Nation sans Ă©tat longtemps oubliĂ©e, puis nĂ©gligĂ©e, l’Ukraine se trouve depuis environ un an sous le feu des projecteurs de l’actualitĂ© Ă  l’occasion de ses dĂ©mĂȘlĂ©s avec son puissant voisin russe.

Mais que connaüt le public occidental, et plus particuliùrement français, de l’Ukraine ?

Une image souvent romanesque Ă  travers la lecture de Tarass Boulba de Nicolas Gogol (1) oĂč le hĂ©ros Ă©ponyme, vieux chef cosaque, tue son propre fils qui, par amour pour une Polonaise, trahit son pays et son peuple. Ou bien celle de Maroussia de P-J Stahl, petite fille aux tresses blondes et aux yeux clairs, tuĂ©e par un cavalier Tatar au service des Russes, et sur la tombe de laquelle un Cosaque, avec le bras qui lui reste, « portant la terre poignĂ©e par poignĂ©e », Ă©lĂšve un nouveau kourgane.

L’approche (vestiges ancestraux, pays disputĂ© entre Pologne et Russie, menace Tatar, patriotisme et discorde) n’est pas fausse, comme nous le verrons plus loin, mais mĂ©rite une Ă©tude plus rigoureuse.

Ici comme ailleurs le passĂ© explique le prĂ©sent, et pour comprendre le conflit actuel il faut commencer par Ă©tudier l’histoire de ce territoire, Ă©cartelĂ© depuis les origines entre l’Est et l’Ouest – et en outre menacĂ© jusqu’à il n’y a pas si longtemps par le Sud. L’on se limitera nĂ©anmoins Ă  un survol mettant plus particuliĂšrement en lumiĂšre les pans de l’histoire de l’Ukraine qui Ă©clairent sa situation actuelle.

Mais tout d’abord il faut la prĂ©senter sur le plan gĂ©ographique, ce qui sera plus bref.

Avertissement : compte tenu justement des limites fluctuantes du territoire ukrainien, nous prendrons conventionnellement comme frontiĂšres celles existant au moment de sa derniĂšre accession Ă  l’indĂ©pendance (1991), ce qui, comme on le constatera, ne prĂ©sume nullement de la lĂ©gitimitĂ© des droits sur la CrimĂ©e ou le Donbass. De mĂȘme, il sera usĂ© de l’orthographe des noms propres estimĂ©e la plus familiĂšre au lecteur français, qui est souvent celle de la langue russe, ce qui ici encore ne tĂ©moigne d’aucun parti pris, mais est pure commoditĂ©, d’autant plus que les auteurs ukrainiens peuvent Ă©crire diffĂ©remment le mĂȘme mot.

« L’Ukraine occupe le sud de la plaine russe, entre 52° de latitude Nord et les cĂŽtes septentrionales de la mer Noire et de la mer d’Azov » Ă©crit le Grand Larousse encyclopĂ©dique. Pour schĂ©matiser, et hors la zone montagneuse carpatique Ă  l’Ouest et la presqu’üle de CrimĂ©e au Sud, le pays se dĂ©coupe en trois « bandes » de terres peu Ă©levĂ©es s’étalant d’Est en Ouest, et qui constituent du Nord au Sud : une zone boisĂ©e (du moins Ă  l’origine), une steppe semi-boisĂ©e, enfin une « steppe franche », la fertile « terre noire ». C’était aussi pendant longtemps celle hantĂ©e par les peuplades nomades venues d’Asie, ce dont il sera traitĂ© dans la partie historique. Il faut ajouter Ă  ceci une coupure importante, grossiĂšrement « verticale » Nord-Sud : la vallĂ©e du fleuve Dniepr, qui, pour le plus grand dommage du point de vue de l’unitĂ© de l’Ukraine, forme une limite naturelle entre ses parties orientales et occidentales, et sur laquelle se trouve Ă©tablie la capitale du pays, Kiev. En revanche les frontiĂšres actuelles n’ont de base qu’historico-ethnique. Ces derniers Ă©lĂ©ments auront un impact majeur sur l’histoire du pays comme nous le verrons ultĂ©rieurement.

Longtemps l’Ukraine fut considĂ©rĂ©e comme « le grenier Ă  blĂ© de l’Europe » et reste une grande puissance agricole, avec par exemple une production de cĂ©rĂ©ales d’environ 40 millions de tonnes (2).

C’est (et surtout c’était) aussi une grande puissance industrielle, grĂące aux richesses de son sous-sol et Ă  l’industrie lourde hĂ©ritĂ©e de la pĂ©riode soviĂ©tique : 40 % de l’acier de l’ex-URSS selon le Quid. Et le Grand Larousse prĂ©sentait ainsi le Donbass : « C’est une des plus grandes rĂ©gions industrielles de l’URSS, etc. ».

La fabrication d’armements Ă©tant parmi les activitĂ©s majeures, ce qui peut contribuer Ă  expliquer l’intĂ©rĂȘt portĂ© par certaines grandes puissances, et tout particuliĂšrement la Russie, Ă  cette jeune rĂ©publique.

Notes

(1) Il est caractĂ©ristique de l’attitude des publications françaises du passĂ© proche (1962) que le Grand Larousse encyclopĂ©dique le prĂ©sente ainsi : « écrivain russe
 Issu d’une famille de petits propriĂ©taires ukrainiens » : l’Ukraine, n’étant pas un Ă©tat, ne pouvait avoir d’écrivains.

(2) N’ayant pas pour propos d’écrire un traitĂ© de gĂ©ographie Ă©conomique, nous n’assommerons pas le lecteur avec une avalanche de chiffres qu’il pourra se procurer par ailleurs, il ne s’agit que de lui faire saisir le poids d’un pays dont on s’est jusqu’ici peu prĂ©occupĂ©.

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A propos de l'auteur

Louis-Christian Gautier

Louis-Christian Gautier, diplĂŽmĂ© en histoire mĂ©diĂ©vale et de l’Enseignement Militaire SupĂ©rieur Scientifique et Technique (option histoire), a Ă©tĂ© rĂ©dacteur et conseiller Ă©ditorial de la revue "Aventures de l’Histoire". Il est l’auteur de plusieurs livres sur les Templiers et la IIe Guerre mondiale. Dernier livre paru : "1914-1918 : les faits tĂȘtus de la Grande Guerre" aux Ă©ditions Dualpha.

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