Son arrestation avait Ă©tĂ© relayĂ©e sur toutes les tĂ©lĂ©visions du monde en 2013
 Le gouvernement grec, Ă  la demande d’autres puissances Ă©trangĂšres, avait Ă©tĂ© contraint de mettre au point un plan pour jeter en prison celui qui Ă©tait devenu le symbole de la RĂ©sistance grecque face aux plans d’austĂ©ritĂ© imposĂ©s par les banquiers du FMI, de la BCE et de l’Union EuropĂ©enne.

Mais comment jeter en prison un dĂ©putĂ© grec qui est protĂ©gĂ© par son immunitĂ© parlementaire? Les juristes d’AthĂšnes ont trouvĂ© la solution, un petit texte qui permet d’arrĂȘter un dĂ©putĂ© lorsque celui-ci est impliquĂ© dans des affaires criminelles.

Ni une, ni deux, les politiques ont trouvĂ© une juge complaisante et aussitĂŽt dit, aussitĂŽt fait, l’Etat Major d’Aube DorĂ©e, le seul qui se soit opposĂ© Ă  ce que le peuple grec soit mis en esclavage par les banquiers Ă©trangers, a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© Ă  l’aube, et jetĂ© en prison avec une mise en scĂšne mĂ©diatique copiĂ©e en tous points sur l’exhibition de Dominique Strauss-Kahn, effectuant son « prep walk » menottes aux mains, devant les camĂ©ras de la presse mondiale Ă  New York.

Le chef d’accusation de la juge fut simple: appartenance Ă  une « organisation criminelle ». Le pouvoir pro-Bruxelles de l’époque pensa que cela suffirait pour effacer Aube DorĂ©e de la scĂšne politique grecque.

Cinq ans plus tard, par manque de preuves, le procĂšs n’a pas avancĂ©. Nikos Michaloliakos et ses hommes purgĂšrent 18 mois de prĂ©ventive, le maximum selon la loi, et furent remis en libertĂ© sous contrĂŽle judiciaire. L’affaire pourra ĂȘtre relancĂ©e opportunĂ©ment juste au moment des Ă©lections lĂ©gislatives afin de dissuader les Grecs de voter pour Aube DorĂ©e.

Entre temps, les gouvernements successifs ont votĂ© des lois spĂ©cialement taillĂ©es pour le parti nationaliste: une pour l’empĂȘcher de nourrir les pauvres (et s’attirer ainsi la sympathie du peuple), une autre pour le priver des financements publics auxquels il a droit comme les autres partis politiques, et enfin une troisiĂšme (non dite, non Ă©crite) pour empĂȘcher la tĂ©lĂ©vision nationale de diffuser les interventions des dĂ©putĂ©s d’Aube DorĂ©e au parlement.

Ça, c’est de la dĂ©mocratie
 ou plutĂŽt les actes d’une vraie dictature, pour empĂȘcher l’opposition d’ĂȘtre entendue, mais chuuuut, il ne faut pas le dire. Au dĂ©but de son rĂšgne, le communiste Tito avait ainsi mis en prison tous ses opposants yougoslaves. Plus d’opposants, plus d’opposition Ă  sa dictature


Nikos Michaloliakos est aujourd’hui entre deux eaux : soit il gagne les Ă©lections, et dans ce cas Angela Merkel (qui contrĂŽle le pays) sera obligĂ©e de le libĂ©rer dĂ©finitivement des charges qui pĂšsent sur lui, soit il perd, et dans ce cas il risque de passer encore quelques annĂ©es de plus derriĂšre les barreaux.

Mais vu le dĂ©sastre total de la politique de Syriza, auquel il faut ajouter tous les attentats islamistes en Europe, Aube DorĂ©e risque en effet de rĂ©aliser un score mirifique. Dans tous les cas, emprisonnĂ© ou pas, criminel ou pas, Nikos Michaloliakos est considĂ©rĂ© par tous les Grecs (mĂȘme si une partie ne l’apprĂ©cie pas) comme le seul homme politique qui dĂ©fend les intĂ©rĂȘts du peuple grec face aux banquiers de la Banque Centrale EuropĂ©enne, du FMI et de Bruxelles.

