Patrick Buisson, journaliste, Ă©crivain, directeur de la chaĂźne de tĂ©lĂ©vision Histoire et stratĂšge politique, a Ă©tĂ© durant plusieurs annĂ©es le conseiller de Nicolas Sarkozy. Lionel Baland l’a interrogĂ© pour EuroLibertĂ©s.

« Il y a incontestablement
dans cette partie de la France que vous Ă©voquez
la France des invisibles,
la France des laissés-pour-compte,
un sentiment de rejet,
de dĂ©goĂ»t Ă  l’égard de la politique »

La grande histoire des guerres de Vendée.

La grande histoire des guerres de Vendée.

Vous estimez au sein de l’ouvrage La grande histoire des guerres de VendĂ©e paru en 2017 qu’un gĂ©nocide a eu lieu en VendĂ©e Ă  l’époque de la RĂ©volution française. Ce phĂ©nomĂšne est-il limitĂ© Ă  la VendĂ©e ou d’autres rĂ©gions ont-elles Ă©tĂ© touchĂ©es ?

Non, ce phĂ©nomĂšne a Ă©tĂ© limitĂ© Ă  la VendĂ©e car la rĂ©sistance la plus forte venait de cet endroit et la rĂ©pression dans les autres dĂ©partements n’a pas eu ce caractĂšre systĂ©matique de projet d’extermination.

L’aristocratie française a-t-elle Ă©tĂ© victime d’un gĂ©nocide ?

Non, on ne peut pas parler de gĂ©nocide. Il y a eu une rĂ©pression politique et sociale qui a touchĂ© les aristocrates. Il y a eu environ 20 ou 25 mille personnes guillotinĂ©es ou Ă©liminĂ©es. Certes, parce qu’elles reprĂ©sentaient l’ancienne forme de pouvoir politique, mais des aristocrates servaient dans les armĂ©es de la RĂ©publique et d’autres se sont ralliĂ©s aux idĂ©es nouvelles et Ă  la forme rĂ©publicaine du pouvoir. Donc, on ne peut pas dire que l’aristocratie a formĂ© un bloc totalement homogĂšne. La plupart Ă©taient certes restĂ©s fidĂšles au Roi, mais une partie non nĂ©gligeable s’est ralliĂ©e au nouveau rĂ©gime.

Au sein de la trilogie 1940-1945 : AnnĂ©es Ă©rotiques, vous estimez que la LibĂ©ration, en 1944, a Ă©tĂ© une revanche des hommes alors que la guerre a Ă©tĂ© une pĂ©riode de libĂ©ration des mƓurs ? Estimez-vous que le rĂ©gime de Vichy a reprĂ©sentĂ© une libĂ©ration des mƓurs ?

Pas le rĂ©gime de Vichy ! Le simple fait de l’Occupation. Il y avait prĂšs de deux millions de prisonniers et donc beaucoup de femmes sans mari et par consĂ©quent le rapport entre la population masculine et fĂ©minine s’est trouvĂ© trĂšs dĂ©sĂ©quilibrĂ©. C’est une question anthropologique, une question de mƓurs. Les pĂ©riodes de guerre, d’anomie sociale, sont toujours des pĂ©riodes de grand dĂ©sordre sexuel. Et la sexualitĂ© est le rĂ©vĂ©lateur optimal de l’état de la sociĂ©tĂ© et de l’évolution politique. On a eu durant cette pĂ©riode d’occupation, mais ce n’est pas propre Ă  la France et cela s’est passĂ© aussi en Belgique, beaucoup de femmes qui, sĂ©parĂ©es de leur mari, s’émancipaient du contrĂŽle masculin et effectivement menaient une vie sexuelle beaucoup plus libre, beaucoup plus autonome que ce n’était le cas avant. D’oĂč le phĂ©nomĂšne de la collaboration horizontale qui a touchĂ© des dizaines de milliers de femmes en France qui se sont jetĂ©es dans les bras de l’armĂ©e allemande parce qu’elles en avaient envie sans doute, mais aussi pour des raisons matĂ©rielles. Ce n’est pas la solde de prisonnier que versait Vichy qui leur permettait de survivre en tant que femmes de prisonnier. Donc, il fallait bien subsister dans un contexte de guerre extrĂȘmement difficile. Donc, une telle pĂ©riode bouleverse de fait les mƓurs. C’est une constante dans l’histoire de l’humanitĂ©, ce n’est propre ni Ă  la pĂ©riode 1940-1945 ni Ă  la France.

Comment expliquez-vous que les femmes en gĂ©nĂ©ral, Ă  l’heure actuelle, votent moins pour les partis patriotiques que les hommes ?

Cela reste Ă  prouver. Cela dĂ©pend des pays et des circonstances. Jusqu’à prĂ©sent, oui, par exemple en France, le vote Front National Ă©tait un vote trĂšs masculin. Il Ă©tait populaire et d’affirmation virile venant de l’ancien prolĂ©tariat, des gens qui se sentaient dĂ©valorisĂ©s parce que les mĂ©tiers manuels et les valeurs viriles qu’ils portaient n’étaient plus en harmonie avec la sociĂ©tĂ© contemporaine qui baigne plutĂŽt dans des valeurs fĂ©minines : harmonie, pacification, dialogue, etc. Cela a un peu changĂ© avec l’arrivĂ©e Ă  la tĂȘte du Front National de Marine Le Pen. Il y a un vote fĂ©minin en faveur du Front National. Certes, cela reste pour partie un vote masculin, mais dans les catĂ©gories populaires, il s’est beaucoup fĂ©minisĂ©. C’est le constat qui a pu ĂȘtre fait dans les derniers scrutins, y compris Ă  la prĂ©sidentielle. L’électorat populaire fĂ©minin vote assez facilement Front National car c’est aussi celui qui est le plus prĂ©carisĂ©, celui qui se trouve dans les emplois Ă  temps partiel, peu qualifiĂ©s et sur lesquels la fracture entre la France urbaine et la France pĂ©riphĂ©rique, c’est-Ă -dire la France des classes populaires marginalisĂ©es, est la plus bĂ©ante et la plus ouverte. Cet Ă©lectorat populaire fĂ©minin vote plutĂŽt pour le Front National.

