Par Ferenc AlmĂĄssy.

Hongrie – Une sĂ©rie de manifestations a eu lieu en Hongrie contre le Premier ministre conservateur Viktor OrbĂĄn. L’élĂ©ment dĂ©clencheur est le vote d’une modification de la loi sur le travail. Les mĂ©dias hostiles – hongrois et Ă©trangers – au Premier ministre illibĂ©ral donnent une image terrible de la situation et des Ă©vĂ©nements. L’opposition progressiste, libĂ©rale et socialiste, a radicalisĂ© son discours et son action, et les opĂ©rations d’agitprop ont Ă©tĂ© trĂšs nombreuses. Mise au point sur la situation :

1/ Mise au point sur la fameuse « loi esclavagiste »

Le 12 dĂ©cembre 2018, le parlement hongrois, dont un peu plus des deux tiers sont acquis Ă  Viktor OrbĂĄn, a votĂ© une modification de la loi sur le travail, augmentant d’environ un tiers le temps d’heures supplĂ©mentaires qu’un employeur peut demander Ă  ses employĂ©s. Nous avons dĂ©jĂ  publiĂ© un court article sur ce sujet.

PremiĂšre manipulation des chiffres : ceux qui ont renommĂ© cette loi en « loi esclavagiste » parlent en boucle d’un passage de 250 Ă  400 heures annuelles, de paiements dĂ©calĂ©s de trois ans, ou encore d’heures supplĂ©mentaires impayĂ©es. Mais c’est faux. En fonction des professions, le nombre d’heures que peut demander un employeur peut varier. Ainsi, ceux qui Ă©taient Ă  250 heures par an ne passent pas tous Ă  400h par an. Ce palier supĂ©rieur ne concerne d’ailleurs que 10 Ă  15% des travailleurs (essentiellement des fonctionnaires, et des travailleurs aux horaires irrĂ©guliers). Pour beaucoup de petites et moyennes entreprises, comme des sous-traitants sur-sollicitĂ©s des grosses usines automobiles allemandes, c’est un soulagement : plus besoin de trafiquer les chiffres et la comptabilitĂ© pour travailler les samedis par exemple.

Comme le fait remarquer le seul parti de gauche de Hongrie qui ne s’est pas converti au libĂ©ralisme, le MunkĂĄspĂĄrt (ou Parti des Travailleurs, hĂ©ritier du Parti Communiste), le culte de la croissance et l’économie de marchĂ© amĂšnent nĂ©cessairement ce genre de loi. On ne peut qu’abonder en leur sens : la Hongrie, pays Ă  la natalitĂ© faible (1,45), subissant le brain-drain imposĂ© par l’Occident dont elle est un pays pĂ©riphĂ©rique, refusant l’immigration, avec un chĂŽmage Ă  3,6% Ă  Ă©chelle nationale, et oĂč les salaires sont en augmentation constante (8% d’augmentation du salaire minimum dĂ©but 2019), ne peut pour aller vers toujours plus de croissance – croissance du PIB de 4,3% pour 2018 selon les estimations – qu’augmenter d’une façon ou d’une autre le temps de travail. C’est ce qu’a fait Ă©galement l’Autriche, et la Russie a elle aussi pris une mesure du mĂȘme acabit avec sa rĂ©forme de la retraite.

Mais il faut relativiser : les statistiques sont claires, on est loin du sombre tableau que l’opposition dresse. En moyenne, un employĂ© hongrois effectue 31,2 heures supplĂ©mentaires par an. Nous sommes trĂšs loin des 400h, mais mĂȘme des prĂ©cĂ©dentes 250h. On comprend vite que cette modification sert essentiellement Ă  rĂ©pondre aux besoins de certaines professions, comme nous l’avons dĂ©crit plus haut. MĂȘme si le gouvernement nie en bloc que cette modification vise Ă  rĂ©duire les arrangements illĂ©gaux et le travail au noir. Quant aux trois ans de dĂ©calage pour le paiement des heures supplĂ©mentaires, c’est une fausse information. La modification de la loi permet en fait aux conventions collectives de passer de 12 Ă  36 mois pour dĂ©finir des pĂ©riodes de travail irrĂ©gulier.