* * *

Nikos Michaloliakos: « AprĂšs l’ùre de la fausse monnaie, L’ùre des CĂ©sars » !

Pierre Jovanovic : Le FMI et la BCE viennent d’appliquer le 4e plan d’austĂ©ritĂ© consĂ©cutif (4e mĂ©morandum) Ă  votre pays. Il est encore plus violent que les autres, en particulier pour les retraitĂ©s. La question que tous les lecteurs de la Revue de Presse Internationale me posent rĂ©guliĂšrement depuis des annĂ©es : « pourquoi les Grecs ne se rĂ©voltent-ils pas ? »

Nikos Michaloliakos : Malheureusement la maniĂšre de vivre contemporaine et ce systĂšme qui lie de maniĂšre trĂšs forte le monde de la finance et le monde de la politique a amenĂ© le peuple Ă  une forme de passivitĂ©. Cela me rend bien triste. Les seuls qui peuvent se rĂ©volter contre cette situation sont les nationalistes de l’Aube DorĂ©e, raison pour laquelle nous sommes tant combattus et faisons l’objet d’attaques continuelles. Les mĂ©dias ne parlent jamais de nous
 sauf d’une maniĂšre partiale et nĂ©gative et sans nous donner la parole, Ă©videmment.

P. J. : J’ai assistĂ© Ă  votre arrestation ici Ă  AthĂšnes, et ce fut une rĂ©plique trĂšs proche de celle de Dominique Strauss-Kahn qui a Ă©tĂ© exhibĂ© devant une meute de journalistes avec une retransmission en direct dans tous les journaux tĂ©lĂ©visĂ©s pour donner un retentissement mĂ©diatique mondial
 (note – P.J. : aprĂšs 11 heures d’attente, Nikos Michaloliakos a Ă©tĂ© sorti du commissariat central d’AthĂšnes pile pour le direct du journal tĂ©lĂ©visĂ© de 19 h qui rĂ©unit le maximum de spectateurs grecs devant leur poste)

N. M : Oui ce fut avant tout un spectacle tĂ©lĂ©visĂ©, une mise en scĂšne pour propager la peur, pour faire peur Ă  tous les Grecs qui nous suivaient, qui nous aidaient. Depuis, nous avons prouvĂ© qu’ils avaient eu tort : regardez, Ă  l’époque en 2013, nous Ă©tions le 5e parti politique grec, aujourd’hui nous sommes le 3e !

P. J. : Comment avez vous vécu votre expérience de la prison ?

N. M : J’y ai fait face avec dignitĂ© et j’en suis fier puisque j’ai Ă©tĂ© mis en prison pour mes idĂ©es. Se sacrifier pour ses idĂ©es est un honneur. Nous Ă©tions isolĂ©s des autres prisonniers. De plus les autoritĂ©s politiques avaient trĂšs peur que cela se passe mal en prison.

P. J. : Avant d’aller en prison, Aube DorĂ©e Ă©tait le 5e parti politique grec, et en sortant vous vous ĂȘtes hissĂ© Ă  la 3e, cela veut dire que les Grecs vous suivent encore plus maintenant alors que vous Ă©tiez absent de la scĂšne politique pendant presque deux annĂ©es ?!

N. M : Je n’ai pas Ă©tĂ© absent : chaque semaine j’écrivais pour notre journal et avec le tĂ©lĂ©phone je donnais des discours politiques
 j’ai Ă©tĂ© aussi actif que possible dans ces conditions
 Mon arrestation a Ă©tĂ© mise en place de maniĂšre parfaitement illĂ©gale.

P. J. : Ce n’est pas la premiĂšre fois que vous avez Ă©tĂ© emprisonnĂ© Ă  cause de votre activitĂ© politique ?

N. M : En effet, c’est la 3e fois ! (il sourit, avec une sorte de fatalisme)

P. J. : Le systĂšme mĂ©diatique grec est contre vous
 Pouvez vous inverser les rĂŽles ? Vous avez dĂ©clarĂ© que la Nouvelle tĂ©lĂ©vision nationale grecque (note – P.J. : genre FR3 et France2) ne vous a jamais invitĂ© dans ses studios.

