La primaire du PS pourrait constituer l’annonce de la fin du Parti socialiste si ce n’est du socialisme. NĂ©anmoins ne nous rĂ©jouissons pas prĂ©maturĂ©ment : en 1993, il fut balayĂ© Ă  l’AssemblĂ©e nationale et en 2002, fut absent au second tour des prĂ©sidentielles. Il sut nĂ©anmoins se redresser, en partie sous la houlette de son secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral, un certain François Hollande
 Aujourd’hui, le cadavre bouge encore, mais son fossoyeur pourrait bien en ĂȘtre BenoĂźt Hamon, Ă©lectoralement parlant du moins, il en a d’ailleurs la tĂȘte.

Valls et Hollande sanctionnés, la paresse plébiscitée.

Sans préjuger des résultats du second tour et a fortiori de la présidentielle, les militants (peu nombreux) ont voté non pour un présidentiable, mais pour un candidat qui conserverait les valeurs du socialisme. Examinons de prÚs ces valeurs en question.

Tout d’abord prĂ©ciser que l’on confond ici valeurs et institutions


Les valeurs rĂ©publicaines – car on parle plus de rĂ©publique que de socialisme tant celui-ci est dĂ©monĂ©tisĂ© –, cela voudrait signifier que la France est une rĂ©publique, il ne s’agit donc pas ici de valeur, mais d’institution. Parmi ces valeurs, le revenu universel pour lequel les tendeurs de sĂ©bile ont votĂ© massivement Hamon, attendant de l’État qu’il distribue sans comprendre que ce sera un grain de mil dans la bouche d’un Ăąne et qu’il y a belle lurette que l’on distribue par la dette, sur le dos des gĂ©nĂ©rations Ă  venir. Un vote Ă©goĂŻste, ignorant et archaĂŻque, donc.

Il y a « 11 millions de pauvres » en France, nous apprend la presse, chiffre en augmentation, et l’on continue Ă  redistribuer ! En bonne logique ce chiffre devrait baisser. Hamon a-t-il pensĂ© avec son revenu universel, au gendre de Marx (l’époux de Laura, Paul Lafargue Ă©tait mal vu par son beau-pĂšre) qui fit l’éloge de la paresse dans Le droit Ă  la paresse (en 1883, annĂ©e de la mort de Marx) ; il y dĂ©fendait l’idĂ©e que les ouvriers ne devaient pas rĂ©clamer le droit au travail – erreur masochiste selon lui –, mais il fut le prĂ©curseur de l’idĂ©e du RU.

La Sécurité sociale contre la sécurité nationale.

Plus de 750 milliards d’euros : c’est le budget social de la France, face aux 35 milliards de budget militaire : la SĂ©curitĂ© sociale contre la sĂ©curitĂ© nationale ! En cette pĂ©riode troublĂ©e, voilĂ  qui ne laisse pas d’inquiĂ©ter. Mais BenoĂźt Hamon ne nous a guĂšre parlĂ© de souverainetĂ© et d’indĂ©pendance nationale, voire de sĂ©curitĂ© publique. Il a reçu le soutien de Martine Aubry et d’une vingtaine de dinosaures Ă©chappĂ©s de Jurassic Park.

Dans ces conditions, on serait presque tentĂ© de dĂ©fendre Manuel Valls qui a quelques lumiĂšres sur le fait que le socialisme remonte Ă  deux siĂšcles et qu’il est une vieille lune promise Ă  l’oubli de l’histoire. Il semble entrevoir qu’à cĂŽtĂ© de l’État providence, il existe un État rĂ©galien Ă©touffĂ© par le premier ; or, dans le contexte de grande menace actuelle – ne sommes-nous pas en guerre, selon lui ? – on peut lui trouver quelque raison.

Quoi qu’il en soit la rĂ©duction du temps de travail et les loisirs, voire l’oisivetĂ© rentiĂšre, sont beaucoup plus le rĂ©sultat de la productivitĂ©, de l’investissement, du marchĂ© et du capital que de la loi.

Mais oĂč est donc Macron ?

Donc, nous avons en matiĂšre d’offre politique : les socialistes sans le socialisme avec Manuel Valls ; les socialistes socialistes avec Jean-Luc MĂ©lenchon, BenoĂźt Hamon et Arnaud Montebourg ; les socialistes sans le dire avec Florian Philippot, mais le cas le plus complexe est incontestablement Emmanuel Macron, de gauche, mais pas socialiste.

Pour simplifier, le fondateur du mouvement En Marche ! est sur la ligne Valls, mais en plus charmeur, et en amputant son discours de la souverainetĂ©, de l’identitĂ© et de l’autoritĂ© sur lequel Valls a eu la tĂ©mĂ©ritĂ© d’aller (il vient de le payer assez cher !)

Macron sera donc de gauche sans le socialisme ou de gauche avec le sociĂ©tal. Mais ses positions sur la SĂ©curitĂ© sociale et sur le temps de travail sont des positions partagĂ©es Ă  gauche, surtout n’y rien changer ! LĂ  oĂč il fait preuve d’un peu plus de hardiesse, c’est sur l’apprentissage et les autoentrepreneurs. Il veut ĂȘtre le candidat du travail (pas d’accord avec Paul Lafargue !) ; on a connu celui des travailleurs, baisse des charges sur le travail, maintien du CICE, c’est ce qui est reprochĂ© Ă  Valls et Hollande.

Simplifier le Code du travail ? Du bon sens tout simplement. Tout cela ne justifie pas enthousiasmes et ralliements, il demeure assez largement Ă©tatiste lorsqu’il transfĂšre les cotisations salariales sur la CSG et augmente la taxation du capital alors mĂȘme que celui-ci est dĂ©jĂ  fortement taxĂ© et constitue la premiĂšre cause du refus de prise de risque qu’il prĂ©conise par ailleurs.

Quant aux retraitĂ©s, s’il y en a qui votent Macron, c’est par ignorance ou masochisme, ils sont dans le collimateur du gentil gendre idĂ©al
 Enfin, il rend hommage Ă  la fonction publique qu’il veut voir passer du contrĂŽle au conseil.

Des mots que tout cela, beaucoup de flou et des contradictions. Macron, pour ramasser chez les centristes, affirme aimer l’Europe, mais de quelle Europe s’agit-il, nous ne le savons guùre : celle de Jean-Claude Junker ou celle des patries ?

Sur le plan Ă©lectoral, si Hamon l’emporte au second tour, il peut tailler des croupiĂšres Ă  MĂ©lenchon, mais pour Macron, qui dĂ©cidĂ©ment est favorisĂ© par le sort, Hamon peut jouer le rĂŽle de repoussoir et lui permettre d’engranger les voix qui se seraient portĂ©es sur Valls.

L’heure de vĂ©ritĂ© devrait sonner pour l’enfant chĂ©ri des dieux de la gauche et du systĂšme. Sa prĂ©sence au second tour n’est pas improbable, de mĂȘme que son Ă©lection Ă  la prĂ©sidence, tout dĂ©pendra de l’adversaire qu’il aura face Ă  lui. On peut deviner dĂ©jĂ  celui ou celle qui le ferait Ă©lire. La France aura alors un prĂ©sident socialiste et tout rentrera dans l’ordre !

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