Entretien avec Franz Seydlitz, auteur de Le destin fracassé du général Walter v. Seydlitz aux éditions Dualpha

(Propos recueillis par Fabrice Dutilleul)

Franz Seydlitz.

Franz Seydlitz.

Traßtre ou héros ?

Le gĂ©nĂ©ral Walter von Seydlitz, issu d’une famille prestigieuse, a connu un destin hors du commun, cumulant deux condamnations Ă  mort : la premiĂšre par Hitler, l’autre par Staline. EntraĂźneur d’hommes, il se distingue pourtant par son humanitĂ©, et prĂ©conisera la reddition de Stalingrad, le combat Ă©tant devenu suicidaire. Prisonnier, il crĂ©e en 1943, la « ligue des officiers allemands » et imagine de lever une armĂ©e constituĂ©e de prisonniers allemands antinazis. Son but : que cette participation militaire Ă©vite Ă  son pays de devenir une colonie soviĂ©tique.

1) Le Feld-marĂ©chal Paulus est connu du grand public pour avoir capitulĂ© Ă  Stalingrad, mais les officiers qui l’entouraient sont restĂ©s Ă©trangement dans l’ombre
 Comme votre parent ; pourquoi ? Et quel a Ă©tĂ© son parcours ?

N’étant qu’un parent Ă©loignĂ©, je ne me suis surtout intĂ©ressĂ© au gĂ©nĂ©ral Seydlitz qu’aprĂšs avoir Ă©tudiĂ© la bataille de Stalingrad. Son destin Ă©tonnant (suivant une carriĂšre trĂšs classique) m’a poussĂ© Ă  me mettre d’une certaine façon dans sa peau, confrontĂ© aux mĂȘmes interrogations. On regarde trop l’Histoire de son canapĂ©, dans un confort totalement dĂ©calĂ© du rĂ©el.

Seydlitz est un officier de tradition, qui n’est sorti de l’ombre (pour les historiens) que parce qu’il cumule une double condamnation à mort : par Hitler et par Staline
 pour finalement mourir dans son lit.

Alors qu’il figurait dans les manuels de l’Allemagne de l’Est, avec Paulus et quelques autres, l’Allemagne de l’Ouest l’a oubliĂ©. Seydlitz fait juste penser Ă  un square, Ă  une rue de Berlin, mais il s’agit d’un autre parent Ă©loignĂ©, gĂ©nĂ©ral prĂ©fĂ©rĂ© du Grand FrĂ©dĂ©ric, dont la statue figure, Ă  cheval, sur l’Unter den linden.

Si Paulus est encore connu, c’est comme signataire de la reddition de Stalingrad, la plus grande dĂ©faite de la IIe Guerre mondiale. Sa personnalitĂ© falote ne justifiait pourtant pas un commandement aussi prestigieux (la 6e armĂ©e), mais il Ă©tait fervent nazi et Hitler l’apprĂ©ciait pour son absence de particule (dont les historiens l’affublent souvent).

 

2) Vous sous-titrez votre livre « TraĂźtre ou hĂ©ros ? »  Avez-vous ƓuvrĂ© Ă  une rĂ©habilitation du gĂ©nĂ©ral Walter von Seydlitz dont la rĂ©putation reste entachĂ©e par la capitulation Ă  Stalingrad, tournant crucial de la IIe Guerre mondiale et ensuite par ses compromissions avec le rĂ©gime soviĂ©tique ?

Mon ouvrage, c’est l’histoire d’un accident de carriĂšre, un officier Ă©tant fait pour obĂ©ir, mĂȘme Ă  des ordres imbĂ©ciles.

Walter v. Seydlitz a Ă©tĂ© le seul Ă  avoir prĂ©conisĂ© une sortie en masse, permettant de sauver peut-ĂȘtre cent mille hommes, alors que Paulus, lui, acceptait l’idĂ©e que meurent deux cent mille hommes de froid et de dĂ©nutrition, dans leur trou de neige, parce qu’Hitler l’avait ordonnĂ©. Sur les deux cent mille hommes de Stalingrad qui se rendront, cinq mille seulement reviendront des camps russes.

3) Finalement, votre parent semble avoir Ă©tĂ© convaincu que Staline l’a manipulĂ© dans son projet de lever une armĂ©e constituĂ©e de prisonniers allemands antinazis
 RĂ©trospectivement, regrettait-il la capitulation de Stalingrad, puis ses projets avortĂ©s de se retourner contre le pouvoir d’Hitler ?

Seydlitz n’a jamais Ă©tĂ© communiste, c’est un nationaliste convaincu. Une fois prisonnier, il n’a plus qu’une obsession, que des soldats allemands prisonniers participent Ă  la chute du rĂ©gime hitlĂ©rien. Il monte mĂȘme un plan de parachutage sur Berlin, toujours persuadĂ© que cette participation allemande obligerait les SoviĂ©tiques Ă  les considĂ©rer, Ă  leur accorder une place, dans d’éventuelles nĂ©gociations.

ExploitĂ© par la propagande de Moscou, il a enfin rĂ©alisĂ© son erreur : il n’y aurait jamais une armĂ©e allemande de « libĂ©ration » et seuls les vrais communistes auraient une place dans « l’état-colonie » Ă  bĂątir en Allemagne occupĂ©e.

C’est le cas de Paulus (ex feld-MarĂ©chal) devenu modeste formateur Ă  l’école militaire de Berlin Est.

Seydlitz, lui, sera condamnĂ© aux travaux forcĂ©s jusqu’en 1955, (sa condamnation ayant Ă©tĂ© commuĂ©e), avant de rĂ©apparaĂźtre Ă  l’Ouest (son choix) et d’affronter le tribunal militaire.

JugĂ©, sa peine de mort sera enfin annulĂ©e, mais l’armĂ©e lui retirera ses droits Ă  la retraite. Il n’a jamais regrettĂ© ses choix, mais plutĂŽt sa naĂŻvetĂ©.

J’ai voulu dans cet ouvrage, suivre le destin de l’Allemagne, du dĂ©but du siĂšcle jusqu’à la guerre froide, Ă  travers le destin d’un homme, secouĂ© par la tempĂȘte de ce siĂšcle ou l’Europe perdra trente millions d’hommes.

 Le destin fracassé du général Walter v. Seydlitz de Franz Seydlitz (éditions Dualpha, 240 pages, 31 euros). Pour commander ce livre, cliquez ici.

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