Par Olivier Bault.

Pologne – Les mĂ©dias d’opposition ont beau sortir des affaires Ă  grand renfort d’effets d’annonces, rien n’y fait. Le parti social-conservateur Droit et Justice (PiS) de JarosƂaw KaczyƄski semble bien parti pour reconduire sa majoritĂ© absolue au parlement polonais lors des Ă©lections lĂ©gislatives du 13 octobre prochain. Si cette prĂ©vision se vĂ©rifie, ce sera la deuxiĂšme fois qu’un parti politique obtient une majoritĂ© absolue Ă  la DiĂšte, malgrĂ© le scrutin Ă  la proportionnelle (selon la mĂ©thode d’Hondt, avec un avantage au vainqueur), depuis la chute du communisme en 1989-90. La premiĂšre fois, c’était quand le PiS avait remportĂ© les Ă©lections en 2015.

MalgrĂ© la derniĂšre affaire concernant une action de cyber-harcĂšlement menĂ©e contre des juges hostiles aux rĂ©formes du PiS menĂ©e depuis le ministĂšre de la Justice, par des juges recrutĂ©s par le ministre Zbigniew Ziobro, dont un secrĂ©taire d’État qui a dĂ©missionnĂ© suite aux rĂ©vĂ©lations du site Onet.pl, le PiS caracole toujours aussi haut dans les sondages. La moyenne des sondages de septembre (telle que consultĂ©e le 20 septembre sur le site ewybory.eu) donne 44,3% d’intentions de vote au PiS contre 26,5% Ă  la Coalition civique (KO) regroupant les libĂ©raux de la Plateforme civique (PO), les libĂ©raux-libertaires de Nowoczesna (« Moderne ») et les Verts de gauche libertaire. La coalition de gauche, Lewica (« Gauche »), peut quant Ă  elle compter sur 11,7% des voix des Ă©lecteurs polonais Ă  en croire les mĂȘmes sondages. Elle regroupe les sociaux-dĂ©mocrates du SLD (le parti hĂ©ritier de l’ancien parti communiste), les progressistes LGBT du parti Wiosna (« Printemps ») et l’extrĂȘme gauche sociale du parti Lewica Razem (« La gauche ensemble »). Vient ensuite le bloc formĂ© par le parti agraire PSL et le parti « anti-systĂšme » de droite Kukiz’15 (du nom de son leader), crĂ©ditĂ©s de 6,2% des intentions de vote, talonnĂ©s par les nationalistes et leurs alliĂ©s libĂ©raux-conservateurs Ă  4,2%. Ces deux derniers blocs ne sont donc pas sĂ»rs d’atteindre le seuil minimum de 5% pour entrer Ă  la DiĂšte.

Les mĂ©dias d’opposition les plus engagĂ©s politiquement ne comprennent pas une telle popularitĂ© malgrĂ© toutes les affaires qui, Ă  leurs yeux, entachent la prĂ©sente lĂ©gislature dominĂ©e par le PiS. Car d’autres affaires avaient coulĂ© la gauche post-communiste en 2005 (elle ne s’en est toujours pas remise) et ont grandement contribuĂ© en 2015 Ă  faire perdre les amis de Donald Tusk, le Premier ministre polonais qui s’était rĂ©fugiĂ© Ă  Bruxelles dĂšs 2014. Le problĂšme de l’opposition, c’est que, comparĂ©es aux affaires du SLD et de la Plateforme civique, celles du PiS paraissent sans doute trop peu compromettantes pour le gouvernement en place du point de vue des Ă©lecteurs. En outre, mĂȘme quand elles devraient logiquement l’ĂȘtre, comme dans cette affaire de cyber-harcĂšlement depuis le ministĂšre de la Justice, elles n’arrivent visiblement plus Ă  Ă©mouvoir un Ă©lectorat dĂ©jĂ  blasĂ© par les pĂ©tards mouillĂ©s des affaires prĂ©cĂ©dentes divulguĂ©es par les mĂ©dias d’opposition.

