque l’on visite les monuments viennois dĂ©diĂ©s Ă  la gloire militaire, nous y lisons les hommages rendus aux reprĂ©sentants des nationalitĂ©s tombĂ©s pour l’Autriche (et aux premiers d’entre eux, les Deutschen, les Allemands du Reich germanique oriental). Il n’y a jamais eu et il n’y a pas de « peuple autrichien ».

De lĂ , la rĂ©ponse Ă  votre question : tant que les Allemands de l’Europe ne se rĂ©uniront pas, cette « Austria » rĂ©publicaine demeurera une aberration gĂ©opolitique et ne pourra jamais accĂ©der Ă  un bonheur national. En revanche, il se peut que de ce poumon germanique alpin vienne un nouveau souffle qui inspirera la Germanie tout entiĂšre que certains persistent Ă  effacer de la surface du globe.

Quel que soit le rĂ©sultat des Ă©lections, celles-ci marquent la vivacitĂ© de l’esprit germanique qui se manifeste malheureusement dans des frontiĂšres artificielles rĂ©duites. Seule sera passionnante la rĂ©action de cette structure anti-europĂ©enne qu’est la communautĂ© dite « europĂ©enne ». L’on s’acharnera donc sur cette pauvre rĂ©publique germanophone ayant Vienne comme capitale de la mĂȘme maniĂšre que l’on s’obstine Ă  mater la Hongrie voisine. Nous serons donc de nouveau tĂ©moins d’une manifestation flagrante de la haine dĂ©mesurĂ©e que les « SoviĂ©tiques bruxellois » vouent aux nations qu’ils prĂ©tendent reprĂ©senter.

L’univers germanique avec ses nombreuses particularitĂ©s n’est malheureusement que trĂšs peu connu par les MĂ©diterranĂ©ens latins (Italiens du Sud, Français, Espagnols, Portugais). Pour eux, il s’agit d’un monde Ă  part. Je ne vois absolument pas comment les Ă©lections d’un pays germanophone qui ne compte mĂȘme pas 10 millions d’habitants pourraient influencer la Ve RĂ©publique française agonisant sous des maux tels que surendettement, invasion, corruption, chĂŽmage, divers terrorismes,


Les flĂ©aux qui accablent la France et cette rĂ©publique germanophone du Danube sont bien sĂ»r semblables, car communs Ă  quasi chaque État de l’Europe. En revanche, une coopĂ©ration dite europĂ©enne entre les peuples de ce continent demeure de facto un postulat utopique et la droite nationale française ne pourra obtenir de soutien rĂ©el de Vienne mĂȘme gouvernĂ©e par un prĂ©sident membre du FPÖ. La France ne profitera de ces Ă©lections que si la quasi-totalitĂ© des États europĂ©ens suivent l’exemple autrichien et renouent avec leurs racines naturelles. Mais cela voudrait dire que l’Europe est prĂȘte Ă  un conflit grave, car elle reprĂ©sente quasi l’unique dernier rĂ©servoir de l’humanitĂ© blanche qu’une certaine puissance cosmopolite a vouĂ©e au mĂ©tissage. Si la majoritĂ© des EuropĂ©ens se rĂ©voltaient contre ceux qui les poussent au suicide, lĂ  l’on assisterait Ă  un conflit planĂ©taire. NĂ©anmoins, si les peuples indo-europĂ©ens de l’Occident peuvent obtenir cette chance de survie, il faut qu’ils soient sauvĂ©s non par de petits acteurs gĂ©opolitiques (ainsi les Hongrois ou les Allemands du Danube), mais par des conglomĂ©rats ethniques europĂ©ens (Germains, Slaves, Celtes).

Lorsqu’une suite de tragĂ©dies se termine, vient inĂ©vitablement un drame satyrique. Et je pense que nos comĂ©diens prĂ©parent dĂ©jĂ  la suite des « élections autrichiennes ». L’on assistera alors Ă  une danse bachique autour de la maison d’Adolf Hitler que l’on fait semblant de vouloir dĂ©molir bien que le FĂŒhrer devienne simultanĂ©ment une super star des films hollywoodiens au fur et Ă  mesure que l’on s’éloigne de la phase militaire de cette guerre civile europĂ©enne, guerre dĂ©clenchĂ©e en 1870 et que l’on s’obstine Ă  ne pas arrĂȘter. Les rĂ©percussions hystĂ©rico-mĂ©diatiques seront donc de plus en plus frĂ©nĂ©tiques, de plus en plus bestiales, de plus en plus fanatiques.

Anatoly Livry est Docteur Ăšs lettres, polyglotte, auteur de nombreux articles et ouvrages scientifiques.