« Il y a cette sensation d’un thĂšme
qui revient encore et toujours.
Nous sommes en overdose de question juive,
de shoah, d’antisĂ©mitisme.
Cette sensation traduit l’omniprĂ©sence des Juifs.
Ils sont partout et contrĂŽlent tout.
La réalité est autre et je le démontre »

 

Entretien avec Gilles Falavigna, auteur de GĂ©opolitique de la question juive aux Ă©ditions de l’Æncre (Propos recueillis par Fabrice Dutilleul)

 

Il y a comme un malaise Ă  l’évocation de la question juive, un sentiment de dĂ©jĂ -vu. Tout n’a-t-il pas dĂ©jĂ  Ă©tĂ© dit ?

Vous touchez un point fondamental de la question juive, celui du fantasme, de l’irrationnel constituant de la question juive et de l’inversion des rĂ©alitĂ©s avec leur ressenti.

Je vous rĂ©pondrai que non, tout n’a pas Ă©tĂ© dit. En premier lieu, je mets en Ă©vidence la nature de cette question juive depuis sa source, son essence. La surprise de ceux avec qui j’échange sur le sujet tĂ©moigne que l’essentiel n’est pas connu et l’essentiel est Ă©norme, stupĂ©fiant. Ensuite, et c’est Ă©galement l’intĂ©rĂȘt de la question, il y a cette sensation d’un thĂšme qui revient encore et toujours. Nous sommes en overdose de question juive, de shoah, d’antisĂ©mitisme. Cette sensation traduit l’omniprĂ©sence des Juifs. Ils sont partout et contrĂŽlent tout. La rĂ©alitĂ© est autre et je le dĂ©montre. Mais ce qui m’intĂ©resse est de comprendre pourquoi cette sensation est diamĂ©tralement l’inverse de la rĂ©alitĂ©, pourquoi nous la dĂ©veloppons. L’inversion des valeurs suit l’inversion des faits. Le nĂ©gationnisme dĂ©marre dĂšs la fin de la guerre, durant le procĂšs de Nuremberg. Le nĂ©gationniste Paul Rassinier, maĂźtre Ă  penser de Faurisson, attaque en justice la LICRA de l’époque en 1964 pour diffamation. Le nĂ©gationnisme, en toute logique, devrait ĂȘtre rĂ©actif Ă  l’affirmation de la Shoah. Les faits tĂ©moignent de l’inverse ! Cette inversion-substitution est la matrice de la question juive depuis 2000 ans. Enfin la question est des plus actuelles avec le Moyen-Orient dont la consĂ©quence directe se dĂ©place avec les « migrants », terminologie moins pĂ©jorative qu’immigrĂ©s. Tout n’est pas dit car la question juive est au cƓur du conflit au Moyen-Orient. Il reste en devenir et annonciateur des plus grandes catastrophes.

En quoi sommes-nous concernés par la question juive au Moyen-Orient ?

Nous pourrons revenir sur la question morale, mais pas comme on peut l’imaginer. Le drame de l’Occident est d’avoir gĂ©nĂ©rĂ© une morale contre-nature. Notre vision est faussĂ©e. Nous sommes concernĂ©s parce que la sociĂ©tĂ© est mondialisĂ©e. L’approche ne peut ĂȘtre que globale. Il y a l’axe du Bien et en consĂ©quence, il y a l’axe du Mal. Une autre approche n’est possible que libĂ©rĂ©e de l’ordre moral. Nous avons, alors, l’universalisme d’un cĂŽtĂ©. Nous avons la volontĂ© d’un peuple Ă  l’autodĂ©termination de l’autre. La question juive a Ă©voluĂ© en question sioniste. La question est toujours la mĂȘme. Le Sionisme reprĂ©sente la volontĂ© d’un peuple Ă  l’autodĂ©termination. La crĂ©ation et l’existence d’IsraĂ«l marquent la matĂ©rialisation de cette volontĂ©. L’Islam reprĂ©sente l’universalisme. C’est tout l’enjeu du Moyen-Orient. C’est tout l’enjeu de la constitution de Daesh. L’universalisme, c’est bien. La diffĂ©rence, c’est mal. Quand se dessine l’élimination de l’Europe, ne croyez-vous pas que le droit Ă  exister qu’un peuple s’attribut nous concerne ? Le comble de l’ironie est toujours dans cette inversion-substitution : nous assimilons le Sionisme Ă  l’universalisme. Et plus profondĂ©ment, l’axe du Bien existe parce que la gĂ©opolitique est de la mĂ©tapolitique. Elle est autant idĂ©aliste que rĂ©aliste. On ne peut comprendre les affaires du monde qu’avec la connaissance culturelle des autres. La victoire de l’universalisme commence quand nous imaginons que les autres fonctionnent comme nous fonctionnons. Le « pas d’amalgame » y est une valeur refuge. Les yeux ne voient que ce qu’ils sont prĂ©parĂ©s Ă  voir.

