Longtemps, Vladimir Poutine a songé à se faire de l’Europe un allié. Quand, en 2003, Jacques Chirac et son homologue allemand, Gerhard Schröder, se dressèrent contre une seconde équipée militaire en Irak, il les appuya de tout son poids naissant. Avec leurs successeurs respectifs, il dut en rabattre, se contentant d’entretenir des liens circonspects avec Angela Merkel. Bref, alors qu’il tentait de mettre un pied dans la porte européenne, cette dernière lui fut claquée sur les doigts.

L’homme est de l’espèce pragmatique. Ayant tôt compris qu’à défaut d’être un géant économique déclinant, l’Europe faisait avant tout figure de nain politique inféodé à la puissante Amérique, il décida, tant qu’à faire, qu’il valait mieux négocier directement avec le maître qu’avec ses domestiques.

Une chance pour lui, Barack Obama commençait la fin de son second mandat, fenêtre de tir durant laquelle le locataire de la Maison blanche a paradoxalement les mains un peu plus libres. Et c’est ainsi, que de manière tacite, il refusa de bombarder les troupes du régime syrien – alors que François Hollande l’exigeait –, tout en laissant à la Russie toute latitude de contrer, sur le terrain, la soldatesque de l’État islamique.

Il y a fort à parier que Donald Trump poursuive la même politique, même s’il a promis de revenir sur l’accord américano-iranien ; mais étant de la même espèce pragmatique, il y a tout aussi fort à parier que ce magnat de l’immobilier tiendra compte du mirobolant potentiel d’investissement en Iran pour l’industrie américaine ; processus déjà engagé aux dépens des Français, tel qu’il se doit.

Entre Washington et Moscou, des instances européennes qui sont en train de comprendre que l’histoire est par nature tragique et que la politique ne saurait se résumer à un irénisme droit-de-l’hommesque. Eh oui ! à l’heure de ces constructions post-nationales n’en finissant plus de démontrer leur impuissance – Commission européenne et ONU, même combat ! –, les technocrates européens, passablement éberlués, assistent au grand retour des nations et de leurs frontières. En un mot comme en cent, le grand jeu géopolitique reprend ses droits.

Étrange, tout de même, que cette faculté à avoir toujours deux ou trois trains de retard sur la marche de ce vaste monde…

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