par Olivier Tisier (Correspondant de Métamag à Berlin).

AprĂšs une Ă©niĂšme tentative avortĂ©e de coalition jamaĂŻcaine, les membres du FDP, le parti libĂ©ral qui avait Ă©tĂ© revigorĂ© par on ne sait quel miracle, ont choisi de se retirer. Cela fut fortement critiquĂ© par les Verts (les GrĂŒnen) qui ne voyaient, pour leur part, aucune raison de quitter les nĂ©gociations puisque leur directeur Cem Özdemir estime que la dĂ©mocratie naĂźt du compromis. Cela peut sembler dĂ©passĂ© mais pour lui, l’interĂȘt de l’Allemagne doit passer avant les querelles de partis. Le chef du FDP, Christian Linder a dĂ©clarĂ©, au contraire, qu’ils n’abandonneraient pas les Ă©lecteurs de son parti en participant Ă  une coalition contraire Ă  ses valeurs. Il a ajoutĂ© qu’il valait mieux ne pas gouverner que de gouverner mal.

Ainsi, aprĂšs des semaines de tractations, rien n’est finalement sorti de ces Ă©changes sauf des conflits et de fausses promesses. Il faut dire que le principal thĂšme du dĂ©saccord portait sur l’immigration. La plupart des membres de ce qui aurait Ă©tĂ© la future coalition aurait voulu la rĂ©duire. Le FDP parle d’une fenĂȘtre maximale de 150 000 Ă  250 000 personnes, la CDU de 200 000 tandis que les Verts se refusaient Ă  tout quota qu’ils jugent inacceptable. La dispute a portĂ© aussi sur le regroupement familial. Les GrĂŒnen voudraient que chaque rĂ©fugiĂ© ayant un statut de protection mĂȘme subsidiaire puisse en bĂ©nĂ©ficier alors que la CDU et la CSU en particulier y sont totalement opposĂ©s.

DĂ©saccord aussi sur le concept de pays d’origine validĂ©. Le FDP veut instaurer un quota maximum de 5% d’immigrĂ©s issus du Maghreb. Les GrĂŒnen y sont naturellement totalement opposĂ©s.

Et Angela Merkel dans tout cela? La chanceliĂšre est trĂšs déçue de l’arrĂȘt des nĂ©gociations. Elle dĂ©clare vouloir faire tout ce qui est en son pouvoir pour que le pays continue Ă  ĂȘtre bien gouvernĂ©. Seulement les Allemands, peuple pragmatique s’il en est, se rendent bien compte que la CDU et la CSU sont conjointement responsables de cette crise de rĂ©gime en ayant voulu crĂ©er une coalition de chimĂšres. Merkel devrait au cours du mois de dĂ©cembre s’entretenir avec le prĂ©sident Frank Walter Steinmeier.

Que risque-t-il donc se passer ? Un gouvernement ne possĂ©dant pas une majoritĂ© serait bien trop affaibli pour gouverner, aussi l’Allemagne repassera-t-elle sans doute par la case â€Ă©lections”. Rappelons que le SPD, grand absent, avait depuis les rĂ©sultats des derniĂšres Ă©lections dĂ©clinĂ© fermement toute possibilitĂ© de Groko, c’est Ă  dire de GrosseKoalition.

Un professeur d’universitĂ© dans la tourmente

L’universitĂ© de Leipzig Ă©value les poursuites juridiques possibles Ă  l’encontre d’un professeur. Il est en effet reprochĂ© au professeur de droit Thomas Rauscher d’ĂȘtre raciste. La direction de l’universitĂ© a dĂ©clarĂ© promouvoir un monde ouvert et ĂȘtre totalement opposĂ©e aux idĂ©ologies intolĂ©rantes et xĂ©nophobes. Le professeur Rauscher avait tweetĂ© : «Nous ne devons rien aux Africains et aux Arabes. Ils ont dĂ©truit leur propre continent par la corruption, la paresse, les conflits ethniques et religieux et maintenant nous prennent ce que nous avons bĂąti avec efforts ».