Pourtant, l’Islam est largement rejetĂ©. L’identitĂ© europĂ©enne n’est-elle pas en mesure de rĂ©sister ?

Nous sommes en guerre et la nature de cette guerre porte sur l’identitĂ©. Un rĂ©vĂ©lateur fort a fait suite aux viols de Cologne du jour de l’an. Une victime s’est excusĂ©e auprĂšs de ses bourreaux. Elle Ă©crit sur les rĂ©seaux sociaux : « Un viol dure quelques minutes. Le racisme dure toute une vie ». Le symptĂŽme permet le diagnostique.

Le racisme est largement considĂ©rĂ© comme le mal absolu. L’antiracisme Ă©crase de sa majestĂ© morale le viol de masse ou les horreurs les plus immondes. L’antiracisme est un absolu dans notre sociĂ©tĂ© occidentale. La mise en avant de l’argument antiraciste est un tĂ©moignage d’intĂ©gration sociale. L’antiracisme est le modĂšle de la compatibilitĂ© de l’Islam avec l’Occident. Par sa nature universaliste, l’islam ne connaĂźt pas le racisme. L’Occident, en portant l’antiracisme comme valeur premiĂšre, assure sa compatibilitĂ© avec l’Islam qui doit ĂȘtre d’abord acceptĂ© et qui pourra, ensuite, s’imposer. Toute autre valeur que l’antiracisme ne sera que consĂ©quente de cette premiĂšre.

C’est en cela que l’Islamophilie utilise l’argument antiraciste. Que l’islamophobie soit associĂ©e au racisme devient Ă©galement un combat majeur. Fin de l’Histoire tant que nous n’aurons pas intĂ©grĂ© le modĂšle moral associĂ© au sionisme en tant qu’autodĂ©termination d’un peuple. Sous cet angle, la question juive est primordiale.

Ne craignez-vous pas que vos thÚses vous cataloguent comme agent sioniste ?

Je ne suis pas Juif et c’est aux miens que je m’intĂ©resse. Quand il n’y a plus de prĂ©fĂ©rence nationale, la nation disparaĂźt. Je mets en Ă©vidence un modĂšle. Il s’agit d’un peuple qui prĂ©serve de maniĂšre incroyable son identitĂ©, sa terre, sa foi. Il le fait depuis toujours, et ce n’est pas un euphĂ©misme, en environnement hostile. Je vois que ce modĂšle rĂ©ussit et je vois que nous sommes inscrits dans ce modĂšle. Cataloguer en agent sioniste, c’est se positionner sur un Ă©chiquier moral dans lequel je n’évolue pas. Je l’abordais juste avant. C’est Ă©galement mĂ©connaĂźtre le Sionisme. Ceux qui auront cette posture sont dĂ©jĂ  vaincus car il faut connaĂźtre son ennemi pour le vaincre. Ils sont Ă©galement vaincus car ils se trompent d’ennemis. Pour ma part, je n’ai jamais vu de Juif Ă©gorger un EuropĂ©en au cri de « Hachem est grand ». C’est trĂšs simple en rĂ©alitĂ©. Il y a le fantasme et il y a la rĂ©alitĂ©. La thĂšse que je dĂ©veloppe invite Ă  vivre dans la vraie vie.

GĂ©opolitique de la question juive, Gilles Falavigna, Éditions de L’Æncre, collection « Patrimoine des religions », dirigĂ©e par Philippe Randa, 240 pages, 27 euros. (pour commander : www.francephi.com)

A propos de l'auteur

Collaborateur du site Francephi.com, spécialisé dans les entretiens politiques, historiques et littéraires.

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