Exemple : dans une usine, l’afflux de commandes impose d’augmenter les cadences. Dans le cadre d’une convention collective, les employĂ©s peuvent ĂȘtre amenĂ©s Ă  travailler une semaine 50h (au lieu des 40h standard) – une autre semaine, les employĂ©s concernĂ©s travailleront par exemple 30h, pour compenser. Le tout est que sur la pĂ©riode dĂ©finie (pouvant aller jusqu’à 36 mois, donc) le compte soit bon pour le nombre d’heures travaillĂ©es, qui restent Ă  40h hebdomadaires. Ceci n’a rien Ă  voir stricto sensu avec les heures supplĂ©mentaires. La subtilitĂ© se trouve dans le fait que pour les employĂ©s concernĂ©s par des horaires irrĂ©guliers comme donnĂ© en exemple plus haut, si des heures supplĂ©mentaires sont effectuĂ©es durant l’intervalle de temps dĂ©fini par la convention collective, elles ne seront comptabilisĂ©es qu’à la fin dudit intervalle – qui peut donc ĂȘtre dĂ©sormais de 36 mois maximum. Pour l’immense majoritĂ© des employĂ©s, le salaire pour les heures supplĂ©mentaires est toujours versĂ© mensuellement.

L’observateur avisĂ© notera Ă©galement que cette modification de la loi sur le travail garantit plus de jours de repos pour les travailleurs concernĂ©s par un travail Ă  horaires irrĂ©guliers, mais Ă©galement que l’opposition ayant renommĂ© cette modification lĂ©gale en « loi esclavagiste » est la mĂȘme, Jobbik inclus, qui a luttĂ© – et obtenu gain de cause – contre la trĂšs forte limitation du droit de travailler le dimanche voulue par le gouvernement OrbĂĄn. L’opposition se battait alors pour laisser les gens travailler plus et quand ils le voulaient. De tout cela ressort en fait, dans ce contexte particulier, la faiblesse des syndicats en Hongrie. AnnihilĂ©s sous le communisme, les syndicats n’ont pas su retrouver de l’influence depuis le changement de rĂ©gime.

2/ La stratĂ©gie de survie de l’opposition libĂ©rale : opĂ©rations de manipulation et agitprop

AprĂšs 8 ans de pouvoir socio-libĂ©ral, Viktor OrbĂĄn est revenu au pouvoir en 2010. Puis il a Ă©tĂ© encore rĂ©Ă©lu en 2014, et en 2018. À chaque fois avec environ 50% des voix, et obtenant Ă  chaque fois la majoritĂ© constitutionnelle des deux tiers au parlement monocamĂ©ral de Hongrie.

Jusqu’en 2015, l’opposition parlementaire Ă©tait composĂ©e de la gauche libĂ©rale et de l’extrĂȘme-droite (Jobbik). Mais la crise migratoire de la route des Balkans et la rĂ©action ferme et radicale du Premier ministre hongrois face Ă  l’immigration incontrĂŽlĂ©e a coupĂ© l’herbe sous le pied du Jobbik, qui a alors, pour des raisons Ă©lectoralistes, prĂ©cipitĂ© une dĂ©diabolisation accĂ©lĂ©rĂ©e pour gagner des voix Ă  gauche. AprĂšs de nombreux conflits internes et les dĂ©parts massifs de ses militants et de certains de ses cadres, le Jobbik est dĂ©sormais un parti qu’on peut classer sans exagĂ©ration parmi les partis libĂ©raux centristes – appels Ă  l’UE contre le gouvernement national, positionnements atlantistes, favorables Ă  la « gay pride », favorable Ă  un gouvernement technocratique, pour que la Hongrie rejoigne le Parquet europĂ©en, etc.

