La dĂ©nonciation de l’influence russe dans l’Hexagone a rĂ©cemment fait l’objet de deux mĂ©diocres parutions, La France russe de Nicolas HĂ©nin (Fayard) et Les rĂ©seaux du Kremlin en France de CĂ©cile VaissiĂ© (Les petits matins).

Ce faisant, une autre enquĂȘte, plus juste celle-lĂ , est passĂ©e totalement inaperçue mĂȘme si quelques politiciens français, dont un membre des gouvernements Valls-Cazeneuve, ont portĂ© plainte contre leurs auteurs, les journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot.

Ces habituĂ©s du thĂ©Ăątre proche-oriental viennent de sortir Nos trĂšs chers Ă©mirs (Michel Lafon, 2016, 299 p., 17,95 €). Son sous-titre, Sont-ils vraiment nos amis ?, pose le dĂ©bat.

Chesnot et Malbrunot traitent de la forte prĂ©sence en France du Qatar, de l’Arabie Saoudite, des Émirats arabes unis (premier investisseur arabe dans l’Hexagone) et, dans une moindre mesure, du KoweĂŻt, cet État-avorton qui restera Ă  jamais la 19e province de l’Irak baasiste. Les auteurs dĂ©crivent la situation politique intĂ©rieure souvent complexe de ces États et insistent sur le caractĂšre proprement schizophrĂ©nique de la sociĂ©tĂ© saoudienne ultra-rigoriste en public et laxiste en privĂ©. L’aspect le plus intĂ©ressant de l’ouvrage concerne toutefois les liens des pĂ©tromonarchies avec les diffĂ©rents gouvernements de la RĂ©publique.

Depuis les annĂ©es 1960, la France recherche de juteux contrats auprĂšs d’émirs qui se servent de cet intĂ©rĂȘt Ă©conomique comprĂ©hensible pour influencer le personnel politique hexagonal. Avec Sarközy et Hollande, le Quai d’Orsay a relayĂ© et amplifiĂ© les revendications des pĂ©tromonarchies. La position française « trĂšs ferme sur le nuclĂ©aire iranien [a ainsi] Ă©tĂ© motivĂ©e par cette “tyrannie des contrats” qui caractĂ©rise notre diplomatie dans cette rĂ©gion du monde depuis une bonne quinzaine d’annĂ©es » (p. 152).

Les Saoudiens considĂšrent pour leur part que « chaque gros contrat signĂ© avec la France fut le plus souvent “une compensation” pour remercier Paris » (p. 51).

Cette soumission affecte la prĂ©sence française en Afrique maintenant brouillĂ©e par le jeu trouble de Riyad et de Doha en faveur de l’islamisme


Saoudiens, Qatariens, Émiratis et KoweĂŻtiens savent que les politiciens français, sensibles au luxe et Ă  l’argent, apprĂ©cient « la diplomatie du carnet de chĂšques » (p. 11).

On apprend que, pendant des annĂ©es, l’ambassadeur du Qatar « offrait aux membres du groupe d’amitiĂ©s France-Qatar Ă  l’AssemblĂ©e nationale des montres Rolex ou des bons d’achat dans des grands magasins, pour s’acheter un costume par exemple. La valeur du cadeau pouvait aller jusqu’à 5 000 ou 6 000 euros » (pp. 15 – 16).

La vĂ©nalitĂ© des politicards Ă©tait telle que, irritĂ©, le gouvernement qatarien exigea finalement l’arrĂȘt immĂ©diat du « distributeur de billets de 500 euros » (p. 19).

Christian Chesnot et Georges Malbrunot dĂ©peignent donc un systĂšme politique français infĂ©odĂ© Ă  de nombreuses puissances Ă©trangĂšres. L’indĂ©pendance nationale n’est plus, hĂ©las !, qu’un lointain souvenir.

Bonjour chez vous !

Cette chronique hebdomadaire du Village planétaire a été diffusée le 10 mars 2017 sur Radio Liberté.

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