N. M : C’est un grand sujet : la tĂ©lĂ©vision m’invitait surtout quand le score d’Aube DorĂ©e Ă©tait trĂšs bas. Ce ne sont pas tant nos opinions politiques qui les gĂȘnent, mais bien le fait que le peuple grec soit derriĂšre nous et nous suive. (note – P.J. : Aube DorĂ©e a Ă©tĂ© lancĂ©e en 1982 avec sa premiĂšre participation aux Ă©lections de 1994).

P. J. : En effet, la tĂ©lĂ©vision nationale grecque ERT ne diffuse mĂȘme plus les dĂ©bats parlementaires quand ce sont vos dĂ©putĂ©s qui interviennent
 La tĂ©lĂ©vision publique a le droit de censurer des dĂ©bats parlementaires ?

N. M : C’est vrai, c’est du jamais vu. Ce sont des faux dĂ©mocrates, des hypocrites. RĂ©cemment, il y a eu un Ă©vĂ©nement Ă  l’assemblĂ©e avec l’un de nos dĂ©putĂ©s (note – P.J. : un dĂ©putĂ© de Nouvelle DĂ©mocratie, ministre de l’Ordre Public lors des persĂ©cutions d’Aube DorĂ©e en 2013, s’est installĂ© devant un dĂ©putĂ© AD au moment oĂč il s’adressait au Parlement afin qu’on ne le voit pas Ă  la tĂ©lĂ©vision), et, au lieu de l’exclure, lui seul, le prĂ©sident du parlement grec Ă  dĂ©cidĂ© d’exclure TOUS les dĂ©putĂ©s Aube DorĂ©e. Mais ce genre de chose ne nous empĂȘche pas de travailler et d’ĂȘtre stables, d’ailleurs les sondages montrent que nous montons de plus en plus. À chaque fois que nous organisons des manifestations, nous obtenons de trĂšs grandes participations du peuple. (note – P.J. : les dĂ©putĂ©s grecs ont votĂ© une loi pour empĂȘcher une organisation politique (Aube DorĂ©e) de distribuer de la nourriture aux citoyens et une autre loi pour priver Aube DorĂ©e des subsides publics auxquels tout parti grec a droit.)

P. J. : Votre parti Aube DorĂ©e est aujourd’hui Ă  7 % , malgrĂ© vos deux annĂ©es d’absence pour cause d’emprisonnement ?!!!

N. M : Les nouveaux sondages nous donnent maintenant 10 %. Je crois que nous sommes mĂȘme bien plus haut que cela, mais on le verra au moment des nouvelles Ă©lections (2019 peut ĂȘtre avant en cas d’élections anticipĂ©es). Avec notre combat et notre dĂ©termination et surtout la politique pathĂ©tique que mĂšne Syriza, il va de soi que d’ici lĂ , notre chiffre sera encore plus haut.

P. J. : Mario Draghi, gouverneur de la Banque Centrale EuropĂ©enne, fabrique 80 milliards de monnaie de singe chaque mois, et cela depuis 2 ans, et il a dit que la GrĂšce ne pourra pas en bĂ©nĂ©ficier
 C’est un acharnement contre la GrĂšce ?

N. M : Nous sommes en train de vivre une Ă©poque de malfaisants, des fabricants de fausse monnaie, cela fait d’ailleurs partie de leur plan de mondialisation globale qui va dĂ©truire les Etats nations. D’ailleurs ce n’est pas un hasard si l’Union EuropĂ©enne a une grande pression en ce moment mise sur elle par les Etats qui ont des identitĂ©s nationales trĂšs fortes (note – P.J. : Pologne, Hongrie, Bulgarie, etc .).

P. J. : Un dĂ©putĂ© hollandais a pourtant expliquĂ© Ă  Mario Draghi que toutes les 69 unions monĂ©taires qui ont Ă©tĂ© mises en place depuis la IIe Guerre mondiale ont fini par exploser (note – P.J. : voir la video plus bas dans cette page). Est-ce que c’est ce moment-lĂ  que vous attendez ? Que tous les distributeurs de billets automatiques soient arrĂȘtĂ©s
 Et que toutes les banques soient fermĂ©es ?