Le reste de l’opposition libĂ©rale de gauche n’a depuis le retrait de la vie politique de l’ancien prĂ©sident du parti vert-libĂ©ral LMP AndrĂĄs Schiffer, aucune figure majeure pouvant fĂ©dĂ©rer l’opposition et prĂ©tendre dĂ©fier Viktor OrbĂĄn, ainsi qu’aucun programme commun. La seule chose qui fĂ©dĂšre la « machine Ă  perdre » de l’opposition libĂ©rale hongroise est le rejet de l’orbanisme.

Et c’est prĂ©cisĂ©ment lĂ -dessus que se construit toute la rhĂ©torique de cette opposition. Car cette opposition n’a aucune chance dans les urnes face Ă  OrbĂĄn, et est en perte de vitesse dans sa domination des mĂ©dias – la majoritĂ© des audiences reviennent toujours aux mĂ©dias d’opposition, mais le clan d’OrbĂĄn rĂ©duit l’écart progressivement pour approcher des 50/50 – ce que l’opposition qualifie de fin de libertĂ© de la presse et de la libertĂ© d’expression. Il ne reste donc plus qu’une option : saboter la paix sociale pour nuire aux gouvernements successifs d’OrbĂĄn.

Cette stratĂ©gie s’est mise en place en parallĂšle des attaques plus virulentes de Viktor OrbĂĄn contre les rĂ©seaux mondialistes de George Soros. Avant l’élection d’avril 2018 et la victoire Ă©crasante de Viktor OrbĂĄn, l’opposition libĂ©rale montrait dĂ©jĂ  des signes de mutation : abandonnant progressivement le terrain politique – nous reviendrons dans la 4e partie sur le rĂŽle du Fidesz dans cette Ă©volution – elle s’intĂ©ressait de plus en plus aux actions d’agitprop et de communication, s’appuyant sur le rĂ©seau de mĂ©dias sympathisants en Hongrie et dans le monde, ainsi que sur les rĂ©seaux sociaux.

On le voit bien aujourd’hui Ă  travers les articles biaisĂ©s et les pluies d’articles pro-manifestants dans la presse libĂ©rale de Hongrie et d’Occident. Des manifestations de 2.000 militants deviennent des « frondes populaires importantes », l’emploi de gazeuses contre des manifestants poussant la police et lui jetant des bouteilles devient de « la violence policiĂšre », les marches de militants annoncent rien de moins que « l’exaspĂ©ration de la population hongroise ».

Enfin, les dĂ©putĂ©s d’opposition ont crĂ©Ă© une liste de cinq points. Ayant Ă©tĂ© empĂȘchĂ©s de les annoncer lors de leur tentative d’invasion des plateaux sur la tĂ©lĂ©vision publique, ils ont pu dĂ©velopper leur narration : « ces cinq points font peur au rĂ©gime ! »

Voici les cinq points :
* le retrait de la loi sur les heures supplémentaires
* moins d’heures supplĂ©mentaires pour la police
* des tribunaux indépendants
* que la Hongrie rejoigne le Parquet européen
* un service public indépendant

Le retrait de la loi sur les heures supplĂ©mentaires apparaĂźt comme logique dans ce contexte. La demande concernant la police a tout d’une tentative de clientĂ©lisme, et visant Ă  donner l’image de ne pas ĂȘtre opposĂ© Ă  la police. Les trois derniers points sont assurĂ©ment les plus importants.

La narration libĂ©rale rĂ©pĂšte ad nauseam que les tribunaux ou les mĂ©dias publics ne sont pas indĂ©pendants. En 2011, Viktor OrbĂĄn, s’inspirant de la RĂ©publique française et de l’Allemagne, a rĂ©formĂ© le service public. Comme Ă  l’Ouest, les cadres principaux du service public sont choisis par le gouvernement. Et comme dans tous les pays, les mĂ©dias du service public deviennent en quelque sorte la voix du gouvernement actuellement en place. Quant Ă  la Justice, les rĂ©formes prises par Viktor OrbĂĄn cherchent Ă  expurger ou limiter l’intouchabilitĂ© des juges rouges, certains en place depuis le communisme, et qui ne rĂ©pondent devant nul autre que leurs pairs. C’est le soi-disant « État de droit » tant prĂŽnĂ© par l’opposition progressiste, qui n’est rien d’autre qu’une domination sur le pouvoir politique de la corporation des magistrats, faisant fi du principe dĂ©mocratique. L’exigence de rejoindre le Parquet europĂ©en est Ă©galement logique de la part de partis pro-Bruxelles, souhaitant moins de souverainetĂ© nationale. Par « indĂ©pendant », l’opposition libĂ©rale entendant toujours « libĂ©rale ».

