La gĂ©opolitique post-occidentale ne sera pas exempte de luttes hĂ©gĂ©moniques. Pas moins que ne le furent les pĂ©riodes prĂ©cĂ©dentes. Dans l’avenir le plus proche, c’est entre la puissance chinoise en pleine ascension, et de plus en plus sĂ»re d’elle-mĂȘme, et la puissance amĂ©ricaine, encore forte de son potentiel militaire et technologique, que des tensions sont Ă  prĂ©voir. Surtout si les États-Unis ont le sentiment de revivre le « cauchemar de Mackinder » (du nom du gĂ©ographe anglais qui, au dĂ©but du 20e siĂšcle, redoutait l’unification du continent europĂ©en par l’Allemagne ou par la Russie, avec pour consĂ©quence l’exclusion du Royaume-Uni) (Dussouy, 2006). C’est-Ă -dire l’impression de se retrouver eux-mĂȘmes « exclus » d’Eurasie par la Chine, Ă  la suite des alliances qu’elle aura concoctĂ©es avec les autres puissances de l’Île Mondiale. Une issue que le dĂ©ploiement diplomatique chinois, par l’intermĂ©diaire des BRI ou de l’OCS, et commercial, via les routes de la soie, pourrait accrĂ©diter.

Carte 05

À plusieurs reprises, rĂ©agissant aux initiatives amĂ©ricaines qu’un tel schĂ©ma (hypothĂ©tique) peut inspirer, les dirigeants chinois ont dĂ©noncĂ© la stratĂ©gie d’encerclement conduite par Washington. Affaire de perspective, de vision, certes, mais qui peut avoir des consĂ©quences graves car le dispositif de surveillance militaire mis en place par les États-Unis dans le Pacifique ouest recoupe les nombreux axes de rivalitĂ© qui fractionnent la bordure ocĂ©anique de l’Asie de l’Est.

Carte 06Enfin, depuis l’étĂ© 2017, l’Asie de l’Est se trouve un peu plus Ă  l’avant-scĂšne de la gĂ©opolitique mondiale Ă  cause de son « trublion nuclĂ©aire », la CorĂ©e du Nord. En quĂȘte de reconnaissance internationale, le rĂ©gime de Pyongyang a montrĂ© qu’il disposait d’une panoplie de vrais missiles intercontinentaux (ICBM) susceptibles d’emporter des bombes nuclĂ©aires. La rĂ©alitĂ© de la menace qu’entend faire planer le dirigeant Kim Jong-un sur ses voisins et sur les États-Unis, principale cible diplomatique, est difficile Ă  apprĂ©hender. On peut imaginer que, sauf accident ou rĂ©action inconsĂ©quente de l’une des parties concernĂ©es, comme lors de la « crise des missiles » de Cuba, en 1962, on va s’acheminer vers un marchandage rĂ©gional dans lequel, en contrepartie de son arbitrage, PĂ©kin obtiendra des compensations dans les litiges (politiques ou commerciaux) que la capitale chinoise peut entretenir avec Washington.

Carte 07Sur l’autre face de l’Asie, et au-delĂ  jusqu’au nord de l’Afrique, s’étire le monde musulman que les gĂ©ostratĂšges amĂ©ricains ont pris l’habitude de diviser en trois espaces stratĂ©giques, et qui est, sans aucun doute, aujourd’hui, la rĂ©gion la plus tourmentĂ©e de la planĂšte. Elle recĂšle de nombreux enjeux bien connus, qui attisent toujours la convoitise des grandes puissances Ă©conomiques, mais aussi de nombreux dangers dont le plus Ă©vident, de nos jours et pour de nombreuses annĂ©es Ă  venir, est d’abriter les bases du terrorisme islamiste. MĂȘme si l’État du mĂȘme nom est moribond. Car dans le vaste espace musulman sourde un hĂ©gĂ©monisme, qui ne dit pas son nom, insufflĂ© par la conjonction du dynamisme dĂ©mographique, de la richesse financiĂšre, et d’une foi religieuse exclusive.

Carte 08

À l’Est, la zone formĂ©e par l’Asie Centrale et le Caucase est celle oĂč sĂ©vit la guerre d’Afghanistan dans laquelle s’empĂȘtrent encore les AmĂ©ricains, sous le regard attentif des Russes et des Chinois, mais aussi de la puissance montante de l’Iran, qui tous ont des intĂ©rĂȘts Ă©conomiques politiques, stratĂ©giques, Ă  faire valoir. Au centre, le Moyen-Orient proprement dit est la rĂ©gion perturbĂ©e que l’on sait pour des raisons qui n’ont pas changĂ© depuis des dĂ©cennies, mais auxquelles se sont surajoutĂ©es la destruction d’abord, la dĂ©stabilisation ensuite, de l’Irak, la guerre civile syrienne, et l’activitĂ© meurtriĂšre du terrorisme des fondamentalistes. À l’Ouest, en Afrique du Nord, depuis le fiasco des printemps arabes, la Libye constitue la principale prĂ©occupation des chancelleries et des stratĂšges occidentaux.

Carte 09

Quant Ă  l’Europe, cantonnĂ©e maintenant Ă  la marge de la scĂšne mondiale (ce qui risque fort de rester dĂ©finitivement sa place en raison de son incapacitĂ© Ă  s’unir), elle n’est pas exempte de tout risque de conflit. En effet, la situation demeure tendue entre l’Ukraine et la Russie, et aucune solution politique n’a encore Ă©tĂ© trouvĂ©e pour surmonter de façon satisfaisante, pour toutes les parties, le problĂšme de la dissidence du Donbass. De surcroĂźt, la « crise ukrainienne » Ă©loigne l’Europe et la Russie l’une de l’autre, alors que tout tend Ă  dĂ©montrer que, dans la nouvelle configuration gĂ©opolitique du monde, elles sont deux « alliĂ©s naturels » (Dussouy, 2013).

Carte 10Mais, marginalisation ne rythme pas avec sĂ©curisation ou avec mise Ă  l’abri. L’Europe n’est qu’une piĂšce du systĂšme mondial qu’elle a contribuĂ© Ă  mettre en place. Elle est directement concernĂ©e, au mĂȘme titre que les autres continents, par les grands flux planĂ©taires de toutes natures.

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Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

A propos de l'auteur

Gerard Dussouy

Professeur Ă©mĂ©rite Ă  l’UniversitĂ© Montesquieu de Bordeaux, oĂč il reste membre du Centre Montesquieu de Recherche Politique (CMRP). EuropĂ©en convaincu depuis toujours, il s’interroge avec inquiĂ©tude, aujourd’hui, sur le devenir des nations du continent. Dernier livre paru : « Contre l’Europe de Bruxelles. Fonder un Etat europĂ©en », prĂ©face de Dominique Venner (Tatamis, 2013).

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