Ce livre, Ă©crit par David ElkaĂŻm, retrace Les guerres d’IsraĂ«l de 1948 Ă  nos jours. L’auteur est chercheur au Centre français de recherche sur le renseignement. Il a Ă©galement travaillĂ© au ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres et a enseignĂ© Ă  Sciences Po Paris. Depuis sa crĂ©ation, au sens littĂ©ral du terme, l’État HĂ©breu a dĂ» mener diffĂ©rentes guerres, subies ou provoquĂ©es, pour imposer Ă  ses voisins et Ă  la communautĂ© internationale son existence.

David ElkaĂŻm.

David ElkaĂŻm.

Dans son ouvrage trĂšs clair et pĂ©dagogique, ElkaĂŻm explique la genĂšse du sionisme. Il Ă©voque la figure de Theodore Herzl, l’auteur de Der Judenstaat (1), qui fut Ă©galement l’initiateur du « Fonds pour l’implantation juive pour l’achat de terres en Palestine Ă  l’empire ottoman. »

David ElkaĂŻm, Les guerres d’IsraĂ«l de 1948 Ă  nos jours (Tallandier).

David ElkaĂŻm, Les guerres d’IsraĂ«l de 1948 Ă  nos jours (Tallandier).

Herzl dĂ©veloppa en premier l’idĂ©e de fonder un État autonome juif. ElkaĂŻm prĂ©sente les accords Sykes-Picot et la dĂ©claration de Balfour de 1917 pour permettre aux lecteurs d’avoir une approche globale de ce vaste sujet. Il insiste Ă©galement sur les non-dits, les malentendus, les mensonges, l’hypocrisie voire la haine des diffĂ©rents protagonistes de cet imbroglio historique. Il montre Ă©galement les aberrations diplomatiques et militaires des pays arabes face Ă  leur ennemi commun. En effet, certains dirigeants arabes prĂ©fĂšrent favoriser l’individualisme que de privilĂ©gier l’union panarabe, au mĂ©pris de l’adage « l’union fait la force. »

Ainsi, les IsraĂ©liens en profitent pour jouer Ă  fond la carte divide et impera (2), afin de s’imposer comme les maĂźtres de la rĂ©gion, ce qu’ils sont rĂ©ellement devenus.

En rĂ©alitĂ©, Ă©crire sur les guerres d’IsraĂ«l revient, de fait, Ă  se plonger dans l’histoire complexe et passionnante du Proche-Orient, bien avant la naissance de cet État : « Au lendemain de la Ire Guerre mondiale, le Proche-Orient entre dans une pĂ©riode de recomposition comparable Ă  celle qu’a connue l’Europe au cours du grand XIXe siĂšcle. DĂšs avant sa chute, le territoire de l’Empire Ottoman est ainsi dĂ©coupĂ© en vertu de deux principes souvent contradictoires : d’une part, le droit des peuples Ă  disposer d’eux-mĂȘmes et, d’autre part, les ambitions rĂ©gionales des puissances coloniales britannique et française. »

Il convient de ne pas oublier le contexte religieux bouillonnant qui augmente les difficultĂ©s d’une situation dĂ©jĂ  bien complexe.

Bien avant la proclamation de leur État, le 14 mai 1948, les sionistes comprennent la nĂ©cessitĂ© impĂ©rieuse de combattre sur tous les plans pour imposer leur lĂ©gitimitĂ©. Ainsi, la doctrine militaire israĂ©lienne repose sur « un triangle sĂ©curitaire formĂ© par la dissuasion, qui doit permettre de rĂ©duire le nombre de conflits, le dĂ©veloppement d’un vaste appareil de renseignements et d’un systĂšme d’alerte performant pour anticiper toute attaque, et la recherche d’une victoire incontestable par laquelle le potentiel miliaire ennemi est durablement dĂ©truit pour consolider la posture dissuasive. »