N. M : Je crois surtout que nous sommes dans la phase finale de cette civilisation qui est d’ailleurs bien dĂ©crite par Oswald Spengler, et dans laquelle la monnaie est la seule force. (note – P.J. : philosophe allemand 1880 -1936, marquĂ© par la PremiĂšre Guerre mondiale, auteur du « DĂ©clin de l’Occident » oĂč il a Ă©crit que seule une dictature pourrait mettre fin Ă  la folie de la fausse monnaie. Spengler a Ă©tĂ© marquĂ© et choquĂ© par l’hyper-inflation qui a ruinĂ© ses amis et sa famille pendant la RĂ©publique de Weimar). C’est une obligation que cela se termine mal. Nous vivons lĂ  la fin d’une Ă©poque et le dĂ©but d’une autre. Le nationalisme ne peut pas ĂȘtre supprimĂ© facilement. Regardez en France : chez vous, oĂč, malgrĂ© la propagande des mĂ©dias, 35 % des Français ont votĂ© pour l’idĂ©e d’une France indĂ©pendante. Les forces qui sont CONTRE la mondialisation (qu’elles soient de droite ou de gauche), si elles avaient travaillĂ© ensemble, auraient pu gagner.

P. J. : Si vous prenez le pouvoir en 2019, qui serait votre ministre des Finances ?

N. M : Je ne prendrai pas quelqu’un du monde de la banque ou du systĂšme monĂ©taire
 Ce sera quelqu’un de chez nous, obligatoirement.

P. J. : Vous sortez de l’Euro tout de suite ?

N. M : C’est en effet un choix idĂ©ologique et politique que d’avoir sa propre monnaie nationale car quand un pays ne dispose pas de sa monnaie, il n’est pas libre. Dans l’Empire Romain, les provinces autonomes n’avaient pas de monnaie Ă  elles. C’était l’esprit de l’Empire. La libertĂ© d’un pays demande une monnaie nationale. Ce qui m’impressionne c’est la grande rĂ©sistance qu’on a observĂ© en France face Ă  l’idĂ©e de sortir de l’euro.

P. J. : Le ministre des Finances grec Varoufakis avait dit Ă  l’époque que mĂȘme si le pays revenait au drachme, il n’y aurait pas assez d’imprimeries spĂ©cialisĂ©es pour fabriquer des billets de banque suffisamment rapidement pour alimenter le pays immĂ©diatement.

N. M : Le souci n’est pas tant d’imprimer des billets de banque, le souci c’est surtout le manque de volontĂ© politique pour les imprimer ! Vous savez que si la GrĂšce sortait soudain de l’euro, l’Union EuropĂ©en et l’Allemagne en souffriraient certes, et leurs dommages seraient des multiples de la dette de la GrĂšce
 Si la GrĂšce avait un « leadership » national, on pourrait leur faire du chantage, attention : je ne veux pas que ce mot soit mal compris, mais ainsi la GrĂšce veillerait Ă  sa survie. À part les dommages que l’Union EuropĂ©enne connaĂźtrait, l’euro serait dĂ©valuĂ© par rapport au dollar amĂ©ricain, et l’économie mondiale en souffrirait aussi. Le retour Ă  la monnaie nationale doit ĂȘtre fait suivant un plan prĂ©cis. Nous avons payĂ© trĂšs cher notre intĂ©gration dans la zone euro, trĂšs trĂšs cher. Il faut prendre en mains notre production nationale: nous sommes arrivĂ©s au point oĂč des pays du tiers-monde comme la Turquie et l’Inde produisent des automobiles, alors que nous, nous n’avons mĂȘme pas d’usines. Et ça c’est un vieux plan: l’Europe ne voulait pas que la GrĂšce devienne un pays industriel et surtout qu’elle utilise ses ressources souterraines, notamment le pĂ©trole.

P. J. : Les chemins de fer grecs sont vendus dans leur intĂ©gralitĂ© pour 45 millions d’euros ? C’est une erreur de chiffres de ma part ou c’est vrai ? sachant par exemple que le prix d’une seule rame de TGV en France est de 34,5 millions d’euros ?

N. M : Oui c’est vrai, pour 45 millions d’euros seulement ils vendent l’ensemble des chemins de fer grecs. Pour vous donner une idĂ©e comparative de la somme, les deux grands partis politiques doivent aux banques 400 millions d’euros, soit 10 fois plus que tout le rĂ©seau ferroviaire qui maille la GrĂšce.

