PEGIDA organise presque chaque lundi des rassemblements Ă  Dresde, dans l’Est de l’Allemagne, contre l’islamisation de l’Occident. Qu’en pensez-vous ? Une branche de PEGIDA existe aussi Ă  Duisbourg, ville situĂ©e Ă  80 km de Cologne. Entretenez-vous des relations avec cette organisation ?

PEGIDA, c’est gĂ©nial ! Un mouvement plein d’authenticitĂ©, qui a Ă©tĂ© lancĂ© par quelques personnes avant de devenir une large organisation de masse qui dĂ©file chaque semaine dans Dresde.

Lors des dĂ©buts de PEGIDA, celui qui dirigeait pro Köln Ă  l’époque n’a hĂ©las pas compris qu’il devait prendre contact avec ce mouvement et ses fondateurs. Plus tard, pro Köln a appelĂ© Ă  prendre part Ă  la manifestation qui s’est dĂ©roulĂ©e, suite aux attaques sexuelles commises par des migrants au Nouvel An, Ă  l’appel de PEGIDA RhĂ©nanie du Nord-Westphalie en janvier 2016 Ă  Cologne. De nombreux membres du parti ont participĂ© Ă  ce rassemblement.

Comment pouvez-vous expliquer que dans l’est de l’Allemagne [qui a connu le communisme], la population est plus patriote que dans l’ouest du pays ? Comment se fait-il qu’en Autriche, le patriotisme rencontre plus de succùs qu’en Allemagne ? Les catholiques sont-ils plus patriotes que les protestants ?

Alors que les Allemands de l’Ouest, sous la coupe des États-Unis, se sont concentrĂ©s Ă  l’époque de la guerre froide sur le fait de gagner de l’argent, en Allemagne de l’Est la population a connu deux Ă©vĂ©nements collectifs qui ont mis en cause les fondements de l’État et de ses organes et qui ont conduit Ă  leur discrĂ©dit : le 17 juin 1953 [insurrection rĂ©primĂ©e par les troupes d’occupation soviĂ©tiques] et le 9 novembre 1989 [chute du Mur de Berlin]. L’effondrement du communisme a montrĂ© que la rĂ©pression a une fin et a mis en avant la question de ce qu’il reste d’un État qui a trompĂ© et dissimulĂ©. Ces Ă©vĂ©nements donnent Ă  la population un sentiment d’appartenance collective. PlutĂŽt que les concepts communistes de « Jeunesse mondiale, RĂ©volution mondiale et SolidaritĂ© mondiale », de nombreuses personnes ont choisi « Patrie, Nation et Langue. »

En Autriche, c’est plutĂŽt peut-ĂȘtre que les peuples qui ont composĂ© autrefois l’Empire des Habsbourg n’ont pas voulu rester ensemble. Pourquoi les Autrichiens devraient-ils tenir Ă  une structure qui, de Prague Ă  Sarajevo, n’était pas souhaitĂ©e par sa population ? Ce qui motive le vote patriotique en Autriche est que les Turcs se trouvent de nouveau devant Vienne.

Les Églises, tant catholique que protestante, sont largement tributaires financiĂšrement de l’État. Une sĂ©paration de l’Église et de l’État est prĂ©vue par la Constitution, mais est factice dans de nombreux domaines. Toutes les universitĂ©s thĂ©ologiques sont entretenues financiĂšrement par l’État. De plus, celui-ci paye les traitements des Ă©vĂȘques et cardinaux. Au sein de l’Église protestante, ce n’est pas diffĂ©rent. Que ce soit dans les Ă©coles ou dans les hĂŽpitaux, l’Église prend en charge l’organisation et l’État paye les coĂ»ts. L’impĂŽt d’église, un reliquat de la Restauration aprĂšs l’époque des guerres napolĂ©oniennes, conduit Ă  la dĂ©pendance des Églises par rapport au gouvernement et Ă  leur soutien sans alternative Ă  la politique migratoire de la porte ouverte pratiquĂ©e par Angela Merkel.

