« Plus de 3,5 millions d’Allemands ont pĂ©ri
au cours de cet exode
le plus important de l’histoire mondiale
»

Depuis la IIe Guerre mondiale, rares sont les historiens qui s’apitoient sur le sort des populations allemandes


Je me suis passionnĂ© dĂšs ma jeunesse pour l’histoire de cette grande guerre civile europĂ©enne doublĂ©e d’une inutile et horrible tuerie qu’ont Ă©tĂ© les deux Guerres mondiales, et je me suis intĂ©ressĂ© Ă  la trĂšs grave question de leurs origines et des responsabilitĂ©s respectives des belligĂ©rants. Pour cela, je me suis constituĂ© une bibliothĂšque privĂ©e de 30 000 ouvrages en six langues et y ais consacrĂ© soixante ans d’études intensives. LicenciĂ© d’anglais, d’allemand, de russe et d’histoire, j’ai obtenu en 1978 un Doctorat sur les Allemands de la Volga. J’ai Ă©galement Ă©tĂ© dĂ©tachĂ© aux Relations Culturelles du Quai d’Orsay dans plusieurs pays, puis enfin nommĂ© professeur de LittĂ©rature et Civilisation germanique Ă  l’UniversitĂ© d’Abidjan en 1980.

Qu’est-ce qui vous a incitĂ© Ă  vous intĂ©resser aux Allemands de Russie, expulsĂ©s aprĂšs 1945 de leurs terres ?

Je ne m’intĂ©ressais pas particuliĂšrement Ă  eux, mais seulement Ă  ce que je considĂšre toujours comme un des plus grands crimes commis par les vainqueurs contre le peuple allemand, lequel est depuis plus d’un siĂšcle l’objet de la haine et de l’envie des « trois gredins » comme les appelait LĂ©nine : l’Angleterre, la France et la Russie tsariste ; ces derniers se partageaient les trois quarts de la planĂšte en accusant la jeune Allemagne de viser Ă  l’hĂ©gĂ©monie mondiale, alors qu’eux menaient des guerres coloniales et de conquĂȘtes sur toute la planĂšte. Inutile de dire que comme dans Les trois mousquetaires d’Alexandre Dumas, les trois Ă©taient quatre avec le pire d’entre eux, d’ailleurs : les USA.

Vous n’hĂ©sitez pas Ă  parler de « la plus vaste expulsion de population que le monde ait jamais connu » ; n’exagĂ©rez-vous pas un peu ?

Mon propos Ă©tait de parler de ce crime Ă©pouvantable qu’a Ă©tĂ© l’expulsion de 15 Ă  18 millions d’Allemands dans des conditions que des Français qui, comme moi, ont fait l’exode de 1940, ont du mal Ă  imaginer. Plus de 3,5 millions d’Allemands ont pĂ©ri au cours de cet exode le plus important de l’histoire mondiale. ArrivĂ© en Allemagne pour la premiĂšre fois en novembre 1945 Ă  19 ans, j’ai eu vite fait de prendre conscience de la terrible tragĂ©die qui Ă©tait en train de se dĂ©rouler Ă  l’Est, dĂ©goĂ»tĂ© aussi par les comportement des vaincus de 1940 devenus les occupants de 1945 (200 000 viols selon l’évĂȘque de Fribourg) . Vingt ans plus tard, j’ai formĂ© le dessein de passer sous le « camouflage » du « recul du germanisme » une thĂšse de doctorat en sachant d’avance les difficultĂ©s auxquelles j’allais me heurter.

Est-ce que je n’exagĂšre pas un peu en parlant de la « plus vaste expulsion
 » ? Mais pouvez-vous m’en citer une dans l’histoire contemporaine ou ancienne qui ait atteint ces chiffres vertigineux (les Ă©changes de population entre la Turquie et la GrĂšce en 1921-22 ont touchĂ© tout au plus 1,5 millions de personnes.

Essayez de vous reprĂ©senter l’équivalent en superficie de 35 dĂ©partements français vidĂ©s entiĂšrement de leurs habitants, dĂ©pouillĂ©s de tous leurs biens – fermes, maisons, appartements, etc. – bref de leur petite patrie (Ă  laquelle nous autres Français sommes tant attachĂ©s), de la terre qui, depuis mille ans, appartenaient Ă  leurs ancĂȘtres (quatre fois la superficie de la Suisse).

Est-ce que les Allemands actuels ont connaissance des souffrances endurĂ©s par ces Allemands de la Volga
 qui pourtant, comme il est indiquĂ© en couverture du livre « n’avaient, et pour cause !, jamais votĂ© pour Adolf Hitler
 » ?

Plus ou moins, mais plutĂŽt moins que plus. En 1945, les vainqueurs se sont appliquĂ©s Ă  « rĂ©Ă©duquer » avec un formidable succĂšs les nouvelles gĂ©nĂ©rations. Un enseignant qui en classe se serait avisĂ© de parler des provinces de l’Est risquait Ă  partir de 1945 de perdre son emploi !

Les Allemands de Russie d’Yves Caron, Ă©ditions Dualpha, collection « VĂ©ritĂ©s pour l’Histoire », 266 pages, 29 euros. Pour commander ce livre cliquez ici.