P. J. : La Grùce vend ses plages, ses üles, ses chemins de fer
 Que vend-t-elle d’autre pour essayer de se renflouer ?

N. M : Toutes ces ventes n’auront plus de lĂ©gitimitĂ© pour nous Aube DorĂ©e. Regardez ce qui s’est passĂ© en Égypte, ou dans d’autres pays, quand Nasser a dĂ©cidĂ© de nationaliser le Canal de Suez (qui avait Ă©tĂ© vendu Ă  des sociĂ©tĂ©s privĂ©es) (note – P.J. : si Aube DorĂ©e arrive au pouvoir, toutes les ventes des biens nationaux comme les Ăźles, les chemins de fer seront donc repris, i.e. nationalisĂ©es).

P. J. : Dans le lyrisme de vos discours, vous opposez souvent la gloire des combattants grecs aux comptables allemands.. vous détestez les comptables en général et les comptables allemands en particulier ?

N. M : Le simple fait que la politique soit soumise Ă  l’économie est inacceptable. Richard Wagner a Ă©crit que les crĂ©diteurs sont les rois des temps modernes. Il est inacceptable que le monde soit gouvernĂ© par ceux qui ont l’argent dans leurs mains. Et en plus de l’argent qui n’a pas Ă©tĂ© gagnĂ© par leur travail mais juste avec les intĂ©rĂȘts de leur argent. NapolĂ©on a Ă©tĂ© soumis Ă  cette loi
 Toutes les armes de Wellington ont Ă©tĂ© payĂ©es par les banquiers de Londres.

P. J. : La Deutsche Bank en faillite cela vous Ă©voque quoi ?

N. M : Je vous rappelle que le bureau principal de la Deutsche Bank se trouve à
 la City de Londres, elle n’est pas allemande. AprĂšs la guerre, ceux qui ont mis les capitaux pour reconstruire l’Allemagne ne l’ont pas fait gratuitement
 Vous savez, pour moi l’Allemagne est avant tout un gĂ©ant aux pieds d’argile. La plus grande preuve en est que son armĂ©e est proportionnellement trĂšs faible vu le nombre d’habitants. Dans l’Histoire il n’y a jamais eu de grand pays sans une vraie armĂ©e.

P. J. : Justement, on l’a vu tout Ă  l’heure, la BCE imprime 80 milliards d’euros de fausse monnaie par mois, mais M. Mario Draghi a prĂ©cisĂ© qu’il ne donnera rien Ă  la GrĂšce et qu’il faut un accord sur le Ne plan d’austĂ©ritĂ©. (note – P.J. : un accord devrait ĂȘtre signĂ© le 15 juin 2017 : les Grecs paieront jusqu’en 2060 !) Combien de temps les Grecs tiendront-ils encore selon vous ?

N. M : Un philosophe français que je trouve trĂšs important, Alain de Benoist, a dit qu’on observe deux façons de mourir dans la Nature : l’une, qui est rapide et violente et l’autre qui est lente, qui peut mĂȘme durer des annĂ©es, le pourrissement. Avant d’en arriver Ă  la RĂ©volution Française, il y a eu des annĂ©es de dĂ©composition. De mĂȘme, cette crise financiĂšre peut durer encore bien des annĂ©es


P. J. : Wall Street a explosĂ© 29 septembre 2008. Un Ă©conomiste suisse, Marc Chesney, a rĂ©cemment formulĂ© la thĂ©orie de la « crise financiĂšre permanente ». La crise dure depuis dĂ©jĂ  9 ans


N. M : Tout le monde paye pour cette crise des AmĂ©ricains. Le grand problĂšme est que ceux qui fabriquent la fausse monnaie, eux, ils en profitent tout de suite, et cela crĂ©Ă© une crise encore plus gĂ©nĂ©ralisĂ©e. Le capitalisme est en train de mourir, c’est clair, mais combien de temps cette agonie va encore durer, on ne sait pas trop.

P. J. : Avez-vous une idĂ©e du nombre d’entreprises grecques qui se sont dĂ©localisĂ©es en Bulgarie, ou Turquie depuis la crise ?

