Allemagne, sainte Allemagne ! Ce chant patriotique est redevenu celui de l’Allemagne de 2017. Pas officiellement bien sĂ»r. Ce serait faire appel Ă  des souvenirs honnis. Mais au fond cette « Sainte Allemagne » sacrĂ©e, cette Allemagne Â«Â ĂŒber alles », au-dessus de tout le monde, n’est-elle pas celle de la 4e puissance Ă©conomique du monde, de la 1re puissance exportatrice en rĂ©sultat de sa balance extĂ©rieure, de la 1re puissance europĂ©enne, de la donneuse d’ordre Ă  la Banque centrale europĂ©enne installĂ©e Ă  Francfort d’ailleurs pour faire plus simple ?

Cette Allemagne aux insolents succĂšs, mais dont la politique tiĂšde et inconsistante, jusqu’à prĂ©sent aux ordres des USA et toujours timorĂ©e devant une Russie qui l’a Ă©crasĂ©e, est encore l’hĂ©ritiĂšre de sa dĂ©faite de 1945.

Cette Allemagne incolore, inodore et sans saveur sur tous les plans, Ă  l’international notamment, qui conserve un profil bas en toutes circonstances, n’est-elle pas prisonniĂšre de sa totale soumission et de sa profonde repentance Ă©ternelle de ses actes passĂ©s ?

Mais cela ne l’empĂȘche pas de savourer discrĂštement sa victoire Ă©conomique et le retour de son immense influence en Europe centrale et de l’est, qui ne vit que par elle et ses marchĂ©s.

L’Allemagne rĂ©pugne ostensiblement Ă  augmenter ses dĂ©penses militaires, d’un montant de 1,2 % seulement de son PIB.

« Notre budget de dĂ©fense montre que nous ne sommes pas parvenus au niveau oĂč nous devrions ĂȘtre du point de vue des attentes de nos partenaires de l’Otan. Je sais qu’il reste du chemin Ă  parcourir pour parvenir Ă  l’objectif de l’Otan de 2 % pour les dĂ©penses de dĂ©fense et je ne peux pas faire la promesse que nous y parviendrons dans un avenir proche. [
] Mais nous devons clairement montrer que nous visons cet objectif et que nous voulons l’atteindre » a commentĂ© Angela Merkel rĂ©cemment.

Si l’Allemagne augmente, avec « souffrances » apparemment, ses dĂ©penses militaires, c’est bien pour ĂȘtre conforme aux injonctions de l’OTAN, mais pas pour autre chose
 La Sainte Allemagne est bien en odeur de saintetĂ©, qu’on se le dise.

Cette Allemagne aseptisĂ©e, de tendance centre-droit/centre-gauche, trĂšs courageusement, avec une bonne dose de Verts aux environs des 10 Ă  12 % des voix, pour bien montrer son cĂŽtĂ© attentif Ă  la nature, Ă  l’environnement et au libertarisme, cette Allemagne ne laisse pas de nous surprendre.

Pays de la paix universel, aux opinions tellement modĂ©rĂ©es qu’on a du mal Ă  les cerner, traumatisĂ© et asexuĂ© depuis plus de 70 ans, l’Allemagne voit surgir depuis peu un parti populiste !

En Allemagne, c’est presque incroyable. Il y avait bien le parti « nĂ©onazi » NPD que le gouvernement cherche Ă  interdire depuis longtemps sans succĂšs – et encore au mois de janvier 2017. Mais avec autour de 1 % des voix en moyenne, avec des pointes Ă  4 %, depuis 50 ans, le NPD ne peut troubler personne.

D’autant plus que depuis l’arrivĂ©e en force de l’AfD (Alternative fĂŒr Deutschland), crĂ©Ă© en fĂ©vrier 2013, le NPD s’est effondrĂ© du peu oĂč il Ă©tait encore.

L’AfD, portĂ© par le mouvement anti-immigration PEGIDA (Patriotische EuropĂ€er gegen die Islamisierung des Abendlandes) crĂ©Ă©, lui, en 2014 pour lutter contre les vagues d’immigration islamique en Allemagne voulues par Angela Merkel, est eurosceptique, pour la sortie de la zone euro, pour une Europe des États-Nations souverains


Selon un sondage de l’institut Emnid paru dans Bild am Sonntag, il serait en mesure d’obtenir 12 % des voix aux prochaines Ă©lections lĂ©gislatives de 2017, ce qui en ferait dĂ©sormais la troisiĂšme force politique du pays, derriĂšre la CDU-CSU (34 %) et le SPD (23 %), mais devant Les Verts (11 %) et le parti de gauche radicale Die Linke (9 %).

Cette timide renaissance d’une Allemagne plus autonome et libĂ©rĂ©e de ses contraintes historiques ressemble Ă  ce qui se passe depuis plus longtemps en Autriche avec le FPÖ qui vient d’effleurer les portes du pouvoir en dĂ©cembre dernier, en France avec un Front National qui caresse les mĂȘmes rĂȘves, en Hongrie, en Pologne, oĂč le pouvoir est dĂ©jĂ  entre les mains de mouvements dits « populistes ».

Tous ces partis sont nationalistes, patriotes, et opposĂ©s Ă  toute structure de dimension europĂ©enne, quelle qu’elle soit. L’isolement de l’Allemagne, retranchĂ©e dans ses succĂšs Ă©conomiques et financiers, n’est pas prĂšs d’en finir dans ces conditions.

Or, un isolement souverain doublĂ© d’une domination Ă©crasante ne peuvent qu’ĂȘtre inquiĂ©tants pour l’Europe et ses Ă©quilibres futurs, surtout aprĂšs que la Grande Bretagne a dĂ©jĂ  quittĂ© l’Europe.

En 1919, on disait : « L’Allemagne paiera » (ses dettes de guerre
 jusqu’en 1984 !). On a pu voir oĂč cela a menĂ©. Aujourd’hui, on peut se demander si ce n’est pas l’Europe qui va payer ses longues erreurs politiques, bureaucratiques et financiĂšres.

L’Allemagne domine dĂ©jĂ  la moitiĂ© de l’Europe. Une enquĂȘte rĂ©alisĂ©e en avril 2016 a rĂ©vĂ©lĂ© que plus de 70 % des Allemands se prononçaient en faveur de la levĂ©e de sanctions infligĂ©es par l’UE Ă  la Russie.

Vers un nouveau pacte germano-russe ? Vers un isolement d’une Europe de l’ouest « amputĂ©e » de la Grande-Bretagne et rĂ©duite aux pays latins plus le Benelux et qui s’entĂȘtent Ă  haĂŻr la Russie ?

L’Europe des peuples reste à faire. Long chemin.

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