Les « coloniaux » furent des hommes admirables, comme les missionnaires et les soldats qui assuraient la paix, le progrĂšs
 La colonisation a AUSSI et ENTRE AUTRES mis fin Ă  l’esclavage, Ă©radiquĂ© les grandes endĂ©mies, Ă©duquĂ© les populations


Monsieur Macron, je suis un criminel


Monsieur Macron, mĂ©decin colonial, mĂ©decin des Troupes de Marine, je suis un criminel contre l’humanitĂ©, je suis un criminel contre l’humain. Par vocation, petit garçon, je rĂȘvais d’aller soigner au fin fond de l’Afrique, de l’OcĂ©anie, de l’Asie. Adolescent, puis jeune Ă©tudiant, de toutes mes forces, j’ai travaillĂ©, bossĂ©, trimĂ© pour pouvoir soigner Ă  travers le continent et porter la science pas seulement au pays des Bantous, mais partout dans le monde oĂč la France Ă©tait prĂ©sente.

Ma vocation, que j’ai assouvie depuis, Ă©tait de rejoindre les ex-Colonies, sur les pas de mes glorieux Anciens Ă  l’ñge, comme le disait le mĂ©decin colonial Paul-Louis Simond, oĂč l’esprit est exempt de prĂ©jugĂ©s, oĂč les idĂ©es prĂ©conçues ne viennent pas contrarier la poursuite du vrai, Ă  l’ñge des Ă©lans gĂ©nĂ©reux, Ă  l’ñge des enthousiasmes pour tout ce qui est vĂ©ritĂ©, lumiĂšre et progrĂšs.

Mes hĂ©ros n’étaient pas footballeurs, chanteurs, acteurs, mais mĂ©decins coloniaux exerçant dans les conditions les plus extrĂȘmes, dans ces pays tropicaux, sans la moindre politique ou infrastructure de santĂ©, oĂč sĂ©vissaient des guerres interethniques, le tribalisme, le fĂ©odalisme, l’esclavagisme, la famine, l’irrationalitĂ©, la pensĂ©e magique, les mutilations rituelles sexuelles ou corporelles et l’anthropophagie.

Je n’ai eu de cesse tout au long de ma carriĂšre de mĂ©decin de la Coloniale, des Troupes de Marine, au sortir de l’illustre Institut de MĂ©decine tropicale du Pharo Ă  Marseille de reprĂ©senter mes illustres Anciens, de sauver parfois, de soulager souvent, de servir l’humain toujours.

Secourir Ă©tait mon combat, sauver, ma victoire quel que soit l’homme, de Mopti, de Bobo-Dioulasso, de Grand Bassam, de BouakĂ©, de Korhogo, de Brazzaville, de Bangui, de Ndjamena, de Moundou, de Bardai, de HienghĂšne, de Lifou, de Maripasoula, de Camopi, de Paramaribo, de Mata-Utu, de Tchibanga, et bien d’autres villages africains, sud-amĂ©ricains et ocĂ©aniens.

Partout et toujours pour l’HumanitĂ©, j’ai soignĂ©, soulagĂ© et prĂ©venu, Ă  pied, Ă  cheval, par le ciel, par les eaux des mers, riviĂšres et rapides, dans les dĂ©serts, dans les montagnes, dans les forĂȘts, dans les ruines d’un tremblement de terre, dans les tempĂȘtes, dans le feu, sous le feu, mais jamais autant que mes Anciens qui ont pour beaucoup donnĂ© leur vie et parfois la vie de leurs proches.

Monsieur Macron, ayez un peu de respect, d’égard pour tous ces hommes, pour vous criminels contre l’HumanitĂ©, mais en fait les premiers « French Doctors », la modestie et l’humilitĂ© en plus.

Et comme le disait, il y a quelques annĂ©es, le premier doyen de la FacultĂ© de mĂ©decine de Dakar : « Y a-t-il au monde plus petite Ă©quipe d’hommes ayant rendu plus de services Ă  l’humanitĂ© souffrante ?