La premiĂšre grosse affaire qui aurait pu Ă©branler la domination du PiS si la responsabilitĂ© de membres du gouvernement ou de responsables du parti avait pu ĂȘtre dĂ©montrĂ©e, ce qui n’a pas Ă©tĂ© le cas, date de novembre 2018. Il s’agit de l’affaire KNF, du nom de l’autoritĂ© de surveillance financiĂšre (Komisja Nadzoru Finansowego). Le 13 novembre 2018, le journal Gazeta Wyborcza (fĂ©rocement engagĂ© contre le PiS) publiait la transcription de l’enregistrement d’une conversation de l’homme d’affaires Leszek Czarnecki, propriĂ©taire d’une banque en difficultĂ©, la Getin Noble Bank, avec le prĂ©sident du KNF Marek Chrzanowski. C’est Czarnecki qui avait rĂ©alisĂ© cet enregistrement quelques mois auparavant, en mars, alors que Chrzanowski lui avait demandĂ© un entretien en tĂȘte-Ă -tĂȘte. L’enregistrement prouvait que le prĂ©sident du KNF avait proposĂ© Ă  l’homme d’affaire d’embaucher un certain juriste de ses amis au conseil de surveillance de la Getin Noble Bank en Ă©change de la bienveillance de l’autoritĂ© de surveillance financiĂšre, ce qui est bien entendu totalement illĂ©gal. Selon Czarnecki, la rĂ©munĂ©ration demandĂ©e pour cet ami du prĂ©sident du KNF correspondait Ă  1% du capital de la banque, mĂȘme si le montant demandĂ© n’est pas Ă©noncĂ© sur l’enregistrement puisqu’il aurait Ă©tĂ© inscrit sur un bout de papier. Chrzanowski a dĂ» dĂ©missionner le lendemain des rĂ©vĂ©lations du journal et il fait l’objet de poursuites du parquet. Si sa brillante carriĂšre a pris fin brutalement, aucun membre du gouvernement ou du PiS n’a Ă©tĂ© Ă  ce jour Ă©tĂ© impliquĂ© dans cette affaire. La seule chose compromettante pour le PiS, c’est que c’est lui qui avait conduit Ă  la nomination de Chrzanowski Ă  la tĂȘte du KNF.