L’abstention monte de plus en plus. Comment voyez-vous l’avenir politique Ă  partir du moment oĂč le systĂšme ne reprĂ©sente plus la population ? Pourquoi la population ne se rĂ©volte-t-elle pas, surtout les personnes les plus prĂ©carisĂ©es ?

Il y a incontestablement dans cette partie de la France que vous Ă©voquez la France des invisibles, la France des laissĂ©s-pour-compte, un sentiment de rejet, de dĂ©goĂ»t Ă  l’égard de la politique. Maintenant pourquoi ne se rĂ©volte-t-elle pas ? Parce que les formes de protestation politique ne sont plus des formes violentes. Elles l’ont Ă©tĂ© longtemps.

La rue a Ă©tĂ© une des actrices, une des composantes de la vie politique en France. Elle l’est de moins en moins. Elle peut l’ĂȘtre lors de manifestations de masse, mais qui sont des manifestations liĂ©es Ă  un Ă©vĂ©nement particulier. Je pense Ă  « La manif pour tous » sur le mariage « gay » ou je pense Ă  ce qui s’est passĂ© au moment de l’attentat en 2015 Ă  Paris contre l’équipe de l’hebdomadaire Charlie. Les foules descendent dans la rue. Certes, il s’agit de contestations, mais ce sont des manifestations pacifiques qui ne correspondent pas Ă  des rĂ©voltes sociales. La France a connu pendant des siĂšcles des jacqueries, des Ă©meutes qui Ă©taient des actions violentes et mĂȘme dans l’aprĂšs-guerre. Cette forme d’action politique qu’est l’action violente est sortie des mƓurs. Il faut bien le constater. Cette population se retranche dans le dĂ©goĂ»t et sort du jeu politique, sort du spectre politique. Les Français, pas plus que les autres peuples europĂ©ens, ne sont des peuples rĂ©volutionnaires. Ce sont des peuples qui ne remettent pas en cause leur standard de vie pour quelque cause que ce soit. Et on ne se sacrifie plus pour un ĂȘtre collectif : le prolĂ©tariat, la nation, la patrie, la communautĂ©, etc. La poussĂ©e individualiste fait que les grands mouvements collectifs, les grandes rĂ©voltes populaires, ne sont plus dans le tempĂ©rament des Français, ni mĂȘme des EuropĂ©ens d’ailleurs.

 

Le président Emmanuel Macron représente-t-il un changement ou une continuité ?

Incontestablement un changement, une rupture. Ça, c’est sĂ»r. Il me paraĂźt beaucoup plus libre. Je ne sais pas ce qu’il fera. Il n’est pas tenu par les appareils partisans. Il s’est affranchi Ă  la fois de la gauche et de la droite. Les deux appareils partisans en voie de dĂ©liquescence que sont le Parti socialiste et Les RĂ©publicains n’exercent plus la moindre influence sur l’exĂ©cutif. Et donc venant de la gauche et Ă©lu plutĂŽt par la gauche et quelques voix de droite, Emmanuel Macron est en train de faire le chemin inverse de celui des Ă©lus de droite. Il y a beaucoup d’électeurs de droite qui se disent aujourd’hui : mais finalement, on a Ă©lu des prĂ©sidents de droite qui ont pratiquĂ© une politique de gauche et Macron, Ă©lu par la gauche, rĂ©alise une politique qui n’est pas encore de droite, mais qui n’est plus de gauche.

Le phĂ©nomĂšne est intĂ©ressant car il ne pĂšse sur lui ni les pressions des partis ni les inhibiteurs qui gĂ©nĂ©ralement paralysaient l’action des Ă©lus Ă  droite. Par exemple, la politique en matiĂšre d’Éducation nationale du ministre Jean-Michel Blanquer, aucun ministre de droite n’aurait pris le risque politique d’assumer de telles options. Il aurait eu trop peur du syndicat et de l’environnement mĂ©diatique. C’est une forme de libertĂ© qui est intĂ©ressante car elle fait bouger les limites, elle fait bouger les choses.

Jean-Luc Mélenchon a-t-il un cÎté nationaliste ?

Il a une dimension patriotique qui est d’ailleurs celle des rĂ©volutionnaires et se rĂ©clame en cela de la mĂ©moire robespierriste et jacobine. Il a mis en sourdine les questions migratoires. En 2012, il avait fait campagne sur la France mĂ©tissĂ©e. Il a maintenant Ă©vacuĂ© ce thĂšme car il sait que c’est un frein au vote populaire. Le vote qu’il a obtenu est un vote Ă  la fois de gauche traditionnelle, mais aussi un vote immigrĂ© trĂšs important ; il suffit de voir son succĂšs Ă  Marseille par exemple, et donc la dimension nationale et identitaire du mĂ©lenchonisme apparaĂźt aujourd’hui plus diluĂ©e qu’elle pouvait ĂȘtre il y a quelques annĂ©es bien qu’il y ait eu une Ă©volution sur ces questions d’identitĂ© et d’immigration puisqu’il n’a pas fait en 2017 la campagne de 2012.

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