Comme le rappelle pertinemment l’auteur, « IsraĂ«l a lancĂ© dĂšs sa crĂ©ation un programme nuclĂ©aire qui lui a permis d’acquĂ©rir, notamment avec l’appui de la France, la bombe atomique Ă  la fin des annĂ©es 1960, bien que le pays refuse toujours de le reconnaĂźtre officiellement. »

IsraĂ«l fut donc aidĂ© par la France pour l’obtention de l’arme atomique. De plus, il est continuellement soutenu par les États-Unis d’AmĂ©rique et par bon nombre de pays occidentaux, Ă  tel point que « la chanceliĂšre Merkel a dĂ©clarĂ© le 18 mars 2008 devant la Knesset, que la sĂ©curitĂ© d’IsraĂ«l n’est pas nĂ©gociable et fait partie de la raison d’État de son pays. »

L’auteur prĂ©cise : « À partir des annĂ©es 1970, IsraĂ«l s’est imposĂ©, malgrĂ© l’épisode de la guerre du Kippour, comme la principale puissance militaire de la rĂ©gion, dĂ©sormais Ă  l’abri d’une attaque conventionnelle de la part de ses voisins. »

Cependant, les ennemis d’IsraĂ«l continuent leur combat nonobstant la disproportion des forces en prĂ©sence. D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale et comme le dit l’auteur, « si les groupes infra-Ă©tatiques, tels que le Hamas et le Hezbollah, continuent de mener des attaques, y compris contre des civils, les États arabes et l’organisation de libĂ©ration de la Palestine (OLP), qui refusaient jusqu’alors le partage de la Palestine, ont ainsi Ă©tĂ© contraints d’accepter, de facto ou de jure, son existence », ne serait-ce que pour s’asseoir Ă  la table des nĂ©gociations.

Toutefois, et malgrĂ© les oppositions incessantes envers l’État d’IsraĂ«l au Proche-Orient et dans le reste du monde, les combattants historiques, religieux, voire mystiques de l’État hĂ©breu, entendent, quoiqu’il arrive, mener leur projet Ă  terme : « Cependant, les idĂ©ologues n’ont pas dĂ©sarmĂ© et, aprĂšs celles de 1948, les conquĂȘtes territoriales rĂ©alisĂ©es en 1967 ont sonnĂ© leur rĂ©veil, lorsqu’en six jours IsraĂ«l s’est rendu maĂźtre de la bande de Gaza, du SinaĂŻ, de la Cisjordanie et du Golan. Victoire surprise pour les uns, signe divin pour les autres, cette guerre a Ă©tĂ© le point de dĂ©part de l’essor du mouvement nationaliste religieux qui veut construire le Grand IsraĂ«l, c’est-Ă -dire englobant la Cisjordanie oĂč les implantations n’ont cessĂ© de se dĂ©velopper. »

AprĂšs des dĂ©cennies de luttes armĂ©es, la paix apparaĂźt comme un horizon trĂšs lointain, pour ne pas dire plus. L’auteur Ă©crit : « À plusieurs reprises, les efforts dĂ©ployĂ©s par la communautĂ© internationale pour mettre fin aux violences et relancer le processus de paix Ă©chouent. Plusieurs accords de cessez-le-feu sont ainsi signĂ©s, mais ne sont respectĂ©s que trĂšs briĂšvement : un attentat-suicide, une attaque contre des civils ou des soldats, un assassinat extra-judiciaire et son cortĂšge de dommages collatĂ©raux, provoque la reprise des hostilitĂ©s. »

Mais le nombre de morts ne constitue pas l’essence mĂȘme de l’opposition Ă  IsraĂ«l, car le fond du problĂšme reste Ă  ce jour entier : la crĂ©ation de cet État Ă©tait-elle lĂ©gitime ? Depuis lors, respecte-t-il le droit international ?