La stratĂ©gie de l’opposition progressiste est claire : elle se livre Ă  une guerre de l’image. La communication est le seul terrain oĂč elle a encore un ascendant sur le gouvernement de Viktor OrbĂĄn. Et elle sait que c’est son seul moyen de survivre sur la place publique. Chant du cygne ou dĂ©but d’un changement ? L’avenir nous le dira.

3/ Exemples concrets de la guĂ©rilla d’agitprop

Depuis le dĂ©but de la sĂ©rie de manifestations, les cadres de l’opposition libĂ©rale et les activistes des rĂ©seaux d’ONG anti-OrbĂĄn ont mis en pratique des techniques peu ou pas utilisĂ©es en Hongrie jusque lĂ , montant d’un cran le niveau de tension et donnant Ă  leurs actions un Ă©cho disproportionnĂ© dans la presse.

Parmi ces techniques, les provocations violentes contre la police, afin de contraindre les forces de l’ordre Ă  utiliser des gaz lacrymogĂšnes ou Ă  arrĂȘter des manifestants devant les militants et journalistes filmant et photographiant. Les dĂ©putĂ©s participant Ă  ces manifestations ont Ă©galement appliquĂ© des mĂ©thodes clairement identifiables.

En leur qualitĂ© de parlementaires, les dĂ©putĂ©s hongrois ont un accĂšs libre aux bĂątiments de la tĂ©lĂ©vision publique. Ils ne peuvent en revanche Ă©videmment pas s’imposer sur les plateaux, notamment en direct. Tentant de faire cela, ils ont Ă©tĂ© bloquĂ©s par les gardiens du bĂątiment. C’est alors que, les portables sortis, les opĂ©rations de victimisation commencĂšrent.

Le dĂ©putĂ© LMP Ákos HadhĂĄzy se laissa choir alors que les gardiens tentaient de l’escorter Ă  l’extĂ©rieur du bĂątiment. C’est cette image qui sera retenue, sous-entendant que le dĂ©putĂ© a Ă©tĂ© violentĂ© et jetĂ© au sol :

La dĂ©putĂ©e et ancienne prĂ©sidente du parti LMP Bernadett SzĂ©l – qui a suivi cet automne la formation de l’IVLP aux États-Unis – a criĂ© et menacĂ© les agents de sĂ©curitĂ© avant de se faire pousser hors du bĂątiment de la tĂ©lĂ©vision publique, surjouant avec cris et pleurs la situation (visionner de 1:00 Ă  2:00).

La dĂ©putĂ©e socialiste (MSZP) IldikĂł BangĂłnĂ© a Ă©tĂ© prise en flagrant dĂ©lit ; parlant Ă  sa collĂšgue filmant la scĂšne dans le siĂšge de la tĂ©lĂ©vision publique, elle dit « ce serait une image super forte si on s’allongeait sur le ventre, les mains sur la nuque ». Et quelques minutes plus tard, avec d’autres dĂ©putĂ©s, elle est filmĂ©e au sol, sur le ventre, les mains sur la nuque, dĂ©clarant dramatiquement « et dire qu’un jour mes enfants verront ces images  » (sous-titres en hongrois et anglais) :

La dĂ©putĂ©e socialiste (MSZP) Ágnes Kunhalmi a quant Ă  elle couru contre une porte. Probablement l’opĂ©ration de victimisation la moins rĂ©ussie.

Enfin, la députée libérale de gauche (DK) Ágnes Vadai a également ostensiblement surjoué la victimisation devant les caméras.

Ces quelques exemples illustrent bien la stratĂ©gie de manipulation de l’image, et de la volontĂ© de crĂ©er des martyrs face Ă  un pouvoir certes trĂšs dur en paroles contre son opposition mais en mĂȘme temps extrĂȘmement permissif quant Ă  leur libertĂ© de parole et d’action. Ce qu’utilisent plus ou moins adroitement les dĂ©putĂ©s de ladite opposition.

La police hongroise a fait preuve d’une retenue et d’un professionnalisme remarquables. Cela s’explique par deux raisons. La premiĂšre est le traumatisme des violences policiĂšres lors des Ă©meutes de 2006, quand le libĂ©ral de gauche Ferenc GyurcsĂĄny (DK) Ă©tait au pouvoir, et qui a poussĂ© le Fidesz, une fois de retour au pouvoir en 2010, Ă  rĂ©former la police de fond en comble. Les identifiants des agents sont toujours clairement visibles, toutes les opĂ©rations de police sont filmĂ©es et peuvent ĂȘtre filmĂ©es par quiconque. L’autre raison est que le gouvernement sait trĂšs bien que les provocateurs n’espĂšrent qu’une chose : que la police rĂ©ponde et leur fournisse ainsi des images exploitables pour leur narration d’état policier.

En revanche, il est probable que des sanctions judiciaires tombent contre les agitateurs, y compris Ă©trangers. Affaire Ă  suivre.

Pour clĂŽturer cette partie sur les techniques employĂ©es par l’opposition, il est important de souligner l’ironique tentative de reprise du mouvement des Gilets Jaunes. Tentative morte-nĂ©e, tant tout sĂ©pare les manifestants hongrois des insurgĂ©s français. En effet, sociologiquement et politiquement, les deux contestations s’opposent. D’un cĂŽtĂ©, les Gilets Jaunes sont constituĂ©s essentiellement par les populations de la « France pĂ©riphĂ©rique » telle que conceptualisĂ©e par le gĂ©ographe français Christophe Guilluy, tandis qu’en Hongrie, ce sont les centre-villes qui se rebiffent. Alors qu’en France, ce sont les classes moyennes et les travailleurs qui manifestent, loin de tout parti, syndicat et organisation politisĂ©e, et dĂ©nonçant de façon rĂ©currente l’UE, en Hongrie, ce sont des activistes d’ONG, les partis d’opposition pro-UE et proches de Macron, ainsi que des Ă©tudiants et quelques sympathisants politiques qui manifestent. Et puis, les chiffres et la capacitĂ© de mobilisation parlent d’eux mĂȘmes. Alors qu’en France, 75% de la population soutient les Gilets Jaunes malgrĂ© les violences, en Hongrie, 80% de la population rejette les actions violentes des manifestants politisĂ©s. Et dimanche dernier, la grande manifestation unitaire des anti-OrbĂĄn a rĂ©uni entre 10.000 et 15.000 personnes, dont seulement 3.000 maximum se sont rendues au siĂšge de la tĂ©lĂ©vision publique pour prolonger les actions.

4/ Quelle responsabilité du gouvernement de Viktor Orbån dans cette situation ?

Il serait malhonnĂȘte et dangereux de nier la rĂ©alitĂ© d’une grogne en Hongrie. Comme dans tout pays, une partie de la population et des groupes d’intĂ©rĂȘts ne se retrouvent pas dans la politique menĂ©e par le gouvernement. Et Viktor OrbĂĄn n’a pas dĂ©cidĂ© de gouverner sans faire de vagues. Il assume fermement son idĂ©ologie illibĂ©rale et s’oppose frontalement aux Ă©lites libĂ©rales, dĂ©chues en Hongrie, mais encore dominantes dans l’UE et le monde occidental. La crise du modĂšle libĂ©ral a amenĂ© Trump, le Brexit, le gouvernement populiste en Italie et les Gilets Jaunes en France. Viktor OrbĂĄn a pris les devant et a commencĂ© Ă  transformer le pays pour le sortir du libĂ©ralisme politique occidental. Cela ne va pas de soi et provoque des tensions trĂšs sĂ©rieuses sur le plan politique, avec deux camps de plus en plus irrĂ©conciliables, sĂ©parĂ©s par une ligne de fracture entre libĂ©raux (au sens anglo-saxon, id est progressiste) et illibĂ©raux, tels que dĂ©finis par Viktor OrbĂĄn en 2014.

