Les 14 et 15 dĂ©cembre s’est tenu un Sommet europĂ©en au menu duquel ont Ă©tĂ© abordĂ©es notamment les questions du Brexit et de l’immigration, sur fond de conflits encore larvĂ©s mais menaçants.

Sur le Brexit, la situation de Theresa May est trĂšs inconfortable. « Otage » du petit parti unioniste irlandais DUP dont elle dĂ©pend pour sa majoritĂ©, Mme May Ă©volue entre un Brexit « hard » et un Brexit « soft », sous la pression du DUP, hostile au Brexit. En effet, celui-ci voit un risque de rĂ©unification de l’Irlande Ă  la faveur du Brexit, la question de la nouvelle frontiĂšre de l’UE se posant dans un premier temps. L’accord de 1998 a supprimĂ© la frontiĂšre Nord/Sud en Irlande. La frontiĂšre nouvelle de l’UE serait alors entre une Irlande « unie » de facto et la Grande Bretagne. L’accord prĂ©vu entre la Grande-Bretagne et l’UE est donc retardĂ©, et la position de Theresa May encore fragilisĂ©e. La question irlandaise, nĂ©gligĂ©e jusqu’ici par Londres risque de compliquer les nĂ©gociations.

Sur l’immigration, la situation est encore plus complexe face aux quatre pays du groupe de « Visegrad 4 » (Pologne, Hongrie, RĂ©publique tchĂšque et Slovaquie) qui persistent dans leur refus de recevoir des « rĂ©fugiĂ©s ». Or, M. Charles Michel, Premier ministre belge, est intervenu pour souligner la concomitance entre les nĂ©gociations des prochains budgets europĂ©ens et les discussions sur l’accueil des migrants, insinuant lourdement la possibilitĂ© de sanctionner financiĂšrement le Groupe de Visegrad en cas de maintien de ses positions. « La solidaritĂ© ne peut pas ĂȘtre unilatĂ©rale, elle ne peut pas aller toujours dans le mĂȘme sens
 Si la solidaritĂ© est forte, Ă  un haut niveau pour le financement de la cohĂ©sion dans certains pays europĂ©ens, alors la solidaritĂ© doit aussi prĂ©valoir pour notre politique de migration » a conclu finement M. Michel.

Charles Michel, Premier ministre belge.

Charles Michel, Premier ministre belge.

Ce Ă  quoi M. Orban en Hongrie avait dĂ©jĂ  anticipĂ©, dans une interview sur la chaĂźne hongroise Écho T.V. : « Un grand nombre des champions de la migration pense sincĂšrement que le mĂ©lange des cultures ouvre la voie vers le dĂ©veloppement de l’humanitĂ©. Cela semble inspirant, mais cela va Ă  l’encontre du bon sens. Accepter d’accueillir des personnes de cultures lointaines ne conduit pas Ă  une belle vie, mais Ă  des sociĂ©tĂ©s parallĂšles. Nous importerions la haine, l’antisĂ©mitisme, la fin de l’égalitĂ© entre les hommes et les femmes et la fin de la libertĂ© religieuse. »

L’ambiance est comme on le voit Ă  la concorde et Ă  l’unitĂ© ƓcumĂ©nique dans la belle Europe de l’UE ! Les anathĂšmes et les menaces volent bas entre deux conceptions de plus en plus antinomiques de l’Europe et de son devenir.

D’autant que ces mĂȘmes jours de dĂ©cembre, la Commission europĂ©enne, haut lieu de tolĂ©rance et de dĂ©mocratie comme on le sait, s’apprĂȘte Ă  agir contre la Pologne en activant l’article 7.1 des TraitĂ©s, (qui prĂ©voit dans son paragraphe 3 la suspension de l’État concernĂ© de l’UE en tout ou partie), en mettant Ă  l’index les lois rĂ©centes polonaises restreignant, de son point de vue, la sacro-sainte « indĂ©pendance » des juges polonais. Il y aurait un « risque clair » de « violation grave » de l’Etat de droit en Pologne. Macron applaudit bien sĂ»r. On attend une telle condamnation concernant les juges français membres du syndicat de la magistrature, dont l’« indĂ©pendance » objective n’est pourtant jamais remise en cause. Ce recours Ă  l’art. 7 n’a Ă©tĂ© envisagĂ© qu’une seule autre fois. C’était en 2000 lors de l’entrĂ©e dans le gouvernement autrichien de ministres du FPÖ. L’interprĂ©tation de la « violation grave » de l’Etat de droit se fait toujours dans le mĂȘme sens Ă©videmment.

Cette mi-dĂ©cembre 2017 est dĂ©cidĂ©ment riche en Ă©vĂšnements majeurs en Europe. En effet le 15, le chancelier autrichien Sebastian Kurz vient de conclure un accord de gouvernement avec le FPÖ, qu’il devrait prĂ©senter ce samedi Ă  l’ÖVP, son parti, et au prĂ©sident Alexander Van der Bellen. Le Parti de la libertĂ© (FPÖ), prĂ©sidĂ© par Heinz-Christian Strache, retrouve les cabinets ministĂ©riels de Vienne pour la premiĂšre fois depuis 2000, Ă©poque oĂč le FPÖ Ă©tait dirigĂ© par Jörg Haider. Mais les jeux ne sont pas faits : la Constitution permet au PrĂ©sident, l’écologiste Van der Bellen, de refuser la composition d’un gouvernement.

Rien de tel en Allemagne enfin pour finir ce tour d’Europe effarant : la chanceliĂšre Merkel, aprĂšs son Ă©chec de deux mois de nĂ©gociations infructueuses, se retourne vers son vieil alliĂ©, le SPD qui, telle une diva, se fait maintenant dĂ©sirer pour former une Ă©niĂšme coalition CDU/SPD. « Blanc bonnet et bonnet blanc » ! À moins que de nouvelles Ă©lections, encore plus indĂ©cises, ne soient organisĂ©es en janvier 2018
 pour y voir plus clair et enfin voir le dĂ©sastre de l’AfD tant dĂ©testĂ©e ?

Comme on peut le voir, tout va bien en Europe ce mois-ci. Dormez en paix.

Menaces, mises Ă  l’index, rodomontades, Brexit « bidouillé », appels aux « grands principes et valeurs dĂ©mocratiques », l’U.E. semble bien aux abois en rĂ©vĂ©lant des dĂ©sordres institutionnels d’une part, et des oppositions grandissantes de nombre de ses « membres » Ă  ses valeurs dangereuses et dĂ©passĂ©es, d’autre part.

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Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

A propos de l'auteur

Richard Dessens

Enseignant pendant plusieurs annĂ©es dans une Ă©cole prĂ©paratoire aux concours d’entrĂ©e aux IEP et Écoles de journalisme, Richard Dessens crĂ©e et dirige parallĂšlement une troupe de thĂ©Ăątre dans la rĂ©gion de Montpellier. Docteur en droit, DEA de philosophie et licenciĂ© en histoire, il est l’auteur d’ouvrages de philosophie et d’histoire des idĂ©es politiques, de relations internationale. Il a entres autres livres publiĂ© aux Ă©ditions Dualpha "Henri Rochefort ou la vĂ©ritable libertĂ© de la presse", "La dĂ©mocratie interdite" et "Histoire et formation de la pensĂ©e politique".

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