« En politique, par exemple,
notre choix n’est pratiquement jamais rationnel,
il est passionnel, affectif, culturel, c’est comme ça ! »

 

Entretien avec Maurice Bonnet, auteur de L’intelligence mode d’emploi et questions complémentaires (éditions L’Æncre)

(Propos recueillis par Fabrice Dutilleul)

L’intelligence mode d’emploi et questions complémentaires, Maurice Bonnet, Éditions de L’Æncre.

L’intelligence mode d’emploi et questions complémentaires, Maurice Bonnet, Éditions de L’Æncre.

Existe-t-il pour l’intelligence un mode d’emploi dont vous auriez le secret ?

Je ne suis dépositaire d’aucun secret, et cela, comme vous l’imaginez, n’a rien à voir avec une notice d’utilisation comme il en existe pour un appareil ménager ou une calculette. Car si l’on sait précisément ce qu’est une calculette, ce n’est pas le cas de la « comprenette » qui est d’ailleurs bien au-delà, bien autre chose… De fait, on ne sait pas très bien ce qu’est l’intelligence. La difficulté est justement de se servir au mieux d’un appareil dont on n’a qu’une connaissance approximative ?

Dites-moi !

D’abord il faut se mettre d’accord sur ce qu’on entend par intelligence, en cerner le concept, le définir le mieux possible. Au début, ça paraît simple, évident, mais on s’aperçoit vite que ce n’est pas aussi facile qu’on se le figurait, tant sont nombreux les paramètres et facteurs qui interviennent dans sa composition. De plus, leur importance respective est très variable. Bien sûr, l’idée générale qu’on se fait les uns et les autres de cette faculté nous suffit dans la vie courante. Notre appréciation va des gens « très intelligents » aux « pas du tout doués », selon une gamme qui varie selon notre interprétation.

Existe-t-il un système d’évaluation plus précis ?

Pas vraiment ! Qu’est-ce qu’une grande intelligence ? Il est chimérique de vouloir la traduire en chiffres et en formules. C’est beaucoup trop subtil. Ce qui m’a fasciné dès le début, c’est que nous commettions tant d’erreurs, jugions souvent si mal ; et les plus doués ne font pas exception ! C’est étonnant ! J’ai retenu une observation de Benjamin Constant qui en donne la raison, de quoi prendre la chose avec philosophie, la voici : « Les hommes ont l’esprit fait de sorte qu’il y a pour chacun des objets sur lesquels ils déraisonnent ». C’est ainsi, et je défie quiconque de le démentir ! Cela vaut, bien sûr, pour moi comme pour les autres. Personne n’en est exclu. Il faut beaucoup de lucidité pour identifier ses propres points faibles.

Vous pensez avoir été au bout de votre investigation sur les arcanes de l’intelligence ?

Vous savez, les vrais grands sujets sont ceux sur lesquels il reste toujours à dire pour aussi loin qu’on pense avoir été. C’est le cas de l’intelligence. Elle est pleine de contradictions. Quelles que soient sa qualité, sa dimension, elle n’est jamais, à elle seule, déterminante pour nos décisions, surtout les plus importantes. Ce n’est pas elle qui fait la loi. Chez personne, sauf chez Monsieur Teste, personnage tout imaginaire de Paul Valéry. En politique, par exemple, notre choix n’est pratiquement jamais rationnel, il est passionnel, affectif, culturel, c’est comme ça, les arguments allégués sont des habillages dont l’utilisateur est souvent sa propre dupe.

Vous ne trouvez pas cela décourageant ?

Pas du tout ! La sagesse est de s’accommoder de ce que nous sommes. D’ailleurs un monde purement rationnel serait insupportable.

Vous accordez un grand rôle à la sensibilité qui modère, influence et détermine. Et cela nous amène à l’intelligence artificielle, exempte de ces parasitages ; ne serait-ce pas le garant d’une véritable objectivité ?

C’est un abus de langage, comme je l’explique dans mon livre. Il n’y aura jamais de véritable intelligence artificielle. Il s’agit de prothèses numériques de plus en plus perfectionnées au service de l’esprit humain qui les conçoit. Il ne faut pas attacher trop d’importance aux délires du « transhumanisme ». Il y a toujours eu des cinglés qui d’ailleurs peuvent devenir dangereux.

Votre livre a tant d’aspects qu’on ne peut les évoquer tous, mais si vous deviez résumer votre propos, diriez-vous avoir apporté à vos lecteurs de vraies réponses aux problèmes que pose l’intelligence ?

Je crois avoir suffisamment délimité le champ de l’intelligence telle que je la conçois, et ouvert pour chacun des pistes de réflexion profitables. Dans cette recherche, je me suis moi-même enrichi, et j’espère qu’il en sera de même pour ceux qui me feront l’honneur de me lire.

 

L’intelligence mode d’emploi et questions complémentaires, Maurice Bonnet, Éditions de L’Æncre, collection « À nouveau siècle, nouveaux enjeux ! », dirigée par Philippe Randa, 188 pages, 21 euros.

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Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertés.