L’amĂ©ricanisation de la France et de l’Europe vient de prendre en une quinzaine de jours un tournant prĂ©occupant. La mort de l’Étatsunien George Floyd aux États-Unis permet la mobilisation dans l’Hexagone d’une foule bigarrĂ©e d’experts en agitation et de jeunes nigauds blancs, adeptes prĂ©coces de l’ethno-masochisme. De la crĂšche jusqu’à l’universitĂ©, l’institution scolaire peut se satisfaire de son bourrage de crĂąne quadridĂ©cennal.

Comparant sans la moindre raison valable les actions policiĂšres aux États-Unis et en France, des groupuscules haineux qui recrutent antifas, gendĂ©ristes et clients du rĂ©seau diplomatique de subversion yankee, accusent les forces de police et dĂ©nigrent des personnalitĂ©s historiques. Le 22 mai dernier, en Martinique, une bande d’excitĂ©s gauchistes fait tomber deux statues d’un nĂ©o-nazi notoire du XIXe siĂšcle, Victor SchƓlcher, Ă  l’initiative du crime inexpiable d’avoir fait voter l’abolition de l’esclavage dans toutes les colonies françaises en 1848. On comprend mieux l’exaspĂ©ration de ces vandales


Les manifestants critiquent les policiers, le racisme, le rĂ©chauffement climatique, la grippe et la dysenterie. Ils remettent aussi en cause au nom de leur (piĂštre) moral des pans entiers de l’histoire de France, voire de l’Europe. Ces rĂ©visionnistes au petit pied aimeraient imposer leurs dogmes « indigĂ©nistes » et « afro-descendants ». Depuis 2005 existe le PIR, acronyme rĂ©vĂ©lateur du Parti des indigĂšnes de la RĂ©publique dont la figure principale reste la Franco-AlgĂ©rienne Houria Bouteldja, signatrice en 2016 aux Ă©ditions La fabrique d’un brĂ»lot, Les Blancs, les Juifs et nous. Vers une politique de l’amour rĂ©volutionnaire, qui aurait valu Ă  tout autre auteur une comparution immĂ©diate devant la XVIIe chambre.

Sous le prĂ©texte du dĂ©cĂšs de Floyd dans une municipalitĂ© historiquement dĂ©mocrate, donc trĂšs mal gĂ©rĂ©e, ces rassemblements illĂ©gaux tolĂ©rĂ©s par un gouvernement pour la circonstance laxiste, rĂȘvent d’amalgamer l’immigrationnisme, l’islamisme, l’afro-centrisme et le racialisme anti-blanc dans un combat anti-civilisationnel. EncouragĂ©es par les mĂ©diats centraux d’occupation mentale qui fabriquent une surrĂ©alitĂ© quasi-magique, ces nouvelles manifestations du cosmopolitisme procĂšdent du gendĂ©risme sociĂ©tal et du discours dĂ©colonial si prĂ©gnants aujourd’hui dans une sociĂ©tĂ© hexagonale abrutie. RĂ©sultat : les Français de racines europĂ©ennes suffoquent; ils n’en peuvent plus d’avoir la parole Ă©crasĂ©e par les bottes du politiquement correct. Oui, cette atmosphĂšre les empĂȘche de respirer, les prive de souffle, ce souffle vital qui au cours des cycles rĂ©cents s’inspire de Dionysos, d’Apollon, de Faust ou de PromĂ©thĂ©e.

Les organisateurs de cette colĂšre artificielle, souvent originaires de terres extĂ©rieures Ă  l’Europe, se dĂ©finissent comme des « indigĂšnes ». Ils jouent sur un mot qui diffĂ©renciait aux XIXe et XXe siĂšcles les colonisateurs europĂ©ens des populations locales d’AmĂ©rique, d’Afrique, d’Asie et d’OcĂ©anie. Or, ce temps est dĂ©finitivement rĂ©volu. Il est remplacĂ© par celui de la colonisation des anciens colonisateurs culpabilisĂ©s. La mouvance activiste commet un inacceptable dĂ©tournement sĂ©mantique. Elle oublie qu’« indigĂšne » dĂ©signe d’abord et avant tout une personne ou un peuple originaires du pays oĂč ils vivent enracinĂ©s depuis des gĂ©nĂ©rations.

Les soi-disant « IndigĂšnes » ne sont en fin de compte que des nĂ©o-colonisateurs qui profitent du dĂ©sarroi profond de l’homme europĂ©en ultra-moderne. Quant Ă  ceux qui se revendiquent « afro-descendants » du XXe arrondissement de Paris ou d’un quartier « populaire » de Lille, ils versent dans une Ă©trange schizophrĂ©nie. Si la civilisation europĂ©enne d’expression française ne leur convient pas, qu’ils se mettent en cohĂ©rence avec leur idĂ©al, qu’ils quittent donc notre continent et qu’ils reviennent sur la terre de leurs ancĂȘtres qui en a bien besoin. L’Afrique accepterait-elle cependant ces braillards, ces professionnels de l’indignation automatique, ces licenciĂ©s en psychologie trans-binaire(en) culturante ?

« IndigĂšne » n’est pas un gros mot. Les  europĂ©ens doivent l’utiliser sans hĂ©siter. Les EuropĂ©ens d’origine borĂ©enne sont les indigĂšnes d’ici, du continent europĂ©en; c’est leur privilĂšge incontestable, c’est leur fiertĂ© indĂ©niable. Ils ont marquĂ© de leur empreinte Ă  travers les Ăąges les paysages et les mƓurs. Ils doivent par consĂ©quent reprendre ce marquage et, Ă  l’instar des panafricanistes ivoiriens qui ont dĂ©baptisĂ© dans la nuit du 4 au 5 juin Ă  Abidjan le pont Charles-de-Gaulle et le boulevard ValĂ©ry-Giscard-d’Estaing en pont Biako-Boda (sĂ©nateur panafricaniste assassinĂ© en 1950) et boulevard Thomas-Sankara (homme d’État rĂ©volutionnaire du Burkina Faso lui aussi assassinĂ© en 1987), renommer les Ă©tablissements scolaires, les rues et les gares Rosa Parks, Martin Luther King et Nelson Mandela en LĂ©onidas de Sparte, PĂ©riclĂšs d’AthĂšnes (en illustration), Caton l’Ancien, Godefroy de Bouillon, Juan d’Autriche, Jean III Sobieski ou Youri Gagarine. Au contraire des trois premiers noms, les sept derniers noms relĂšvent de l’histoire europĂ©enne. Sait-on par ailleurs qu’en Europe vit encore un peuple indigĂšne, le dernier du continent, les Lapons ou, plus exactement, les Samis au-delĂ  du Cercle polaire Arctique ?

Dans son magnifique CƓur rebelle (Les Belles Lettres, 1994), Dominique Venner lançait un vibrant appel Ă  l’ĂȘtre indigĂšne europĂ©en, aux autochtones d’Europe, Ă  – oui, osons le nĂ©ologisme –l’indispensable « eurotochtonie » qu’il importe de promouvoir Ă  partir des autochtonotopies militantes: « Je suis du pays de l’arbre et de la forĂȘt, du chĂȘne et du sanglier, de la vigne et des toits pentus, des chansons de geste et des contes de fĂ©es, du solstice d’hiver et de la Saint-Jean d’étĂ©, des enfants blonds et des regards clairs, de l’action opiniĂątre et des rĂȘves fous, des conquĂȘtes et de la sagesse (p. 201). »

Cette dĂ©claration fondamentale correspond au sentiment profond des hĂ©ritiers de ThulĂ© que sont les Albo-EuropĂ©ens, pas aux successeurs du Gondwana qui s’affairent plutĂŽt Ă  reproduire sous nos cieux gothiques et baroques, romans et classiques, une duplication de ce pandĂ©monium cauchemardesque qu’est l’AmĂ©rique du Nord.

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