« L’Ukraine est-elle le berceau des Indo-EuropĂ©ens ? » : c’est la question posĂ©e par l’un des paragraphes du livre dĂ©jĂ  citĂ© de I. Lebedynsky, qui y rĂ©pond de maniĂšre largement affirmative en Ă©voquant la « thĂ©orie des Kourganes » qui est « la plus cohĂ©rente et semble adoptĂ©e par une majoritĂ© de spĂ©cialistes » parmi lesquels Marija Gimbutas, dont les travaux sur la protohistoire est-europĂ©enne font rĂ©fĂ©rence. Rappelons Ă  l’intention de ceux qui ne seraient pas familiers du sujet que les kourganes (mot russe dĂ©signant un tumulus), sont des tombes monumentales que l’on trouve dans le sud de la Russie et l’est de l’Ukraine, dont les bĂątisseurs auraient « indo-europĂ©anisé » divers peuples conquis, dont les tripoliens (1).

C’est seulement dans le premier millĂ©naire av. J-C qu’apparaissent les nomades, eux aussi indo-europĂ©ens Ă  l’origine (ou du moins parlant des langues indo-europĂ©ennes), les « CimmĂ©riens » des auteurs grecs, puis les Scythes, qui, en se sĂ©dentarisant, crĂ©eront sur le bas Dniepr et Ă  l’emplacement de la future CrimĂ©e un « puissant royaume qui dura au moins jusqu’à la fin du IIe siĂšcle de notre Ăšre » (I. Lebedynsky).

C’est alors qu’arrivent venant de la Baltique (2) des Germains : les Goths. Sous la dynastie sacrĂ©e des Amales, ils fondent aussi « un puissant royaume » s’étendant de l’Ukraine Ă  la Roumanie actuelles. Leur influence sur ceux que l’on qualifie de « Proto-Slaves » est attestĂ©e au moins par des emprunts de vocabulaire. L’arrivĂ©e d’autres nomades, cette fois asiates, les Huns, met fin au royaume goth (376 ?). Mais leur domination ne durera pas un siĂšcle : aprĂšs le rĂšgne du cĂ©lĂšbre Attila, l’empire se dissout (454).

Toujours en nous efforçant de « faire court », mentionnons au passage que la Crimée a été (partiellement) à partir de 528 soumise à une administration byzantine (empereur Justinien).

Enfin les Slaves apparaissent : peu avant d’ĂȘtre dĂ©fait par les Huns en 376 (?), le roi goth Vithimir avait vaincu la tribu (ou fĂ©dĂ©ration ?) des Antes, population majoritairement slave « à l’évidence » (Lebedynsky) qui avec les SclavĂšnes formait « une vaste nĂ©buleuse slavophone » (idem). Ces Slaves venus du Nord vont profiter des difficultĂ©s de l’Empire romain d’Orient pour s’établir dans la rĂ©gion, les SclavĂšnes envahissant principalement les Balkans, tandis que les Antes prĂ©fĂšrent s’allier avec Constantinople (543/4) et affronter les prĂ©cĂ©dents. D’aucuns les prĂ©senteront un peu rapidement comme les ancĂȘtres des Ukrainiens.

Du moins est-il admis l’existence d’un ensemble de « Slaves Orientaux » comprenant ceux-ci, plus les Russes et BiĂ©lorusses.

La diffĂ©rentiation linguistique se fera progressivement, du moins ces parlers resteront-ils apparentĂ©s Ă  la maniĂšre des diffĂ©rentes langues scandinaves. Ces peuples seront Ă  l’origine de l’État kiĂ©vien, « ensemble politique et culturel (qui) portait le nom de Rous’» (Lebedynsky). Appellation revendiquĂ©e par l’historiographie russe qui parlera de « Russie de Kiev ». Or, comme on sait, cette ville est la capitale de l’actuelle Ukraine, dont les citoyens contestent bien sur cette appropriation. Pour l’historien ukrainien contemporain dĂ©jĂ  citĂ© Ă  plusieurs reprises, et qui consacre plusieurs pages au sujet, cet État n’était pas plus la « Russie » que l’« Ukraine » ou la « BiĂ©lorussie ». Quant Ă  A. Joukovsky, il parle prudemment dans son ouvrage dĂ©jĂ  citĂ© (voir note 5) de « tribus proto-ukrainiennes » qui au dĂ©but du VIIIe siĂšcle furent obligĂ©es de payer un tribut au khanat des Khazars. (3)

Notes

(1) Sur l’ensemble du sujet on peut Ă©galement se reporter Ă  L’Indo-EuropĂ©en et Les Indo-EuropĂ©ens de Jean Haudry (1992, le second rĂ©Ă©ditĂ© et complĂ©tĂ© en 2010).

(2) Une des hypothĂšses les plus vraisemblables sur leur foyer antĂ©rieur est sa localisation dans l’üle de Gotland, qui aujourd’hui appartient au Royaume de SuĂšde.

(3) Nomades d’origine turque, qui eux-mĂȘmes chassĂ©s par les Arabes vinrent occuper la rive septentrionale de la mer Noire.

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A propos de l'auteur

Louis-Christian Gautier

Louis-Christian Gautier, diplĂŽmĂ© en histoire mĂ©diĂ©vale et de l’Enseignement Militaire SupĂ©rieur Scientifique et Technique (option histoire), a Ă©tĂ© rĂ©dacteur et conseiller Ă©ditorial de la revue "Aventures de l’Histoire". Il est l’auteur de plusieurs livres sur les Templiers et la IIe Guerre mondiale. Dernier livre paru : "1914-1918 : les faits tĂȘtus de la Grande Guerre" aux Ă©ditions Dualpha.

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