Y a-t-il au monde Ɠuvre plus dĂ©sintĂ©ressĂ©e, plus obscure, ayant obtenu de si Ă©clatants rĂ©sultats et qui soit pourtant ignorĂ©e, aussi peu glorifiĂ©e, aussi peu rĂ©compensĂ©e ?

Qui peut prĂ©tendre avoir fait mieux, oĂč, quand et comment ? »

Un peu d’histoire, Monsieur Macron
 Tous ces mĂ©decins coloniaux, mes hĂ©ros, sont associĂ©s Ă  ces maladies dont certaines ne vous sont pas connues et d’autres vous Ă©voqueront probablement des souvenirs plus de voyages que d’Histoire, l’Histoire que vous bradez par clientĂ©lisme.

La peste, cette maladie tueuse qui Ă©limina au XVe siĂšcle un tiers de l’humanitĂ© et sema encore la terreur Ă  Marseille en 1720. C’est le mĂ©decin colonial Alexandre Yersin qui, dĂ©couvrit Ă  Hong Kong le bacille qui porte dĂ©sormais son nom.

Quatre ans plus tard, à Karachi, le médecin colonial Paul-Louis Simond démontre le rÎle vecteur de la puce du rat.

Soulignons la mort hĂ©roĂŻque en soignant des milliers de pestifĂ©rĂ©s du mĂ©decin-major GĂ©rard Mesny en 1911, lors de l’épidĂ©mie de Mandchourie.

On ne peut oublier la mort tout aussi courageuse du médecin colonial Gaston Bourret en 1917 dans son laboratoire de Nouméa.

Enfin ce sont les médecins militaires coloniaux Girard et Robic qui réussirent à mettre au point en 1932 à Tananarive un vaccin anti-pesteux efficace.

La variole fit l’objet d’une lutte constante dùs les premiers temps de la colonisation aussi bien en Afrique qu’en Asie.

L’action sans dĂ©faillance du Service de santĂ© des troupes coloniales a contribuĂ© de façon dĂ©cisive Ă  l’éradication de cette maladie effroyable qui, faisait en France 10 000 victimes par an Ă  la fin du XVIIIe siĂšcle.

La vaccination, qui se faisait au début de bras à bras fut grandement améliorée quand on put inoculer le virus à partir de jeunes buffles, créer des centres vaccinogÚnes et transporter, grùce à Calmette, lui aussi médecin colonial, la lymphe vaccinale en tubes scellés.

La fiÚvre jaune, affection virale redoutée, endémique en Afrique et en Amérique, fit des incursions dans les ports européens au XIXe siÚcle (20 000 morts à Barcelone). Elle fit de trÚs nombreuses victimes dans le corps de santé colonial, comme en témoignent les monuments de Dakar et de Saint-Louis du Sénégal.

Il faut attendre 1927 pour que le mĂ©decin colonial Laigret puisse obtenir un vaccin grĂące au virus recueilli Ă  Dakar sur un malade. Par la suite la vaccination par le vaccin de Dakar et le vaccin amĂ©ricain Rockefeller permit d’obtenir rapidement un contrĂŽle quasi-complet de cette affection souvent mortelle.

Le paludisme, dont le parasite responsable, l’hĂ©matozoaire, fut dĂ©couvert par le mĂ©decin militaire Alphonse Laveran Ă  Constantine en 1880.

Le paludisme reste la principale cause de mortalitĂ© infantile sous les tropiques. Il faisait et fait partie du quotidien du mĂ©decin tropicaliste. Les premiers mĂ©decins qui s’acharnĂšrent Ă  le combattre Ă  travers son vecteur, le moustique, furent surnommĂ©s par les autochtones les « capitaines moustiques ». Le mĂ©decin colonial Victor Le Moal s’illustra particuliĂšrement dans cette lutte anti- moustique Ă  Conakry.