N. M : MĂȘme avant la crise Ă©conomique, nos entreprises partaient Ă  l’étranger
 Elles ont commencĂ© Ă  le faire Ă  la signature des accords du GATT. Cela m’a impressionnĂ©, parce que, lors d’une rencontre du G7 mĂȘme le prĂ©sident Donald Trump -lui qui, avant les Ă©lections parlait de « protectionnisme national » pour rĂ©cupĂ©rer les votes des millions d’AmĂ©ricains, parle maintenant en faveur de la libĂ©ration du commerce ! (note – P.J. : rien qu’en 2015, plus de 2.000 Pme ont dĂ©mĂ©nagĂ© en Bulgarie oĂč 14.000 autres entreprises appartiennent Ă  des citoyens grecs, principalement pour Ă©chapper aux 24% de TVA et autres taxes et impĂŽts punitifs). Vous avez 3 milliards de gens, des Chinois, des Indiens etc., des esclaves qui travaillent pour 1 dollar par jour.. qui fournissent tous ces produits pas chers
 Le systĂšme actuel du monde du commerce et de l’argent prend tous ces produits et les vend Ă  l’AmĂ©rique du Nord et Ă  l’Europe. Mais ici en Europe, cela dĂ©truit les Ă©conomies de chaque pays et conduit des centaines de milliers de nationaux au chĂŽmage et Ă  la pauvretĂ©. A Thessaloniki par exemple le chĂŽmage est Ă  30 %
 mais dans d’autres villes grecques, le taux est bien plus Ă©levĂ©. Quand aux jeunes, ils sont 500.000 Ă  chercher un travail aujourd’hui, c’est un nombre important vu que la population de la GrĂšce est de10 millions d’habitants.

P. J. : Justement, des mĂ©decins grecs se sont alarmĂ©s rĂ©cemment dans le New York Times, disant que le taux de natalitĂ© Ă©tait trop bas, et qu’à ce rythme la GrĂšce n’existera plus dans 60 ou 80 ans


N. M : C’est Ă©vident que nous Grecs sommes en train de devenir une minoritĂ© dans notre propre pays. Pour Aube DorĂ©e le plus grand problĂšme de la GrĂšce aujourd’hui est sa dĂ©mographie.

P. J. : A cause de la crise et du chĂŽmage, les Grecs ne peuvent pas se projeter dans le futur et donc prĂ©fĂšrent ne pas faire d’enfants ?

N. M : Cette idĂ©e est une fraude. Des crises Ă©conomiques en GrĂšce on en a eu plein, mais jamais lors de ces crises les Grecs n’ont cessĂ© de faire des enfants. Les gens Ă©taient encore plus pauvres qu’aujourd’hui et cela ne les a pas empĂȘchĂ© de continuer Ă  faire des bĂ©bĂ©s. C’est le American Way of Life, le consumĂ©risme (via les mĂ©dias) qui a imposĂ© aux familles cette dĂ©cadence et crĂ©Ă© ce problĂšme dĂ©mographique. Je dirais mĂȘme que c’est un problĂšme de civilisation et aussi de morale.

P. J. : Avez-vous des chiffres sur les suicides en GrĂšce Ă  cause de la crise financiĂšre ?

N. M : J’ai vu passer une information selon laquelle 6.000 personnes se sont donnĂ© la mort depuis le dĂ©but de la crise. Je tiens Ă  dĂ©velopper ce point. Voici 50 ou 60 ans, la GrĂšce a connu une crise Ă©conomique bien plus grave que celle-ci, mais sachez qu’à l’époque les gens ne se suicidaient pas Ă  cause de l’argent, simplement parce qu’ils avaient des principes moraux, ils croyaient en Dieu, Ă  la famille et tout cela les aidait dans la vie Ă  se battre. Aujourd’hui en voyant simplement le niveau de leur compte en banque se vider, ils sont catastrophĂ©s. Le taux de suicide en GrĂšce Ă©tait le plus bas d’Europe, une ironie sachant que le taux de suicide le plus Ă©levĂ© Ă©tait dans les pays scandinaves, pays les plus riches. En France, l’un des taux de suicide le plus Ă©levĂ© Ă©tait Ă  Tahiti
 Pourquoi ? Parce qu’ils sont coupĂ©s de leur racines, de leurs origines. (note – P.J. : en PolynĂ©sie, le suicide reste la premiĂšre cause de dĂ©cĂšs, dĂ©passant mĂȘme les accidents de la route. PrĂšs de 230 tentatives sont recensĂ©es par an et environ 30 Ă  50 personnes mettent fin Ă  leurs jours).