La situation de tension en Hongrie est due principalement aux facteurs suivants.

1* L’opposition frontale aux rĂ©seaux d’influence du milliardaire spĂ©culateur et homme d’influence George Soros, figure de proue du monde libĂ©ral et progressiste, no-border, LGBT et cosmopolite. Ces rĂ©seaux, constituĂ©s de professionnels de l’agitprop, jouent quelques-unes de leurs derniĂšres cartes contre le gouvernement hongrois, notamment en accentuant les tensions entre les diffĂ©rents groupes de la sociĂ©tĂ© pour affaiblir et dĂ©stabiliser le pouvoir.

2* Plus gĂ©nĂ©ralement, la politique illibĂ©rale du gouvernement ; celle-ci consiste notamment, dans la pratique, Ă  Ă©quilibrer voire couler l’influence des milieux progressistes. Dans la Justice, en mettant fin Ă  un systĂšme oĂč les juges forment une corporation toujours trĂšs marquĂ©e Ă  l’extrĂȘme-gauche, intouchable et ne devant rendre aucun compte aux dĂ©positaires lĂ©gitimes du pouvoir politique. Dans la presse, en mettant fin Ă  la super-domination libĂ©rale dans les mĂ©dias ; des proches de Viktor OrbĂĄn ont crĂ©Ă© ou rachetĂ© des mĂ©dias pour rĂ©duire l’écart entre l’audience Ă©crasante des mĂ©dias anti-OrbĂĄn et ceux favorable Ă  l’homme fort de Budapest. La tĂ©lĂ©vision publique, sous contrĂŽle du gouvernement, laisse dĂ©sormais peu de place aux reprĂ©sentants de l’opposition. Enfin, dans le domaine de la culture, c’est la mise en pratique de la « contre-rĂ©volution culturelle » annoncĂ©e il y a deux ans ; aprĂšs des dĂ©cennies de passivitĂ© Ă  l’égard du milieu de la culture – monopolisĂ©e par les libĂ©raux et l’extrĂȘme-gauche – par idĂ©ologie anti-totalitariste et rĂ©flexes de non-intervention, Viktor OrbĂĄn a en 2016 annoncĂ© vouloir agir en faveur des artistes conservateurs et patriotes, et les financements publics commencent tout doucement Ă  migrer d’un pĂŽle vers l’autre.

3* Une opposition dĂ©chirĂ©e et sans figure majeure, incapable de menacer Viktor OrbĂĄn dans les urnes. Le principal succĂšs de l’opposition dite unitaire a Ă©tĂ© une Ă©lection municipale partielle quelques semaines avant les Ă©lections lĂ©gislatives d’avril 2018, oĂč toute l’opposition parlementaire s’est unie derriĂšre un candidat officiellement indĂ©pendant, et a remportĂ© la mairie de HĂłdmezƑvĂĄsĂĄrhely (44.000 habitants). Pour rĂ©aliser cette union, qu’elle estime nĂ©cessaire pour atteindre des succĂšs Ă©lectoraux, l’opposition libĂ©rale cherche des points de bascule pour pousser vers plus d’union. Le premier signe en a Ă©tĂ© la manifestation contre la « taxe internet » en 2014, et cette stratĂ©gie de convergence s’est accentuĂ©e en 2018 aprĂšs le succĂšs de PĂ©ter MĂĄrki-Zay à la mairie de HĂłdmezƑvĂĄsĂĄrhely. Les Ă©vĂ©nements des derniers jours s’inscrivent dans cette dĂ©marche. Il s’agit pour l’opposition de dramatiser de plus en plus la situation et d’aggraver la fracture avec l’orbanisme pour justifier et rendre aux yeux de ses Ă©lecteurs inĂ©vitable et nĂ©cessaire l’union de l’opposition. Cette fracture amĂšne l’opposition Ă  crier « tout sauf OrbĂĄn » et appeler de ses vƓux un gouvernement technocratique tandis que les partisans d’OrbĂĄn en viennent Ă  considĂ©rer ces forces comme anti-nationales, presque comme des non-Hongrois – notamment parce qu’ils font appel Ă  des forces Ă©trangĂšres contre le gouvernement lĂ©gitime : UE et Soros.