La maladie du sommeil ou trypanosomose, parasitose particuliĂšrement redoutable, atteint le systĂšme nerveux central en provoquant une apathie, des troubles du comportement et un Ă©tat de dĂ©labrement organique cachectique extrĂȘme qui aboutit Ă  la mort. Nombreux sont les mĂ©decins qui furent contaminĂ©s en la combattant, et parfois en sont morts.

Cette affection dĂ©peuplait en Afrique noire des rĂ©gions entiĂšres. Elle fit trĂšs tĂŽt l’objet d’études qui vont permettre au mĂ©decin colonial Jamot, grand nom de la mĂ©decine tropicale de dĂ©velopper son action.‹La lĂšpre, une autre vieille connaissance, quasi disparue d’Europe, atteint la personne dans son apparence physique ainsi que dans sa dimension sociale. Marchoux va organiser la lutte contre cette maladie mutilante, lutte qui sera poursuivie et dĂ©veloppĂ©e par le mĂ©decin gĂ©nĂ©ral Richet en collaboration avec Daniel Follereau. De nombreux mĂ©decins coloniaux se consacreront Ă  cette lutte difficile, dont LĂ©on Stevenel qui isola le principe actif de l’huile de Chaulmoogra, seul mĂ©dicament d’une certaine efficacitĂ© avant qu’apparaissent les sulfones.

La mĂ©ningite cĂ©rĂ©bro-spinale Ă  mĂ©ningocoque, endĂ©mo-Ă©pidĂ©mique en Afrique tuant encore et toujours des milliers d’enfants, dont certains dans mes bras, au Burkina-Faso Ă  Bobo-Dioulasso, au Mali Ă  Djenne, dans une zone que l’on nomme encore la ceinture de Lapeyssonie du nom d’un illustre mĂ©decin colonial qui a tant dispensĂ© aux pays sahĂ©liens et qui a transmis son savoir Ă  des lĂ©gions de mĂ©decins tropicalistes et Ă  moi-mĂȘme dans les annĂ©es quatre-vingt.

Médecin colonial je suis, médecin colonial je reste, car chemin faisant je termine ma carriÚre dans un quartier multiculturel et je soigne hommes et femmes de 49 nationalités différentes dont de nombreux « colonisés ».

Nous devons croire que le « criminel » que je suis, ne fait plus peur à toutes ces victimes de la colonisation tant ma patientÚle est grande.

Les « souffrances endurĂ©es », par la faute du « bourreau-tortionnaire » que je suis, ont Ă©tĂ© vite oubliĂ©es et pardonnĂ©es tant l’attachement de mes patients est profond.

Monsieur Macron, votre insulte envers tous ces hommes dont la devise « Sur mer et au-delĂ  des mers, pour la Patrie et l’HumanitĂ©, toujours au service des Hommes » a toujours Ă©tĂ© respectĂ©e jusqu’à la mort pour certains, ne fait pas honneur Ă  un homme qui pense pouvoir ĂȘtre un jour prĂ©sident.

Je vous suis reconnaissant d’au moins une chose : si j’ai pu avoir quelque hĂ©sitation Ă  vous Ă©couter au grĂ© de vos shows politiques, tant votre charme de beau-fils idĂ©al, de prince charmant des banques d’affaire, de bonimenteur, discoureur et beau phraseur m’avait interpellĂ©, vous m’avez dĂ©finitivement libĂ©rĂ© de cette faiblesse.

Je vous laisse Ă  vos fans, cadres urbains diplĂŽmĂ©s en communication ou en sociologie, geeks asociaux et bobos aux vĂ©los Ă©lectriques, vous qui n’avez jamais Ă©tĂ© confrontĂ© par vos mandats inexistants ou par vos activitĂ©s professionnelles Ă  la misĂšre et la pauvretĂ©, Ă  la souffrance, Ă  la violence et la guerre, au communautarisme, Ă  l’islamisme radical.

Restez dans votre bulle et qu’elle n’éclate pas.

Monsieur Macron, bradeur d’histoire, j’ai la mĂ©moire qui saigne.

Le Doc.

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