Note – P.J. : Aube DorĂ©e a d’abord vu le jour en 1980 sous forme de journal. La dĂ©cision de devenir un parti politique a Ă©tĂ© prise en 1992 pour participer aux Ă©lections EuropĂ©ennes de 1994 et ensuite aux lĂ©gislatives de 1996. Mais avant, Nikos Michaloliakos a grandi politiquement sous le rĂ©gime des colonels. Le chef de la junte des colonels, Georgios Papadopoulos, a Ă©tĂ© formĂ© par l’armĂ©e amĂ©ricaine et la CIA dont il a Ă©tĂ© salariĂ©, devenant le premier agent CIA Ă  prendre le pouvoir dans un pays europĂ©en -the first CIA employee ever to govern a European country-, sorte de gloire pour Langley. Georgios Papadopoulos, emprisonnĂ© depuis 1975, avait confiĂ© Ă  Michaloliakos en septembre 1984 Les Jeunesses de l’EPEN, un parti politique crĂ©Ă© pour promouvoir la libĂ©ration de prison des militaires du coup d’État de 1967, et qui a finalement obtenu un dĂ©putĂ© au Parlement EuropĂ©en en 1984.

P. J. : Washington, sur la base des analyses de la station de la CIA ici Ă  AthĂšnes, pense que si vous ĂȘtes Ă©lu, vous dĂ©clencherez la guerre avec la Turquie
 Quelle est votre position ?

N. M : Nous allons demander nos droits (note – P.J. : disputes Ă©ternelles Ă  propos des lignes frontaliĂšres). Ces droits ce sont les Turcs qui les remettent en cause. Nous ne croyons pas qu’il y aura une guerre. Mais n’oubliez pas la phrase de Jules CĂ©sar : Si vis pacem para bellum, si tu veux la paix, prĂ©pare la guerre. Pour revenir Ă  la politique amĂ©ricaine -et europĂ©enne- je vais vous donner le fond de ma pensĂ©e : je soupçonne trĂšs fort les AmĂ©ricains de vouloir dĂ©truire l’Union EuropĂ©enne. Dans cette chaĂźne de pays qu’est l’Union EuropĂ©enne, le maillon faible est la GrĂšce. C’est la raison pour laquelle on nous a infligĂ© tous ces plans d’austĂ©ritĂ© (mĂ©morandums) les uns aprĂšs les autres. (note – P.J. : si on divise la dette de chaque pays par le nombre d’habitants, i.e. dette par habitant, la France est devant la GrĂšce).

P. J. : Comment voyez-vous l’avenir de la Grùce ?

N. M : Beaucoup de tourments
 mais justement, grĂące Ă  ces tourments, la GrĂšce en sortira plus forte. J’espĂšre, avec l’aide de Dieu, que les Grecs nationalistes patriotes pourront gouverner le pays qui est devenu un protectorat depuis presque deux siĂšcles. (note – P.J. : N.M. fait rĂ©fĂ©rence au fait que depuis 200 ans, la GrĂšce est systĂ©matiquement endettĂ©e par les banques privĂ©es en gĂ©nĂ©ral, anglaises en particulier).

P. J. : Selon HĂ©siode, KlĂŽtho est celle qui tisse le fil de la vie de chaque personne. Quand vous-ĂȘtes vous rendu compte que vous aviez un destin Ă  part ?

N. M : Hmmm
 je ne m’en souviens pas vraiment. Vous savez, je vois ma vie avant tout comme une sorte de devoir rendu Ă  mon pays. Mais il est certain que KlĂŽtho, Mira (destinĂ©e) et Tihi (la chance) doivent vous bĂ©nir pour que les choses progressent dans votre vie. Je crois Ă  la « DestinĂ©e » et il est au moins certain qu’aprĂšs ma mort, je n’irai pas en prison. N’oubliez pas : Ă  la suite de la RĂ©volution Française est nĂ© un empire, celui de NapolĂ©on. L’histoire est pleine de paradoxes.

