par Albert Leimgruber.

Dans une dĂ©mocratie directe le peuple est souverain. La sĂ©paration des pouvoirs entre l’exĂ©cutif (Gouvernement), le LĂ©gislatif et le judicatif ainsi que le fĂ©dĂ©ralisme rendent impossible tout influence d’un groupement d’intĂ©rĂȘt minoritaire. Voila pour la thĂ©orie.

En rĂ©alitĂ©, la politique suisse fait l’objet de diverses zones d’ombres. Mais la base du problĂšme, c’est que le modĂšle Suisse se basant sur la dĂ©mocratie directe, le fĂ©dĂ©ralisme, la neutralitĂ© et l’indĂ©pendance a Ă©tĂ© systĂ©matiquement dĂ©mantelĂ©.

1. La destruction de la neutralité

Avec la chute du mur de Berlin et la « fin de l’Histoire », un « Nouvel Ordre Mondial » semblait Ă©merger. Fini l’affrontement entre les nations et la menace de la destruction mutuelle assurĂ©e par armes nuclĂ©aires. Le monde allait devenir un village global dans lequel l’économie capitaliste garantirait une hausse du niveau de vie pour tous.

Dans ce contexte, la neutralitĂ© perpĂ©tuelle et armĂ©e n’aurait plus de sens. La victoire Ă©crasante du modĂšle occidental sur son rival dĂ©montrait que pour rĂ©ussir, il fallait adopter le libĂ©ralisme absolu. Inutile de se tenir Ă  l’écart. Le « sonderfall » avait vĂ©cu. La Suisse devait rejoindre ce monde plein d’opportunitĂ©s, de richesses et de croissance.

Étant donnĂ© que la population suisse tenait encore majoritairement Ă  son modĂšle et que la gueule de bois qui suivait le « dimanche noir » (rejet de l’adhĂ©sion Ă  l’EEE par le peuple et les cantons le 6 dĂ©cembre 1992) empĂȘchait le Conseil FĂ©dĂ©ral d’avancer ouvertement, ce dernier en contradiction absolue avec la volontĂ© populaire a dĂ©cidĂ© de suivre son agenda en cachette.

Une des dĂ©cisions marquantes du Conseil FĂ©dĂ©ral fut l’adhĂ©sion de la Suisse au programme de l’OTAN « Partenariat pour la Paix » (PPP). Cette dĂ©cision ne fut PAS soumise au rĂ©fĂ©rendum facultatif, ce qui indique un dĂ©ni dĂ©mocratique de la part du gouvernement, a amenĂ© la Suisse dans la zone d’influence de l’OTAN.

Il va de soi qu’une participation Ă  l’OTAN n’est pas compatible avec la neutralitĂ© perpĂ©tuelle de la Suisse et aurait dĂ» ĂȘtre soumise au rĂ©fĂ©rendum facultatif. Qu’en est-il du PPP ? Cet organisation vise avant tout Ă  crĂ©er des liens de partenariat et des Ă©changes diplomatiques entre les États membres et l’OTAN. Or, une dĂ©pendance de ces Etats envers l’Alliance Atlantique peut clairement ĂȘtre dĂ©montrĂ©e.  Ainsi, les normes militaires (Ă©quipements, calibres, organisation de l’armĂ©e
) doivent ĂȘtre adaptĂ©es Ă  celles de l’OTAN. Le but du Partenariat pour la Paix est clairement de collaborer avec l’OTAN, en vue d’une adhĂ©sion.

La voie de l’internationalisme Ă©tait donc bel et bien entamĂ©e par les perdants du 6 dĂ©cembre 1992. A la fin du siĂšcle, alors que l’OTAN – sans mandat des Nation-Unies et sans respect de sa propre charte qui interdisait une attaque en dehors du territoire de l’Alliance – attaquĂąt la Serbie, le Conseil fĂ©dĂ©ral et le parlement suisse dĂ©cidĂšrent d’autoriser l’envoi de troupes confĂ©dĂ©rĂ©es armĂ©es Ă  l’étranger. Il s’agit ici bien d’un changement radical de paradigme dans la politique Ă©trangĂšre Suisse et d’un abandon de fait de la neutralitĂ© Suisse lors d’un conflit armĂ©.

