Les JournĂ©es chouannes des 2 et 3 septembre dernier ont rendu hommage aux soixante ans de Lectures françaises et Ă  son fondateur, Henry Coston (1910-2001). InvitĂ© par Françis-Xavier d’Hautefeuille Ă  prendre la parole pour cet hommage, mais n’ayant pu m’y rendre car j’avais promis Ă  Pierre Cassen d’ĂȘtre prĂ©sent Ă  l’anniversaire de Riposte LaĂŻque qui fĂȘtait ses 10 ans d’existence, voici mon tĂ©moignage personnel sur le fondateur de Lectures françaises.

Henry Coston (1910-2001).

Henry Coston (1910-2001).

En 1979, Henry Coston, qui préparait un nouveau tome de son Dictionnaire des pseudonymes, envoya à mon pÚre un questionnaire. Il désirait obtenir quelques renseignements et précisions le concernant.

SurchargĂ© de travail, mon pĂšre voulait remettre Ă  plus tard sa rĂ©ponse et c’est moi qui pris l’initiative de remplir le jour mĂȘme ce questionnaire. Une question concernait ses opinions politiques. Elle Ă©tait, bien sĂ»r, facultative. Je prĂ©cisais, en accord avec lui, celles de mon pĂšre, notamment qu’il avait Ă©tĂ© membre, pour les Deux-SĂšvres oĂč nous habitions, du comitĂ© de soutien Ă  la liste de l’Eurodroite pour les Ă©lections europĂ©ennes de cette annĂ©e-lĂ .

Par retour du courrier, nous reçûmes le dernier livre d’Henry Coston dĂ©dicacĂ© et une longue lettre chaleureuse dans laquelle le fondateur de Lectures françaises ne cachait pas sa surprise de dĂ©couvrir parmi les auteurs du Fleuve Noir quelqu’un qui partageait une trĂšs grande partie de ses convictions. Henry Coston lui signalait d’ailleurs, ce qui ne surprendra pas leurs lecteurs, qu’il correspondait rĂ©guliĂšrement avec deux autres auteurs vedettes de cette maison d’éditions : Claude Rank et Jean-Pierre Conty, ce dernier Ă©tant mĂȘme un de ses abonnĂ©s.

Lorsqu’en 1996, j’écrivais Ă  mon tour Ă  Henry Coston pour lui demander de relire la notice qui lui Ă©tait consacrĂ©e dans mon Dictionnaire commentĂ© de la Collaboration française, il me promit immĂ©diatement de faire tout ce qui serait en son pouvoir pour faire connaĂźtre mon travail. Ce qu’il fit. Amplement. Je lui dois ainsi une grande part du succĂšs que rencontra cet ouvrage. Idem pour le lancement de ma revue Dualpha. La caution d’Henry Coston, pour des milliers de lecteurs, est quelque chose qui compte.

On a dĂ©jĂ  Ă©crit beaucoup – et l’on Ă©crira encore Ă©normĂ©ment – sur l’ancien directeur de La Libre Parole, de Lectures françaises ou de Nous, les Françaises. Que ce soit sur ses qualitĂ©s incontestables (son Ɠuvre incontournable, son labeur de bĂ©nĂ©dictin, son extrĂȘme gentillesse, etc.), tout autant que sur ses obsessions parfois irritantes. Mais ce qui le dĂ©finira toujours au plus juste sera son militantisme de chaque instant.

Il est bon de rappeler qu’il lança une pratique essentielle, poursuivie par ceux qui ont succĂ©dĂ© aux rĂȘnes de Lectures françaises : pas un livre, pas un journal, pas une association, un mouvement ou un parti – peu ou prou comme lui ennemi du rĂ©gime – dont il ne signalait Ă  ses lecteurs l’existence et l’action, sans oublier d’indiquer l’adresse oĂč l’on pouvait se procurer les uns ou joindre les autres. Cela peut paraĂźtre dĂ©risoire Ă  certains, vulgaire Ă  nombre de journalistes qui se font grande idĂ©e de leur talent (ils sont souvent les seuls d’ailleurs), mais combien de journaux – surtout les plus modestes – ont-ils vu ainsi, grĂące Ă  Henry Coston, leurs lecteurs augmenter, nombre de mouvements nationalistes leurs adhĂ©rents dĂ©cupler, nombre d’éditeurs leurs ouvrages s’épuiser ?

À la fin de sa vie, Henry Coston cherchait obstinĂ©ment un successeur. Cette question le hantait littĂ©ralement. Je lui ai alors fait remarquer qu’il en avait eu bien davantage que tout autre. Lectures françaises perdurait, alors que nombre de revues mouraient souvent avec leur fondateur, quand elles n’étaient pas rachetĂ©es par des gens aux convictions totalement Ă©trangĂšres
 La Librairie française avait longtemps Ă©tĂ© dirigĂ©e par le nationaliste Jean-Gilles Malliarakis avant de fermer certes, mais de renaĂźtre, dans le mĂȘme esprit militant, avec L’Æncre ou ensuite avec La Licorne bleue, Primatice, Facta, La (nouvelle) Librairie Française sans parler de la plus ancienne, la Librairie Duquesne.

Oubliait-il aussi Yann Moncomble dont il avait mis le pied Ă  l’étrier et qui publia une bonne dizaine de livres capitaux, dans la droite ligne de ses propres ouvrages ? Et Emmanuel Ratier avec lequel il avait cosignĂ© certains livres et qui a poursuivi son Ɠuvre avec sa lettre Faits & Documents et sa prĂ©cieuse EncyclopĂ©die politique française ?

Quant Ă  Richard Haddad, Ă  la tĂȘte des Ă©ditions Godefroy de Bouillon, Roland HĂ©lie Ă  celle des Ă©dition SynthĂšse,  moi-mĂȘme Ă  celle des Ă©ditions Dualpha, L’Æncre et DĂ©terna, ne permettons-nous pas Ă  un public intĂ©ressĂ© de se procurer les livres de nombre d’auteurs bannis de la grande distribution


— C’est vrai, il faut continuer, admettait-il.

Si un jour l’un de nous se laissait gagner un instant par la lassitude, puissions-nous tous penser à l’infatigable Henry Coston.

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