Ainsi, la Corée du Nord a procédé à un sixiÚme essai nucléaire 9,8 fois plus puissant que le précédent


Deux secousses consĂ©cutives ont Ă©tĂ© enregistrĂ©es au pays de Kim Jong-Un. La premiĂšre, d’une magnitude de 6,3 ; la seconde de 4,6. Il s’agit bien cette fois selon toute vraisemblance d’une bombe Ă  fusion thermonuclĂ©aire.

Bombe A Bombe H

L’essai prĂ©cĂ©dent dĂ©jĂ  prĂ©sentĂ© comme tel, avait ratĂ© l’amorçage. Un peu de physique explicative : une bombe atomique fonctionne en dĂ©sintĂ©grant des atomes de plutonium dont une partie de la masse est transformĂ©e en Ă©nergie. La bombe dite « à hydrogĂšne » fusionne des atomes de tritium et d’hydrogĂšne lourd (ou deutĂ©rium) pour aboutir Ă  la synthĂšse d’un atome d’hĂ©lium, lĂ  encore avec perte de masse sous forme d’énergie. Mais fusionner deux atomes impose de forcer leur barriĂšre de rĂ©pulsion Ă©lectropositive pour rĂ©unifier leurs protons. C’est sur ce problĂšme que butent les essais de fusion contrĂŽlĂ©e.

En revanche, l’utilisation de l’énergie d’une bombe atomique permet prĂ©cisĂ©ment ce forçage, mais
 incontrĂŽlé ! L’intĂ©rĂȘt militaire apparaĂźt vite : si on prend pour unitĂ© le kilo tonne de TNT, l’un des plus puissants explosifs chimique, l’énergie maxi d’une bombe A culmine Ă  10 millions de tonnes de TNT.

Au contraire, par un enchaĂźnement de fission, fusion, fission, l’énergie d’une bombe Ă  fusion peut ĂȘtre thĂ©oriquement augmentĂ©e indĂ©finiment. Les SoviĂ©tiques avaient testĂ© en 1954 une bombe de 57 millions de tonnes de TNT (et pourtant volontairement limitĂ©e !).

Techniquement, c’est effroyablement compliquĂ©, il faut maĂźtriser la rĂ©flexion de rayons X, les synchronisations qui se calculent en milliardiĂšmes de seconde
 Bref, la CorĂ©e du Nord sait dĂ©sormais le faire.

Le Pays du Matin calme s’est dotĂ© de cette technologie par l’intermĂ©diaire d’Abdul Qadeer Khan. PĂšre de la bombe atomique pakistanaise, cet ingĂ©nieur remarquable a su Ă©galement profiter de sĂ©jours en Allemagne et en Hollande pour se livrer Ă  un espionnage industriel Ă©hontĂ©. MĂ©chantes langues ou obsĂ©dĂ©s du complot, d’aucuns prĂ©tendent que cet espionnage fut facilitĂ© par les États-Unis qui ne voyaient que des avantages Ă  surarmer le Pakistan face Ă  l’Inde.

Toujours est-il qu’une fois maĂźtrisĂ©e la technologie nuclĂ©aire, tout spĂ©cialement celle des centrifugeuses de sĂ©paration isotopiques, Abdul s’est ensuite fait un malin plaisir de la rediffuser Ă  l’Iran et
 Ă  la CorĂ©e du Nord !

CorĂ©e du Nord qui l’a proposĂ© Ă  son tour Ă  la Syrie en supervisant la construction dans la rĂ©gion de Deir Ez Zor de son rĂ©acteur nuclĂ©aire capable de produire du plutonium.

S’il n’y avait pas eu l’OpĂ©ration Orchard – les frappes israĂ©liennes prĂ©ventives menĂ©es contre ce rĂ©acteur nuclĂ©aire le 6 septembre 2007 – les djihadistes de Daesh qui contrĂŽlent le site pourraient disposer d’armement atomique. Faute d’avoir osĂ© la mĂȘme chose contre les sites de Natanz et Chalus en Iran et naturellement contre celui de Yongbyon en CorĂ©e, il reste les rodomontades de Trump et la gesticulation militaire.

Fin aoĂ»t 2017, la marine US a effectuĂ© au large d’HawaĂŻ un test de dĂ©fense antimissile avec des SM-6, tirĂ©s par le navire contre-torpilleur John Paul Jones, Ă©quipĂ© du systĂšme de dĂ©fense Aegis. Par ailleurs, les forces terrestres japonaises ont procĂ©dĂ© Ă  des exercices militaires mobilisant 2 400 soldats, 80 chars de combat et 20 avions. Le budget de la dĂ©fense nationale du Japon atteindra en 2018 l’équivalent de 40 milliards d’euros. En jeu, la suprĂ©matie sur les Ăźles Senkaku, ou Diaoyutai revendiquĂ©es par la Chine et naturellement les menaces de la CorĂ©e du Nord. De son cĂŽtĂ© et en prĂ©alable Ă  son essai nuclĂ©aire, le rĂ©gime de Kim Jong-Un a tirĂ© le 26 aoĂ»t trois missiles de courte portĂ©e depuis le site de Kittaeryong dont l’un a survolĂ© le nord du Japon.

En rĂ©ponse, l’armĂ©e de l’air sud-corĂ©enne a organisĂ© un exercice de bombardement Ă  munitions rĂ©elles par quatre chasseurs F-15 conjointement avec le dĂ©ploiement par les États-Unis de chasseurs furtifs F-35B Ă  dĂ©collage vertical et de deux bombardiers amĂ©ricains B-1 en provenance de Guam.

Toute cette escalade en mer de Chine sur fond d’atome laisse goguenarde la Russie qui, histoire de jeter un peu d’huile sur le feu, affirme maĂźtriser les contre-mesures Aegis, inquiĂšte le Japon, fait beaucoup rĂ©flĂ©chir la CorĂ©e du Sud, dĂ©clenche les Ă©ructations de Trump (dont l’alliĂ© philippin devient versatile), mais laisse parfaitement impavide Kim Jong-Un, dĂ©sormais intouchable et dont l’intĂ©rĂȘt, trĂšs clairement, est d’en rajouter ! Bravo l’artiste !

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