L’acceptation par le peuple de ce virage de la politique de sĂ©curitĂ© en juin 2001 reprĂ©sente la plus grande entorse Ă  la neutralitĂ© Suisse depuis 1848. Il Ă©tait clair dorĂ©navant que la Suisse, partenaire de l’OTAN, prendrait parti lors de certains conflits. La NeutralitĂ© est devenue une coquille vide de sens.

L’adhĂ©sion Ă  l’ONU ne reprĂ©sente que la suite logique des Ă©vĂ©nements. Les internationalistes ont gagnĂ© une manche : La NeutralitĂ© ne sera plus un pilier crĂ©dible pour le modĂšle Suisse. Pire encore, la NeutralitĂ© – dĂ©sormais « active » – de la Suisse est utilisĂ©e pour permettre aux chefs du dĂ©partement fĂ©dĂ©ral des Affaires Ă©trangĂšres de se profiler sur la scĂšne internationale.

2. La destruction du fédéralisme

Autre pilier du ModĂšle Suisse, le fĂ©dĂ©ralisme devait Ă©galement ĂȘtre dĂ©truit. Seul un gouvernement central fort devait subsister afin de faciliter l’intĂ©gration de la Suisse dans les institutions internationales.

La Suisse est un État particulier. Les cantons sont souverains. Ils n’ont dĂ©lĂ©guĂ© Ă  Berne qu’une partie de leurs affaires. Ce sont eux qui ont la libertĂ© de gĂ©rer leurs affaires internes. L’Education n’est pas la mĂȘme aux Grisons que dans le canton de NeuchĂątel et les impĂŽts sont diffĂ©rents de canton Ă  canton. Berne ne gĂšre que les affaires qui relĂšvent de l’intĂ©rĂȘt supĂ©rieur,comme l’armĂ©e et la politique Ă©trangĂšre.

La destruction du fĂ©dĂ©ralisme commence en douceur : Les fusions de communes et la crĂ©ation de groupements communaux (« agglomĂ©rations ») disposant d’un parlement non-Ă©lu directement et dotĂ© de pouvoirs opaques (entre la commune et le canton) ont affaibli la base mĂȘme du fĂ©dĂ©ralisme, la commune.

Puis les conférences des directeurs cantonaux se sont mises en place et ont commencé à édicter des normes qui rapidement sont devenues des lois cantonales. Une fois de plus la démocratie est contournée.

Puis il y a la tendance gĂ©nĂ©rale du parlement national Ă  prendre de plus en plus de dĂ©cisions qui relĂšvent de l’autoritĂ© cantonale. Ainsi, le droit fĂ©dĂ©ral remplace petit Ă  petit le droit cantonal. Et les parlements cantonaux sont rĂ©duits Ă  mettre en application des dĂ©cisions qu’ils n’ont jamais prises.

3. La destruction de la démocratie

Que ce soit la destruction de la NeutralitĂ© ou du fĂ©dĂ©ralisme, la population n’a jamais Ă©tĂ© consultĂ©e. Cette Ă©volution s’est faite en dessous du radar des simples citoyens. Certes, ils ont eu l’occasion de voter sur certains sujets partiels. Les fusions de communes doivent ĂȘtre adoptĂ©es par les citoyens. Mais dans ce cas, il n’y a jamais eu de dĂ©bat de principe. On a rĂ©duit la question Ă  la rentabilitĂ© et non Ă  l’identitĂ© des villageois.

Et lorsqu’il y a eu des votes majeurs comme par exemple la question de l’adhĂ©sion Ă  l’ONU, ou de l’envoi de soldats Ă  l’étranger, une gigantesque machine de propagande gouvernementale s’est mise en route. Il ne s’agit pas de tracts et d’affiches, mais d’articles de presse, d’analyses et expertises de la part de « spĂ©cialistes » de reportages, de pressions politiques, d’interventions de personnalitĂ©s publiques et de responsables de grandes entreprises, de l’implication du gouvernement dans la campagne et d’une communicqtion biaisĂ©e relayĂ©e par les mĂ©dias d’Etat.

Un des exemples les plus flagrants est celui du dĂ©bat sur les accords bilatĂ©raux. Toute l’élite Ă©conomique, mĂ©diatique, intellectuelle et politique s’est battue pour obtenir un OUI. Ce fut chose faite. Dans les mĂ©dias les opposants n’avaient pas voix au chapitre. La dĂ©mocratie directe ne peut pas survivre dans de telles conditions.

