Radovan Karadzic vient d’ĂȘtre condamnĂ© Ă  40 ans de dĂ©tention. Pour gĂ©nocide, crimes contre l’humanitĂ© et crimes de guerre commis pendant la guerre en Bosnie, notamment « en tant qu’individu » de persĂ©cutions, meurtres, viols, traitements inhumains, transferts forcĂ©s et responsable de prise d’otages, etc., etc., etc. dans plusieurs municipalitĂ©s ainsi qu’à Sarajevo


Lorsqu’on veut noircir Ă  toutes forces un ennemi vaincu, on ne lĂ©sine pas sur ses infamies, rĂ©elles, supposĂ©es ou inventĂ©es si besoin est ; et plus on en rajoute, plus il est certain que l’opinion du public accepte celle du vainqueur plus facilement encore.

La pratique n’est guĂšre nouvelle
 Rappelons le procĂšs pour sorcellerie d’une certaine Jeanne d‘Arc par un Ă©vĂȘque fort justement nommĂ© Cauchon ou, plus proche de nous, ces procĂšs de Moscou intentĂ©s avant-guerre par Joseph Staline pour Ă©purer le Parti bolchevique
 ou encore, en 1946, celui de Nuremberg par les AlliĂ©s, Ă  l’encontre des responsables du IIIe Reich.

Comme l’indique Aristide Leucate sur le site Boulevard Voltaire : « Par dĂ©finition, dans son sens contemporain (plĂ©onasme), la justice internationale est une justice de vainqueurs. »

Et de rappeler la dĂ©claration du dĂ©putĂ© Thierry Mariani (LR) Ă  sputniknews.com aprĂšs la condamnation de Radovan KaradĆŸić s’insurgeant que l’on ait condamnĂ© : «   les massacres dans un seul sens. Quand on regarde ce qui s’est passĂ©, les massacres, malheureusement se sont dĂ©roulĂ©s dans les deux camps. S’il est avĂ©rĂ© qu’il (Radovan KaradĆŸić, ndlr) est responsable de certains massacres, il serait aussi normal que ceux qui ont Ă©tĂ© dans l’autre camp responsables des massacres soient aussi condamnĂ©s. Le problĂšme, c’est que l’Histoire est souvent Ă©crite par les vainqueurs. »

Haro donc sur le vaincu, « malheur Ă  lui » comme on disait dĂ©jĂ  du temps de CĂ©sar
 Il est certain Ă©galement que les treize annĂ©es de cavale de l’ancien chef politique des Serbes de Bosnie n’ont pas incitĂ© les Juges Ă  quelque clĂ©mence qu’il n’attendait d’ailleurs pas de leur part
 et encore moins l’extrĂȘme popularitĂ© dont il jouit toujours parmi de nombreux Serbes pour qui il reste, et restera, n’en doutons pas, un « hĂ©ros » de la guerre de Serbie
 pays oĂč il n’est pas (encore) interdit de contester l’opprobre internationale qui frappe leurs anciens dirigeants : hier l’ancien prĂ©sident Slobodan Milosevic mort en 2006 au cours de son procĂšs et aujourd’hui le septuagĂ©naire ancien prĂ©sident de l’entitĂ© des Serbes de Bosnie, la Republika Srpska.

Ce dernier a notamment Ă©tĂ© accusĂ© d’avoir ourdi de « diviser » la Bosnie et de « chasser Ă  jamais musulmans et Croates des territoires revendiquĂ©s par les Serbes de Bosnie » ; quelques esprits chagrins pourraient faire remarquer que les musulmans bosniaques ont entrepris, depuis une indĂ©pendance obtenue grĂące aux tapis de bombes des avions de l’OTAN, une assez spectaculaire « épuration des Serbes » sans que cela ne tracasse outre mesure les Juges du Tribunal International de La Haye


A propos de l'auteur

Philippe Randa

Directeur du site EuroLibertĂ©s. Ancien auditeur de l’Institut des Hautes Études de DĂ©fense Nationale, chroniqueur politique, Ă©diteur (Ă©ditions Dualpha, DĂ©terna et L'Æncre) et auteur de plus d’une centaine de livres. SociĂ©taire de l’émission « Bistrot LibertĂ© » sur TVLibertĂ©s, il co-anime avec Roland HĂ©lie l'Ă©mission « SynthĂšse » sur Radio LibertĂ©s tous les jeudi. Ses chroniques politiques sont publiĂ©es chaque annĂ©e en recueil sous le titre : « Chroniques barbares ».

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