Le Monde des 19 et 20 fĂ©vrier 2017 mettait en une un Ă©tonnant planisphĂšre qui tĂ©moigne des reprĂ©sentations gĂ©opolitiques actuelles de la Chine populaire. AdoptĂ©e par l’administration chinoise des espaces arctique et antarctique, cette projection polaire australe place la Chine au cƓur du document. Quoi de plus normal pour situer l’« Empire du Milieu » ?

En page intĂ©rieure, une seconde carte – plus dĂ©taillĂ©e – explique le fameux « Collier de perles » (les ports de l’ocĂ©an Indien qui offrent des facilitĂ©s aux navires de PĂ©kin et qui encerclent le grand rival indien), prĂ©sente la seule base chinoise en Arctique (« Fleuve Jaune » sur le Spitzberg) et les quatre autres en Antarctique (« Grande Muraille », Baie Terra Nova, Kundun et Zhongshan), Ă©voque la future base militaire qui sera inaugurĂ©e Ă  la fin de cette annĂ©e Ă  Djibouti, et mentionne quelques rĂ©ussites logistiques comme le contrĂŽle du PirĂ©e depuis 2009 et la gestion pour 99 ans du port australien de Darwin.

Dans le mĂȘme temps, en mer de Chine mĂ©ridionale, les archipels Spratleys et Paracels se sinisent Ă  trĂšs grande vitesse tandis que l’état-major a remplacĂ© les sept anciennes rĂ©gions militaires par cinq « commandements de thĂ©Ăątre » (CT ou Zhanqu) Ă  vocation plus offensive avec, pour celui de l’Ouest, une attribution contre insurrectionnelle officielle. Ces rĂ©formes militaires tĂ©moignent d’un intĂ©rĂȘt renouvelĂ© pour la rĂ©flexion stratĂ©gique.

En 2006 paraissait La guerre hors limite (Rivages poche, 310 p., 9,50 €) de Qiao Liang et Wang Xiangsui, deux colonels des forces aĂ©riennes de l’ArmĂ©e populaire de libĂ©ration. Dans cet essai rĂ©digĂ© en 1999 est dĂ©fendue « une vision sĂ©curitaire Ă©tendue qui Ă©lĂšve la notion traditionnelle de domaine territorial Ă  la notion de domaine de l’intĂ©rĂȘt de l’État (p. 171) ». À la terre, Ă  la mer, au ciel et au monde sous-marin s’ajoutent dorĂ©navant l’espace interstellaire, les tĂ©lĂ©communications et le cyberespace ainsi que la culture, les ressources naturelles, l’environnement, la religion et l’économie. Ainsi les auteurs, fort critiques Ă  l’égard de l’Occident, qualifient-ils « le systĂšme financier et l’ordre Ă©conomique mondial actuels [
] de terrorisme financier (p. 192) » avec une nouvelle figure de la Terreur, le spĂ©culateur financier international. Les auteurs associent donc volontiers les attentats de Ben Laden aux mĂ©faits du milliardaire George Soros ! « Cette vision pan-domaines, insistent-ils enfin, est une des conditions de la survie et du dĂ©veloppement des États souverains modernes ainsi que de leur influence dans le monde (p. 170). »

L’ascension de la Chine implique de bien comprendre les cartes sinocentrĂ©es qui contribuent Ă  l’avĂšnement d’une Ăšre mondiale post-occidentale.

Bonjour chez vous !

Cette chronique hebdomadaire du Village planétaire a été diffusée sur Radio Libertés.

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