4. La destruction de la souveraineté

La souverainetĂ© nationale est l’unique cadre dans lequel une dĂ©mocratie directe peut exister. En mĂȘme temps, la souverainetĂ© nationale est le principal obstacle Ă  une intĂ©gration de la Suisse dans des instances supranationales.

Depuis 1992, les perdants du vote sur l’EEE tentent par tous les moyens de faire adhĂ©rer la Suisse Ă  l’Union EuropĂ©enne. Les accords bilatĂ©raux – avant tout la libre circulation des personnes – ont fait de la Suisse un «membre passif» de l’UE.

En plus d’affaiblir la dĂ©mocratie directe, les Ă©lites politico-mĂ©diatiques prĂŽnent la reprise du droit EuropĂ©en par la Suisse et la soumission de notre pays sous la jurisprudence de l’Union EuropĂ©enne, notamment via un accord-cadre dont le contenu dĂ©taillĂ© reste cachĂ© aux yeux des citoyens. Or, un Etat qui applique les lois Ă©trangĂšres sur son territoire n’est plus souverain. Il devient une colonie.

MalgrĂ© tous ces efforts menĂ©s par les Ă©lites suisses, la population ne veut pas adhĂ©rer Ă  l’Union europĂ©enne. L’indĂ©pendance et la NeutralitĂ© de la Suisse ont toujours la cote au sein de la population. Mais ceci ne va pas empĂȘcher les Ă©lites Ă  poursuivre leur politique.

 La fin du modÚle Suisse ?

La pression que subit le modĂšle Suisse par les Ă©lites politiques, Ă©conomiques, mĂ©diatiques et intellectuelles reprĂ©sente un grand risque pour les citoyens du pays. Le souhait d’en finir avec le modĂšle Suisse est bien rĂ©el au sein des coulisses du pouvoir helvĂ©tique. Il est urgent de rĂ©agir et d’empĂȘcher nos Ă©lites d’atteindre leurs objectifs.

Le citoyen n’est libre que dans la dĂ©mocratie directe. La dĂ©mocratie directe n’est viable que dans un Etat souverain. La dĂ©fense de la souverainetĂ© suisse assure la libertĂ© individuelle de tout citoyen. En 2018, ce combat pour nos libertĂ©s continuera de plus belle. La votation sur l’initiative pour l’autodĂ©termination qui vise Ă  assurer la prĂ©dominance de la constitution fĂ©dĂ©rale sur le droit international sera le prochain combat d’importance pour assurer un avenir en libertĂ© pour tous les habitants de notre pays. Nous ne pouvons nous permettre de perdre ce combat!

Article paru sur le site LesObservateurs.ch.

Vous avez aimé cet article ?

EuroLibertĂ©s n’est pas qu’un simple blog qui pourra se contenter ad vitam aeternam de bonnes volontĂ©s aussi dĂ©vouĂ©es soient elles
 Sa promotion, son dĂ©veloppement, sa gestion, les contacts avec les auteurs nĂ©cessitent une Ă©quipe de collaborateurs compĂ©tents et disponibles et donc des ressources financiĂšres, mĂȘme si EuroLibertĂ©s n’a pas de vocation commerciale
 C’est pourquoi, je lance un appel Ă  nos lecteurs : NOUS AVONS BESOIN DE VOUS DÈS MAINTENANT car je doute que George Soros, David Rockefeller, la Carnegie Corporation, la Fondation Ford et autres Goldman-Sachs ne soient prĂȘts Ă  nous aider ; il faut dire qu’ils sont trĂšs sollicitĂ©s par les medias institutionnels
 et, comment dire, j’ai comme l’impression qu’EuroLibertĂ©s et eux, c’est assez incompatible !
 En revanche, avec vous, chers lecteurs, je prends le pari contraire ! Trois solutions pour nous soutenir : cliquez ici.

Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

A propos de l'auteur

Philippe Randa

Directeur du site EuroLibertĂ©s. Ancien auditeur de l’Institut des Hautes Études de DĂ©fense Nationale, chroniqueur politique, Ă©diteur (Ă©ditions Dualpha, DĂ©terna et L'Æncre) et auteur de plus d’une centaine de livres. SociĂ©taire de l’émission « Bistrot LibertĂ© » sur TVLibertĂ©s, il co-anime avec Roland HĂ©lie l'Ă©mission « SynthĂšse » sur Radio LibertĂ©s tous les jeudi. Ses chroniques politiques sont publiĂ©es chaque annĂ©e en recueil sous le titre : « Chroniques barbares ».

Articles similaires