4* L’image en partie nĂ©gative du Fidesz, exacerbĂ©e et dĂ©formĂ©e par les mĂ©dias d’opposition. L’arrogance de certains de ses cadres envers l’opposition, l’attitude de nouveaux riches de personnalitĂ©s proches du pouvoir, les accusations de corruption que crĂ©ent et relaient les mĂ©dias d’opposition, sont autant d’élĂ©ments qui attisent la haine des anti-OrbĂĄn. Mais on pourrait citer Ă©galement le refus Ă  peu prĂšs systĂ©matique du Fidesz de voter les propositions de loi des partis d’opposition ; si toutefois une idĂ©e leur convient, le Fidesz rĂ©Ă©crira une proposition allant dans le mĂȘme sens pour ensuite voter cette loi-ci et faire sienne l’idĂ©e de dĂ©part.

5* Une communication gouvernementale lourde, parfois maladroite. Le gouvernement produit de façon pratiquement constante des campagnes de communication rĂ©pĂ©titives et assez simplistes (contre l’immigration massive, contre Soros, contre le diktat de Bruxelles,
), qui irritent une partie de la population, tandis qu’il ne communique pas du tout sur la plupart de ses succĂšs rĂ©els sur les plans Ă©conomiques et sociaux – Ă  l’exception de sa politique familiale unique en Europe, relativement bien mise en avant. De plus, le Fidesz au pouvoir joue avec l’esprit des lois, en effectuant des campagnes gouvernementales durant la pĂ©riode Ă©lectorale sur les rĂ©sultats du gouvernement, faussant l’esprit d’équitĂ© des campagnes Ă©lectorales.

La succession de manifestations, l’aggravation de la fracture entre deux Hongrie n’est donc ni quelque chose d’anormal, ni quelque chose d’anodin. Dans le contexte de la politique d’illibĂ©ralisme menĂ©e par Viktor OrbĂĄn et compte tenu de l’impuissance de l’opposition libĂ©rale et progressiste, il est Ă  attendre que cette fracture s’aggrave encore au fil du temps. Tout semble indiquer que le pouvoir cherchera de plus en plus Ă  diaboliser une opposition de plus en plus radicale, voire violente. Au cours des 10 derniers jours, plusieurs locaux du Fidesz ou de son alliĂ© le KDNP (parti populaire chrĂ©tien-dĂ©mocrate) ont Ă©tĂ© attaquĂ©s (vitres  et portes recouvertes d’excrĂ©ments, cassĂ©es ou peintes), des journalistes ont Ă©tĂ© intimidĂ©s, de nombreuses dĂ©gradations ont eu lieu durant les manifestations – ce qui est un fait rarissime dans ce pays calme, policĂ© et amoureux de l’ordre qu’est la Hongrie. Tout semble indiquer Ă©galement que l’opposition va chercher Ă  fanatiser de plus en plus ses troupes dans le cadre d’une guĂ©rilla d’activisme de rue permanente et faire monter la tempĂ©rature pour fondre en un bloc l’opposition, et saboter durablement le travail, la paix et la prospĂ©ritĂ© du gouvernement OrbĂĄn. Une perspective inquiĂ©tante pour la Hongrie.

Photo de couverture : Horvåth Péter Gyula

Article paru sur le site du VPost.

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