P. J. : L’hyperinflation due Ă  la planche Ă  billets des RĂ©volutionnaires a amenĂ© en effet NapolĂ©on au pouvoir (note – P.J. : voir Ă  ce sujet « La Crise FinanciĂšre française 1789-1799 » d’Andrew Dickson White, ed. Jardin des Livres) La BCE fait de nos jours exactement ce que les RĂ©volutionnaires avaient fait : de la fausse monnaie. C’est ce que vous attendez ?

N. M : Oswald Spengler a Ă©crit « aprĂšs l’ Ère de l’Argent arrive l’Ère des CĂ©sars »  (note – P.J. : Spengler a publiĂ© son livre phare en 1918, avec une Ă©dition rĂ©visĂ©e en 1922, bien avant la montĂ©e en puissance d’Hitler, rĂ©Ă©dition des deux versions Ă©ditions Gallimard, 2002).

P. J. : L’Ère des Dictatures vous voulez dire ?

N. M : L’Ère des CĂ©sars. Ce serait la meilleur solution pour les peuples europĂ©ens
 je le souhaite.

P. J. : Votre message aux lecteurs français aprĂšs l’élection d’un banquier Ă  la tĂȘte de la France ?

N. M : C’est triste de constater que Emmanuel Macron a Ă©tĂ© Ă©lu alors qu’en vĂ©ritĂ© il ne reprĂ©sente qu’une minoritĂ© sur le plan du vote, et plus encore si on y ajoute le nombre des abstentions et le million de Français qui ont votĂ© « blanc ». Il est une minoritĂ©. Je souhaite du succĂšs aux patriotes français Ă  leurs lĂ©gislatives et je dis au peuple français : « pas besoin d’ĂȘtre tiĂšde ». Si madame Le Pen avait Ă©tĂ© plus agressive, elle aurait obtenu bien plus de votes.

P. J. : Un sujet qui fñche : la grande trahison du peuple grec par Alexis Tsipras. Comment le voyez-vous aujourd’hui ?

N. M : J’ai de la pitiĂ© pour les gens de Syriza (note – P.J. : coalition des divers et minuscules partis d’extrĂȘme gauche grecs). Vous imaginez ces gens qui se prĂ©sentent comme des bolchĂ©viques mais qui appliquent aux Grecs une politique capitaliste sauvage d’une extrĂȘme duretĂ© ?! Ce sont des personnages tragiques selon les critĂšres des tragĂ©dies grecques. Si vous connaissez une tragĂ©die grecque, vous savez que la solution du drame arrive Ă  la fin, via le Deus Ex Machina (note – P.J. : convention lancĂ©e par Euripide pour ses piĂšces : Ă  la fin, un Dieu, ou une DĂ©esse, intervient directement dans le drame humain pour le rĂ©soudre. Par exemple dans la piĂšce « MĂ©dĂ©e », HĂ©lios, Dieu du Soleil, lui envoie son chariot tirĂ© par des dragons afin qu’elle quitte la ville et son mari Jason, aprĂšs qu’elle eut tuĂ© son enfant, afin de la mettre en sĂ©curitĂ© Ă  AthĂšnes).

P. J. : Il existe une ville en GrĂšce nommĂ©e Drama. Est-ce lĂ  qu’est nĂ© Alexis Tsipras ?

N. M : Non, il n’est pas nĂ© Ă  Drama (note – P.J. : entre Thessaloniki et la ville bulgare de Zlatograd)
 Il aurait pu. Tsiparas est allĂ© Ă  Cuba pleurer Fidel Castro lors de ses funĂ©railles et tout de suite aprĂšs il a eu un rendez-vous secret en France avec la Banque Rothschild. Donc soit il est fou, soit il est opportuniste
 Au final le gouvernement grec a signĂ© un accord avec la Banque Rothschild pour aider la GrĂšce Ă  retourner sur les marchĂ©s financiers !

Propos recueillis par Pierre Jovanovic Ă  AthĂšnes (Juin 2017) | Source

Article paru sur le site VoxNr.

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