Norbert Hofer, candidat de la formation populiste FPÖ, a ratĂ© de trĂšs peu la prĂ©sidence de l’Autriche. EuroLibertĂ©s, conformĂ©ment Ă  sa vocation, souhaite faire connaitre les rĂ©actions de journalistes, d’essayistes et d’hommes politiques sur les rĂ©percussions de ce rĂ©sultat extrĂȘmement significatif au sein d’un pays de l’Union europĂ©enne.

Quelles rĂ©percussions pour l’Autriche ?

Il est difficile de prĂ©tendre savoir, n’étant pas Autrichien, si l’élection du candidat Ă©cologiste aura de bons ou de mauvais effets, et j’aurais dit la mĂȘme chose si Norbert Hofer avait Ă©tĂ© Ă©lu. Le peuple autrichien est souverain, et l’on ne peut avoir que mĂ©pris pour les innombrables « commentateurs », en rĂ©alitĂ© de pauvres militants, qui poussent des cris d’orfraie et donnent des leçons aux peuples de la terre entiĂšre s’ils ne votent pas pour leur candidat.
Le nouvel Ă©lu a reçu les voix les plus diverses qui soient : il va lui falloir construire une image forte, et mĂȘme une vĂ©ritable incarnation pour dĂ©passer cette hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©ité ; Ă  cela s’ajoute que, aprĂšs un rĂ©sultat aussi serrĂ©, il va devoir montrer de la comprĂ©hension pour les Ă©lecteurs de son adversaire, qui ont cru avoir remportĂ© l’élection avant que ne soient comptĂ©s les votes par correspondance, dont le nombre est Ă©tonnement Ă©levĂ©. Pour ce faire, il va devoir rester ferme sur le contrĂŽle de la politique migratoire, quand bien mĂȘme ne gouverne-t-il pas et n’a donc pas accĂšs Ă  la politique au jour le jour dans ce domaine. Mais que son verbe soit prudent ! Il le faut d’autant plus si l’on songe au passĂ© de ce pays brutalement rĂ©trĂ©ci en 1919, qui n’entend pas ĂȘtre une excroissance de l’Allemagne, mais l’hĂ©ritier d’un empire central dont les gouvernements des anciennes composantes, Ă  commencer par la Hongrie, mais aussi ceux de Slovaquie et de BohĂȘme-Moravie, ont rĂ©agi de façon ferme Ă  l’afflux migratoire des derniers mois. Bref, beaucoup de pain sur la planche du nouveau PrĂ©sident de la rĂ©publique autrichienne !

Quelles rĂ©percussions pour l’Union europĂ©enne ?

De toutes façons, la vieille coquille de noix dĂ©nommĂ©e UE fait eau de toutes parts. Incapable de faire de la politique en ce que la politique consiste Ă  faire l’histoire et Ă  inscrire une volontĂ© dans les grands mouvements du temps, incapable donc de rĂ©pondre au dĂ©fi migratoire autrement qu’en cĂ©dant au patronat migrationniste et aux bobos supranationaux qui mĂšnent le grand bal de la haine de soi dont la prĂ©tendue « construction » (en rĂ©alitĂ© destruction) de l’Europe n’est qu’un prĂ©texte, l’Union europĂ©enne va peu Ă  peu disparaĂźtre et ses outrances Ă  l’endroit des Ă©lecteurs qui se prononcent contre les candidats qu’elle s’est imprudemment crue autorisĂ©e Ă  choisir ne peuvent qu’accĂ©lĂ©rer sa dĂ©confiture.

Cela Ă©tant dit, voyons Ă  plus long terme. Le problĂšme migratoire reste entier et l’UE, Ă  ne pas vouloir le rĂ©gler, pourrait faire place Ă  une autre forme d’Europe, dont la constante progression des mouvements populistes pourrait constituer l’amorce et qui se construirait un jour comme se sont construits tous les ensembles politiques : par la dĂ©fense. Il s’agit ici de se dĂ©fendre contre un phĂ©nomĂšne classique, mais puissant, une migration de masse qui tourne peu Ă  peu en invasion. Grand chef identitaire, le gĂ©nĂ©ral De Gaulle Ă©crivit, en ouverture de son ouvrage La France et son ArmĂ©e, une phrase simple et profonde : « La France se fit Ă  coups d’épĂ©e ». Il a lui-mĂȘme montrĂ© que la France s’est refaite en rĂ©sistant. On en dira peut-ĂȘtre autant de l’Europe


Quelles rĂ©percussions sur l’élection prĂ©sidentielle française de l’annĂ©e prochaine ?

TrĂšs importante bien sĂ»r, tant il est vrai qu’une bonne part de la politique est d’ordre psychologique. Qu’un parti comme le FPÖ arrive si prĂšs d’un rĂŽle de chef d’État contribue Ă  renverser en profondeur l’image que les partisans de l’Europe des Nations, dont je suis depuis trente ans, non seulement traĂźnent avec eux, en raison d’une implacable propagande mĂ©diatique, mais qu’ils se font aussi d’eux-mĂȘmes : Ă  savoir des marginaux, ce que nous fumes en effet, et des extrĂ©mistes, ce que nous ne fumes jamais. Nous Ă©tions longtemps aux marges du dĂ©bat politique, nous voici au centre. Cela change tout, et d’abord en France.

J’ai souvent rĂ©pĂ©tĂ© Ă  Marine le Pen que le problĂšme, pour elle et les membres de son parti, n’était pas la « dĂ©diabolisation », mais l’acquisition d’une crĂ©dibilitĂ© gouvernementale ; que, en somme, il fallait coĂ»te que coĂ»te, fĂ»t-ce au prix de coalitions, prouver notre capacitĂ© Ă  gouverner, ou Ă  ĂȘtre associĂ© au gouvernement. En s’y refusant, elle se perd. En acceptant d’entrer dans des coalitions, ce qu’il a fait Ă  plusieurs reprises (dĂšs 1983, puis en 1994, 1999, 2004
), le FPÖ s’est grandi, il a progressĂ©, gagnĂ© en respectabilitĂ©, avec l’effet que l’on voit aujourd’hui. C’est trop tard Ă  mon avis pour le FN ; mais pas trop tard pour des coalitions de droite oĂč entreraient des dĂ©fenseurs des patries et de leurs identitĂ©s, je veux dire une droite nationale, libĂ©rale et populaire qui en est encore, en France, Ă  se chercher