ElkaĂŻm prend le soin de rappeler ce qui suit : « Compte tenu des violences qui ont suivi l’évacuation du Liban (2000) et de la bande de Gaza (2005) et de l’instabilitĂ© qui rĂšgne actuellement dans la rĂ©gion, la reprise des nĂ©gociations israĂ©lo-palestiniennes apparaĂźt peu probable Ă  court terme. Pourtant, un nombre croissant de voix, y compris issues de l’appareil sĂ©curitaire israĂ©lien, s’élĂšvent pour souligner les risques que la poursuite de l’occupation de la Cisjordanie reprĂ©sente pour IsraĂ«l : si le Jourdain devient sa frontiĂšre, IsraĂ«l ne pourra rester Ă  la fois juif et dĂ©mocratique. »

L’auteur ajoute en forme d’avertissement : « La seule façon de prĂ©server le caractĂšre juif et dĂ©mocratique de l’État d’IsraĂ«l et de perpĂ©tuer l’idĂ©al sioniste est donc de mettre fin au contrĂŽle qu’il exerce sur la Cisjordanie, dans le cadre de la solution Ă  deux États ». Les IsraĂ©liens pourront-ils ĂȘtre raisonnables ? L’avenir nous le dira.

L’auteur nous offre une vision complĂšte et parfois critique des guerres menĂ©es par IsraĂ«l, avec un livre Ă©quitable et une approche historique plutĂŽt objective. En effet, ElkaĂŻm n’hĂ©site pas Ă  critiquer certains agissements de Tsahal (3), prĂ©sentĂ©e par les diffĂ©rents gouvernements israĂ©liens comme « l’armĂ©e la plus morale du monde ».

Pareillement, il pointe du doigt les affaires de corruption touchant Benjamin Netanyahou et sa famille (4) pour tout simplement montrer qu’il n’existe pas d’un cĂŽtĂ© les gentils et de l’autre les mĂ©chants. Il opĂšre ce rappel salutaire pour expliquer qu’en thĂ©orie les IsraĂ©liens doivent ĂȘtre irrĂ©prochables. ElkaĂŻm retrace avec talent l’histoire politico-militaire du Proche-Orient depuis 1948 dans toute sa complexitĂ©, en nous prĂ©sentant les rĂ©alitĂ©s d’un conflit militaire asymĂ©trique qui provoque, hĂ©las, la mort de milliers d’innocents depuis trop d’annĂ©es.

Notes

(1) L’État Juif est le titre du livre publiĂ© en 1896 par Theodor Herzl. Il est actuellement disponible aux Ă©ditions DĂ©terna (pour le commander, cliquer ici).

Celui-ci reste considéré comme le fondateur du sionisme. Dans son ouvrage, il analyse la question juive et développe deux idées, selon lui, fondamentales :

– Les peuples du monde ne pourront supporter, Ă  longue Ă©chĂ©ance, ni le peuple d’IsraĂ«l en leur sein, ni son particularisme religieux, ni ses leaders, ni sa mentalitĂ©.

– L’antisĂ©mitisme grandissant, Ă  la base du rĂ©veil national du peuple d’IsraĂ«l, obligera, tĂŽt ou tard, les peuples du monde Ă  trouver une solution adĂ©quate Ă  ce problĂšme.

Dans son livre, Ă©crit en moins de deux mois, il dĂ©veloppe Ă©galement l’organisation interne du futur pays.

Theodor Herzl.

Theodor Herzl.

L'État juif (Editions DĂ©terna).

L’État juif (Editions DĂ©terna).

(2) Diviser pour régner. La maxime divide et impera est attribuée à Philippe II de Macédoine.

(3) L’ArmĂ©e de dĂ©fense d’IsraĂ«l (en hĂ©breu Tsva Haganah LeIsrael) dĂ©signĂ©e par l’acronyme Tsahal est l’armĂ©e de l’État d’IsraĂ«l.

(4) Les faits reprochés à Benjamin Netanyahou sont, à ce jour, les suivants : corruption, abus de confiance et prévarication.

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