Le 16 avril dernier, les électeurs turcs étaient convoqués à un référendum crucial. Ils devaient se prononcer sur une grande révision de la constitution de 1982 rédigée par la junte militaire alors en place.

Premier ministre omnipotent entre 2003 et 2014, Recep Tayyip Erdogan avait dĂ©jĂ  rĂ©ussi une premiĂšre modification en 2007 en imposant l’élection au suffrage universel direct du prĂ©sident de la RĂ©publique de Turquie pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois. Auparavant, le chef de l’État Ă©tait Ă©lu par les parlementaires pour un mandat unique de sept ans et exerçait une fonction principalement honorifique.

L’élection dĂšs le premier tour d’Erdogan et son tempĂ©rament autoritaire provoquĂšrent l’éviction de son ancien conseiller diplomatique, le Premier ministre Ahmet Davotuglu, pour un chef de gouvernement plus mallĂ©able. DĂ©sormais, malgrĂ© une opposition qui soupçonne une vaste fraude Ă©lectorale et une victoire plus courte que prĂ©vu (51,41 %), la nouvelle rĂ©forme fait de la Turquie non pas un rĂ©gime prĂ©sidentiel calquĂ© sur le modĂšle Ă©tats-unien, mais plutĂŽt un rĂ©gime prĂ©sidentialiste.

En effet, toujours Ă©lu pour cinq ans, le prĂ©sident qui n’aura plus de Premier ministre Ă  partir de 2019, nommera et rĂ©voquera les membres de son gouvernement, dirigera tout l’exĂ©cutif et aura le droit de prĂ©sider un parti politique. Chef suprĂȘme des forces armĂ©es, il supervisera les magistrats et pourra gouverner par dĂ©cret. La concordance des Ă©lections prĂ©sidentielles et lĂ©gislatives sera appliquĂ©e : les Turcs voteront le mĂȘme jour pour le prĂ©sident et les dĂ©putĂ©s. De fait, la dissolution de la Grande AssemblĂ©e nationale (impensable en systĂšme prĂ©sidentiel) entraĂźnera une Ă©lection prĂ©sidentielle anticipĂ©e. Observons que cette simultanĂ©itĂ© Ă©lectorale fut dĂ©fendue en France dans les annĂ©es 1960 par le Club Jean Moulin, proche des socialistes, puis par Jean-Pierre ChevĂšnement dans Le temps des citoyens en 1993.

DĂ©sireux d’éclipser la figure fondatrice d’AtatĂŒrk, Erdogan s’est offert des institutions hyper-prĂ©sidentielles qui lui assurent la plĂ©nitude du pouvoir. La Turquie retrouve ainsi avec lui sa puissance rĂ©gionale d’avant au risque de dĂ©stabiliser une nouvelle fois tout le bassin mĂ©diterranĂ©en, les Balkans, le Caucase et, on l’a vu rĂ©cemment avec l’implantation de fortes communautĂ©s immigrĂ©es turques, l’Europe occidentale.

Bonjour chez vous !

« Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 31, diffusée sur Radio-Libertés, le 28 avril 2017.

Vous avez aimé cet article ?

EuroLibertĂ©s n’est pas qu’un simple blog qui pourra se contenter ad vitam aeternam de bonnes volontĂ©s aussi dĂ©vouĂ©es soient elles
 Sa promotion, son dĂ©veloppement, sa gestion, les contacts avec les auteurs nĂ©cessitent une Ă©quipe de collaborateurs compĂ©tents et disponibles et donc des ressources financiĂšres, mĂȘme si EuroLibertĂ©s n’a pas de vocation commerciale
 C’est pourquoi, je lance un appel Ă  nos lecteurs : NOUS AVONS BESOIN DE VOUS DÈS MAINTENANT car je doute que George Soros, David Rockefeller, la Carnegie Corporation, la Fondation Ford et autres Goldman-Sachs ne soient prĂȘts Ă  nous aider ; il faut dire qu’ils sont trĂšs sollicitĂ©s par les medias institutionnels
 et, comment dire, j’ai comme l’impression qu’EuroLibertĂ©s et eux, c’est assez incompatible !
 En revanche, avec vous, chers lecteurs, je prends le pari contraire ! Trois solutions pour nous soutenir : cliquez ici.

Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.