L’autre « grosse » affaire qui devait faire perdre au PiS tout crĂ©dit aux yeux de ses Ă©lecteurs, selon Gazeta Wyborcza et l’opposition anti-PiS, c’est l’affaire « Srebrna Towers » (ou « KaczyƄski Towers » / « K-Towers »), du nom de deux tours de 190 mĂštres de haut qu’une sociĂ©tĂ© liĂ©e au PiS projetait de faire construire sur un terrain lui appartenant Ă  Varsovie. Le journal Ă©tait une nouvelle fois entrĂ© en possession d’un enregistrement jugĂ© compromettant pour le PiS et mĂȘme, en l’occurrence, pour JarosƂaw KaczyƄski en personne. L’enregistrement Ă©tait l’Ɠuvre d’un homme d’affaire autrichien chargĂ© de prĂ©parer le projet. Un Autrichien qui a par ailleurs de lointains liens de parentĂ©, par alliance, avec KaczyƄski. Gazeta Wyborcza avait annoncĂ© la veille de sa publication, en faisant circuler des bruits de couloir, une vĂ©ritable bombe atomique qui allait faire exploser le PiS en vol. Des bruits de couloir repris par d’autres journalistes et politiciens d’opposition dĂ©jĂ  tout frĂ©tillants d’impatience. Mais quand Gazeta Wyborcza a fait exploser sa bombe le 5 fĂ©vrier dernier, la Pologne a bien ri. Y compris l’auteur de ces lignes en lisant la transcription de l’enregistrement avec les passages soulignĂ©s et mis en Ă©vidence par le journal, car ces passages, comme le reste de la conversation, n’avaient rien de scandaleux. C’était un gros pĂ©tard mouillĂ© dont la force de dĂ©tonation n’a pu ĂȘtre renforcĂ©e par la profusion d’articles et opinions publiĂ©es par le journal afin de convaincre du caractĂšre compromettant pour KaczyƄski de sa conversation concernant le projet de construction. En gros, c’était une discussion d’affaires pendant laquelle le prĂ©sident du PiS expliquait Ă  son interlocuteur autrichien qu’il fallait abandonner ce projet parce que, d’une part, les mĂ©dias hostiles au PiS allaient l’exploiter pour attaquer l’image du parti et que, d’autre part, de toute façon la ville de Varsovie aux mains de la PO refusait d’accorder les autorisations nĂ©cessaires pour des raisons politiques. L’Autrichien exigeait d’ĂȘtre payĂ© pour le travail fait, ce Ă  quoi le Polonais rĂ©pondait qu’il avait bien l’intention de le payer, mais qu’il lui fallait des justificatifs, c’est-Ă -dire des factures et le dĂ©tail des prestations rĂ©alisĂ©es, afin que tout soit parfaitement lĂ©gal et documentĂ©. En bref, s’il ressortait de cet enregistrement que le PiS investissait dans l’immobilier par le biais d’une sociĂ©tĂ© privĂ©e (ce qui n’est pas illĂ©gal et n’est pas propre Ă  ce parti), il ressortait aussi, malgrĂ© toutes les circonvolutions intellectuelles et tous les effets de langage de Gazeta Wyborcza et de l’opposition, que JarosƂaw KaczyƄski est un homme honnĂȘte, attachĂ© au respect de la lĂ©galitĂ© et impuissant (alors qu’il est toujours prĂ©sentĂ© par l’opposition comme une Ă©minence grise toute puissante en Pologne) face Ă  une mairie de Varsovie qui, elle, abuse de son pouvoir.

Comme dans l’histoire du berger qui criait au loup, aprĂšs cette fausse bombe atomique, il n’est pas Ă©tonnant que des affaires comme celle des juges cyber-harceleurs n’ait plus aucun impact sur les sondages. Pas plus que l’affaire de ce juge promu par le ministre de la Justice Zbigniew Ziobro et nommĂ© avec les voix des parlementaires du PiS au Conseil national de la magistrature (KRS) qui avait, selon les rĂ©vĂ©lations de Gazeta Wyborcza ce mois-ci, publiĂ© en 2015 sur Internet, en utilisant un pseudonyme, un commentaire violemment antisĂ©mite qui lui vaut d’ĂȘtre aujourd’hui sous le coup d’une enquĂȘte du parquet. Une enquĂȘte qui dure depuis quatre ans. Il en va de mĂȘme pour l’affaire du marĂ©chal (prĂ©sident) de la DiĂšte Marek KuchciƄski, accusĂ© d’avoir souvent fait voler des membres de sa famille Ă  bord d’un avion gouvernemental. La stratĂ©gie payante du PiS, notamment Ă  l’approche des Ă©lections, consiste Ă  limoger ou faire dĂ©missionner les personnes impliquĂ©es. C’est ainsi que KuchciƄski a Ă©tĂ© remplacĂ© en aoĂ»t pour dĂ©samorcer l’affaire et l’on n’en parle plus beaucoup aujourd’hui.

Outre le fait que les Ă©lecteurs, mis Ă  part ceux qui pensent dĂ©jĂ  tout le mal possible du PiS, ne prennent plus trop ces affaires au sĂ©rieux, elles donnent l’impression de n’ĂȘtre de toute façon que des affairettes aux yeux de ceux, nombreux, qui se souviennent des grosses affaires des lĂ©gislatures prĂ©cĂ©dentes. D’autant que le PiS prend soin de conserver toute leur fraĂźcheur Ă  ces affaires compromettantes pour la PO Ă  coups de commissions d’enquĂȘtes parlementaires qui viennent justement de rendre leurs rapports Ă  l’approche de la fin de la lĂ©gislature en cours.

Article paru sur le site du VPost.

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