Il existe des particularitĂ©s rĂ©gionales. La BaviĂšre s’est formĂ©e, dĂ©jĂ  sous le Roi Louis II, en opposition au reste de l’Allemagne en tant que nation culturelle et dispose d’un sentiment national propre. La Saxe, sous Auguste le fort, s’est distanciĂ©e en tant que nation culturelle de la Prusse. L’église Notre-Dame Ă  Munich (BaviĂšre) ou l’église Notre-Dame reconstruite Ă  Dresde (Saxe) sont des points de cristallisation au mĂȘme titre que le sont les slogans, en bavarois , « Nous sommes qui nous sommes » et Ă  Leipzig (Saxe) lors des manifestations de 1989 qui ont conduit Ă  la chute du communisme, « Nous sommes le peuple ».

La politique des frontiÚres ouvertes pratiquée par Angela Merkel a-t-elle amené de nombreux « réfugiés » à Cologne ?

Les soi-disant rĂ©fugiĂ©s ont Ă©tĂ© envoyĂ©s, selon une clĂ© de rĂ©partition, dans l’ensemble du pays. La RhĂ©nanie du Nord-Westphalie, qui compte prĂšs d’un quart de la population d’Allemagne, a reçu 24 % de tous les rĂ©fugiĂ©s. Officiellement, Cologne a eu en 2015 11 000 personnes, mais les chiffres officiels sont trafiquĂ©s et ne reflĂštent pas la rĂ©alitĂ©.

L’AfD (Alternative pour l’Allemagne) obtient de nombreux succĂšs Ă©lectoraux. Comment expliquez-vous cela ? Pouvez-vous envisager dans le futur une collaboration entre votre parti et l’AfD ?

L’AfD a eu le gros avantage Ă  ses dĂ©buts, sous la direction de Bernd Lucke, d’entrer par le centre, en tant que projet d’élites, au sein du paysage politique. La critique de l’euro en Ă©tait le fer de lance. La crise grecque faisait douter de nombreuses personnes du bien-fondé de la politique gouvernementale. La politique financiĂšre est un thĂšme Ă©ternel. Bernd Lucke avait des contacts avec les mĂ©dias et a pu faire connaĂźtre relativement rapidement le parti Ă  l’échelle nationale.

Le fait que l’AfD se soit orientĂ©e ensuite vers la droite, ce qui a entraĂźnĂ© le dĂ©part de Bernd Lucke et de son aile Ă©conomique libĂ©rale, a conduit Ă  un succĂšs encore plus important. La crise des « rĂ©fugiĂ©s » et la politique catastrophique des frontiĂšres ouvertes pratiquĂ©es par Angela Merkel ont apportĂ© alors de l’eau au moulin du parti.

Pro Köln voit l’AfD en tant que concurrent dĂ©mocratique qui dĂ©veloppe dans de nombreux domaines des positions comparables. Nous percevons leur succĂšs en tant que confirmation du bien-fondé de notre travail des vingt derniĂšres annĂ©es. Pro Köln a pavĂ© la route dans le domaine de la critique de l’islam. Nous n’avons pas rĂ©coltĂ© les fruits de notre labeur, mais nos idĂ©es ont pĂ©nĂ©trĂ© la population et dans d’autres pays d’Europe sont dĂ©jĂ  majoritaires.

L’AfD a dĂ©cidĂ© de ne pas travailler avec pro Köln car ce dernier a Ă©tĂ© placĂ© autrefois dans le rapport de l’Office fĂ©dĂ©ral de protection de la Constitution. Depuis deux ans, pro Köln n’est plus apparu au sein de ce document. Lorsque pro Köln demandait une interdiction de la burqa, c’était selon le rapport de l’Office fĂ©dĂ©ral de protection de la Constitution anticonstitutionnel. De nos jours, la Cour europĂ©enne de justice a confirmĂ© la lĂ©galitĂ© de l’interdiction par la France du port de la burqa. La question est mĂȘme devenue d’actualitĂ© au sein de la CDU d’Angela Merkel.

Pro Köln poursuit son travail et espÚre que celui-ci portera ses fruits lors des élections municipales de 2020.

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