La guerre entre l’ArmĂ©nie et l’AzerbaĂŻdjan pour conserver le Haut-Karabagh, peuplĂ© Ă  une Ă©crasante majoritĂ© d’ArmĂ©niens, a repris ces derniers jours, causant la mort de plusieurs centaines de personnes, combattants et non combattants. DotĂ©e d’un armement russe dernier cri, l’armĂ©e armĂ©nienne tend Ă  s’imposer sur le terrain, ce qui amĂšne l’armĂ©e azĂ©rie Ă  s’en prendre Ă  des populations civiles, usant ainsi de l’arme des lĂąches.

C’est dans ce contexte que le prĂ©sident turc Recep Erdogan a ajoutĂ© de l’huile sur le feu, en apportant un soutien total Ă  l’AzerbaĂŻdjan, au nom de l’islamitĂ© turque. Ainsi a-t-il tenu Ă  prĂ©ciser qu’il souhaitait que « nos frĂšres AzerbaĂŻdjanais triomphent de ces combats avec le moins de pertes possibles » et mĂȘme qu’il convenait de soutenir « l’AzerbaĂŻdjan jusqu’au bout ». Ce soutien total du gouvernement turc, alors que pour le moment la Russie a conservĂ© une attitude neutre, n’est pas un hasard.

Erdogan se sent en effet en position de force, avec des dirigeants d’Europe occidentale se traĂźnant Ă  ses pieds en Ă©change de son bon vouloir afin de conserver les Syriens et autres migrants Ă©conomiques musulmans sur son sol ; des Syriens qui n’auraient jamais quittĂ© leur pays si Erdogan n’avait encouragĂ©, avec la pathĂ©tique complicitĂ©, lĂ  encore, des dirigeants occidentaux, la rĂ©bellion islamique, et jusqu’à Daesh inclus, comme ne cessent de le rĂ©pĂ©ter les medias russes, preuves Ă  l’appui.

Le vĂ©ritable scandale, c’est que ce soutien Ă  un ennemi traditionnel du peuple armĂ©nien ne semble gĂȘner personne Ă  Paris ou Ă  Berlin.

« Qui se souvient du massacre des ArmĂ©niens ? », disait jadis un dirigeant allemand de sinistre mĂ©moire. Tous les vrais EuropĂ©ens l’ont pourtant bien Ă  l’esprit. Une fois encore, face Ă  un peuple frĂšre, les dirigeants europĂ©ens tournent le dos. Seules des nations d’Europe, la Russie ne tournera pourtant pas le sien bien longtemps, d’autant plus qu’elle a dĂ©sormais un contentieux personnel avec la Turquie depuis qu’un de ses chasseurs a Ă©tĂ© abattu et son pilote massacrĂ© une fois au sol.

Cet exemple dĂ©voile toute la duplicitĂ© du chef de l’État turc, mĂȘme si depuis quelques mois il ne se cache mĂȘme plus et avance jour aprĂšs jour ses pions sans rencontrer de rĂ©sistance. Il a ainsi pu rĂ©activer la guerre au Kurdistan au moment oĂč il sentait que son parti, l’AKP, flĂ©chissait dans l’opinion, rĂ©cupĂ©rant notamment Ă  son profit des voix nationalistes issues du MHP (« Loups gris ») lui offrant une majoritĂ© au parlement.

L’Union EuropĂ©enne va-t-elle enfin apprendre Ă  lui parler la voix de la force, au lieu de n’avoir Ă  son Ă©gard que des paroles de miel, malgrĂ© les outrances et les provocations permanentes de ce sinistre personnage ? On peut malheureusement en douter, tant qu’elle ne parlera pas d’une seule voix et qu’elle ne se sera pas dotĂ©e de vĂ©ritables dirigeants. En attendant, l’arrogant Erdogan jubile. Mais l’ArmĂ©nie tiendra bon. Et demain la Russie saura lui rendre la raison.