Comme le dĂ©montre bien l’histoire du peuple juif, l’histoire et le patrimoine sont des Ă©lĂ©ments clefs pour assurer une cohĂ©sion ethnique. Au-delĂ  de la religion les unissant, les Juifs ont conservĂ© une unitĂ© jamais Ă©mulĂ©e par un autre peuple en serrant les rangs autour d’un narratif parfois fantasmĂ© servant de point de ralliement. Nombreux sont ceux qui, Ă  l’instar de François-Xavier Garneau et Lionel Groulx, voulurent faire de l’histoire un axe central autour duquel s’agglutinerait le peuple canadien-français pour faire face Ă  l’avenir, soudĂ© et conscient de son appartenance Ă  un groupe le transcendant.

Aussi Ă©tonnant que cela puisse le paraĂźtre, l’histrionique Justin Trudeau est conscient de l’importance de l’histoire et a appris la leçon orwellienne : quiconque contrĂŽle le prĂ©sent contrĂŽle le passĂ© et quiconque contrĂŽle le passĂ© contrĂŽle l’avenir. Depuis son accession au pouvoir, il a fait de l’histoire une piĂšce maĂźtresse de sa gouvernance et cela en deux axes : repentance et effacement.

Comme nombre d’idĂ©ologues et comme Macron avec ses discours sur Vichy ou sur l’AlgĂ©rie, Trudeau jette un regard anachronique sur le passĂ© et juge tout ce qui s’est fait avant de l’Ɠil du bien-pensant postmoderne et « postnational » qu’il incarne.

Il emploie sa grille d’analyse bien Ă  lui – homophile, philosĂ©mite, grand remplaciste – et jette un regard fort anachronique sur ce qui fut fait auparavant, s’excusant et demandant pardon Ă  tout un chacun au nom de nos ancĂȘtres qui n’avaient pas eu l’illumination libĂ©rale.

Le premier pĂ©chĂ© de nos aĂŻeux n’est pas la colonisation ou l’ethnocentrisme, mais bien celui de ne pas partager la vision marxiste culturelle du Premier ministre canadien. Non seulement ses idĂ©es sont les seules qui valent aujourd’hui, les autres Ă©tant de facto moralement inacceptables, mais ce sont aussi les seules qui valent rĂ©trospectivement et le bon peuple doit se sentir coupable de ne pas avoir eu la clairvoyance d’adopter ces si nobles idĂ©aux plus tĂŽt.

Ainsi, par sa voix, nous dĂ»mes nous excuser de ne pas avoir Ă©tĂ© plus ouverts Ă  l’homosexualité ; nous devons nous excuser d’avoir voulu protĂ©ger nos frontiĂšres des Asiatiques qui offraient un « cheap labour » avec lequel les ouvriers canadiens du dĂ©but du siĂšcle dernier ne pouvaient faire compĂ©tition ; nous devons nous excuser de ne pas avoir Ă©tĂ© plus accommodants avec les diverses communautĂ©s ethniques, bref, nous devons d’abord et avant tout nous excuser de ne pas avoir eu un Justin Trudeau comme Premier ministre depuis 1867.

En plus de cette repentance, il faut effacer de notre mĂ©moire collective tout ce qui pourrait laisser croire que nous n’avons pas toujours professĂ© cette idĂ©ologie multiculturaliste qui dĂ©finit le Canada de Trudeau.

Les traces d’une dissidence passĂ©e aux idĂ©aux actuels doivent ĂȘtre gommĂ©es ; il faut faire table rase du passĂ© pour construire un avenir arc-en-ciel harmonieux et pour ça, il faut ĂȘtre les Ă©mules des anciens SoviĂ©tiques qui, en la matiĂšre, Ă©taient assez douĂ©s.

Comme Staline qui gommait des photos officielles les personnages tombĂ©s en disgrĂące, notre illuminĂ© Premier ministre Ă©pure des annales les idĂ©es et grands hommes ne cadrant pas avec sa vision personnelle. L’hymne national fut donc modifiĂ©, du moins la version anglaise, pour retirer le « in thy sons », trop masculiniste et trop « genré », une idĂ©e chĂšre Ă  Manon MassĂ©, co-porte-parole du parti nĂ©omarxiste QuĂ©bec Solidaire.

Les noms de John A. MacDonald, Corwallis, Hector-Louis Langevin et autres qui Ă  l’époque ne pensaient pas comme Trudeau pense aujourd’hui doivent ĂȘtre effacĂ©s des lieux publics pour disparaĂźtre de notre patrimoine – encore un mot qui devra ĂȘtre effacĂ© si on se fie Ă  MassĂ©.

L’objectif est de convaincre les nouvelles gĂ©nĂ©rations que le monde fut toujours tel qu’il est aujourd’hui, que les idĂ©aux professĂ©s aujourd’hui par une clique minoritaire furent de tous les temps les idĂ©aux dominants.

C’est un totalitarisme total qui cherche mĂȘme Ă  Ă©tendre son pouvoir aux gĂ©nĂ©rations disparues ! Ceux qui trouvaient que le fait de prendre des selfies Ă  tout vent Ă©tait une preuve de l’orgueil dĂ©mesurĂ© du locataire du 24 Sussex Drive verront leur diagnostic confirmé : quelle outrecuidance que de vouloir imposer son idĂ©ologie tant aux gĂ©nĂ©rations prĂ©sentes que celles de demain et celles qui se reposent sous les croix de nos cimetiĂšres. Les dictateurs du XXe siĂšcle s’étaient acharnĂ©s Ă  dominer la pensĂ©e de leurs congĂ©nĂšres, rarement celle de leurs aĂŻeux !