Professeur Rauscher

Rauscher a, de plus, commentĂ© la manifestation d’indĂ©pendance Ă  Varsovie en ces termes: « Une Europe blanche de nations frĂšres, c’est pour moi un but merveilleux ».On imagine mal en France ce que fut d’ailleurs cette journĂ©e de l’indĂ©pendance du 11 novembre Ă  Varsovie dont on n’a pas parlĂ© dans l’hexagone sauf pour dire que c’était une manifestation de l’extrĂȘme droite polonaise alors que dans la capitale polonaise, ce fut carrĂ©ment grandiose : le rassemblement d’une population unie dans un nationalisme rĂ©el. Chacun avait son brassard blanc et rouge, les drapeaux Ă©taient fiĂšrement brandis. On sentait alors Ă  Varsovie que le peuple polonais en avait bavĂ© de vivre sous le joug russe et qu’il chĂ©rit ainsi plus que tout et avec amour l’indĂ©pendance de sa patrie. Mais revenons Ă  Leipzig, oĂč la ministre des Sciences (SPD), Eva Maria Stange a critiquĂ© les idĂ©es xĂ©nophobes du professeur Rauscher. La responsable du cycle secondaire de l’enseignement, affiliĂ©e aux Verts, Claudia Maicher a indiquĂ© que la rĂ©action de l’universitĂ© Ă©tait nĂ©cessaire et fondĂ©e. Encore une fois dans les hautes sphĂšres de l’enseignement, que l’on soit en France ou en Allemagne, on trouve des femmes de gauche, c’est disons classique. On trouve aussi parfois des hommes c’est vrai, enfin des hommes d’un certain type, c’est plus original ! L’association des Ă©tudiants socio-dĂ©mocrates se sont en tout cas empressĂ©s de perturber le cours du professeur sous le slogan original « Rauscher dĂ©gage ». Ils ont aussi projetĂ© ses tweets sur le mur de la salle d’amphi. Le professeur leur a demandĂ© de ne plus perturber son cours et a critiquĂ© « leurs mĂ©thodes de nazi ».

Entre temps, il avait supprimĂ© son compte tweeter. Ce professeur de droit originaire de Franconie enseignait depuis le milieu des annĂ©es 90 Ă  Leipzig. Il Ă©tait aussi directeur de l’institut pour les procĂ©dures de droit privĂ© europĂ©ennes ainsi que professeur de droit privĂ©. En fait, cet universitaire reprĂ©sente un certain type d’allemand de plus de 40 ans qui sent que le pays qu’il a connu est en train de partir Ă  volo. Une bonne partie de cette gĂ©nĂ©ration ne bronche pas et se console en faisant des voyages Ă  Majorque ou en roulant dans des Mercedes rutilantes. Mais le fait que cette affaire se passe dans l’ancienne Allemagne de l’Est ne nous surprendra pas car les gens y sont plus attachĂ©s Ă  leur identitĂ© que dans le reste du pays.

Des milliers de suppressions d’emplois annoncĂ©s chez Siemens

A Berlin, les employĂ©s, le conseil d’entreprise et les syndicats ont protestĂ© contre l’annonce de milliers de licenciements chez Siemens. DĂ©jĂ , l’annonce du plan avait donnĂ© lieu Ă  des manifestations Ă  Leipzig. Siemens souhaite supprimer pour des raisons de changement structurel mondial, 6 900 emplois dans la production. D’aprĂšs Janina Kugel du comitĂ© de direction, c’est le seul moyen pour Siemens de conserver ses parts de marchĂ© face Ă  la concurrence. C’est l’ùre du capitalisme le plus sauvage, des banksters et ce genre d’évĂ©nements ne vont hĂ©las que s’amplifier dans l’avenir. A moins de revenir vers un protectionnisme national.

Ces licenciements concernent plusieurs sites allemands. Les turbines de Görlitzet Leipzig avec 920 suppressions et le site de Erfurt qui sera vraisemblablement vendu. A Berlin, ce sont 870 emplois qui sont concernĂ©s. Les sites d’Erlangen et Offenbach devrait ĂȘtre fusionnĂ©s. MĂŒlheim dans la Ruhr devrait perdre 640 employĂ©s. IG Metall promet de se battre pour chaque emploi. D’aprĂšs les mots de son reprĂ©sentant qui est aussi membre du conseil de surveillance de Siemens, JĂŒrgen Kernen: «Un plan social d’une telle importance est au regard de la situation globale de l’entreprise absolument inacceptable mais seul compte pour le capitalisme l’augmentation du profit ».

En effet la semaine prĂ©cĂ©dant ces annonces, le PDG de Siemens Joe Kaeser avait prĂ©sentĂ© le bilan annuel en indiquant que cette annĂ©e avait Ă©tĂ© particuliĂšrement bonne. Et c’est presque au mĂȘme moment que ce dernier s’apprĂȘte Ă  jeter dehors quantitĂ© de ses salariĂ©s. On peut ainsi comprendre le dĂ©goĂ»t et la colĂšre des ouvriers. La prĂ©sidente du conseil d’entreprise  Birgit Steinborn a elle aussi ajoutĂ© que ce plan Ă©tait un coup bas portĂ© aux employĂ©s de Siemens. Les reprĂ©sentants du personnel voient aussi dans ces suppressions de postes une trahison du pacte conclu en 2010 concernant la garantie de l’emploi. Mais les promesses, mĂȘme les garanties sociales des pactes de « flexibilitĂ© » ou des ordonnances de « flexi-sĂ©curitĂ© » n’engagent Ă  Berlin comme Ă  Paris que ceux qui y croient.

Article paru sur le site Metamag.

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