Quand on est un vrai EuropĂ©en, c’est-Ă -dire un EuropĂ©en convaincu qu’il n’y a pas de salut en dehors de l’unitĂ© combative du continent, et que l’on rejette le souverainisme surannĂ©, il n’y a pas de quoi s’offusquer de l’intrusion rĂ©cente dans la vie politique française d’Angela Merkel. Celle relative Ă  la montĂ©e du populisme qu’elle a contribuĂ© Ă  crĂ©er dans son pays et Ă  l’accentuer chez les voisins. En effet, la meilleure façon de lui rĂ©pondre est de la mettre devant ses propres responsabilitĂ©s, et, si elle ne les prend pas, de lui dire avec d’autres Allemands qui ont commencĂ© Ă  le faire : Merkel mussweg ! (1)

L’amorce d’un dĂ©bat europĂ©en ?

L’ingĂ©rence, entre des EuropĂ©ens qui sont tous dans la mĂȘme galĂšre, doit ĂȘtre rĂ©ciproque pour ĂȘtre lĂ©gitime. Et, elle devient une trĂšs bonne chose si elle peut favoriser l’europĂ©anisation des dĂ©bats. Les EuropĂ©ens, Ă  leur tour, ont le droit de mettre en cause la politique d’immigration forcĂ©e de Madame Merkel, et le risque qu’elle leur fait courir Ă  tous, Ă  moyen terme : celui d’un vĂ©ritable auto ethnocide.

Face Ă  une question aussi vitale que l’immigration de masse, ne serait-il pas lĂ©gitime, sachant que le Parlement europĂ©en ne peut, ou ne veut, rien faire, et compte tenu que nos pays sont des dĂ©mocraties, de consulter leurs peuples en organisant dans TOUTE l’Union europĂ©enne des rĂ©fĂ©rendums sur la question des migrants et des rĂ©fugiĂ©s ?

L’Autriche, un test grandeur nature ?

Sans attendre qu’une telle dĂ©marche soit mise en route, on peut se demander si, Ă  leur façon, les Ă©lections prĂ©sidentielles autrichiennes n’en sont pas une premiĂšre concrĂ©tisation. En effet, personne ne contestera que l’arrivĂ©e en tĂȘte, au premier tour, du candidat du FPÖ, s’explique avant tout par le refus du peuple autrichien d’ĂȘtre submergĂ© par le dĂ©ferlement migratoire qui vient de commencer, et qui n’est rien par rapport Ă  ce qui s’annonce.

L’arrivĂ©e Ă©ventuelle au pouvoir suprĂȘme en Autriche, on le saura dans moins d’un mois, dans un pays aussi proche et de la mĂȘme langue maternelle que l’Allemagne, de Monsieur Norbert Hofer, a de quoi alarmer Madame Merkel. Si l’hypothĂšse devient rĂ©alitĂ©, l’Autriche va ĂȘtre, de quelque cĂŽtĂ© que l’on se place, celui de l’ingĂ©rence, ou celui de la solidaritĂ©, le test grandeur nature par excellence. Berlin fera tout pour isoler l’Autriche, et pour faire tomber son nouveau prĂ©sident au plus vite, si possible avant qu’il ne puisse se faire seconder par un exĂ©cutif de la mĂȘme majoritĂ© que lui, Ă  la suite de nouvelles Ă©lections lĂ©gislatives. Face Ă  l’ingĂ©rence, l’Autriche peut-elle alors compter sur des solidaritĂ©s en Europe ?

C’est ici que l’affaire prendra une dimension stratĂ©gique fondamentale, et qui intĂ©resse tous ceux qui rĂȘvent d’un rĂ©veil de l’Europe. Soit le nouveau pouvoir autrichien choisit la voie du souverainisme forcenĂ©, du repli ombrageux, et il commencera ainsi par se fĂącher avec ses voisins europĂ©ens. Alors, l’ingĂ©rence bruxelloise, Ă  l’initiative de Madame Merkel, aura la tĂąche largement facilitĂ©e. Aucun État europĂ©en n’est en mesure, en effet, de dĂ©fier Ă  lui tout seul le systĂšme occidental en place.

Soit, au lieu de cela, au lieu de se barricader, l’Autriche s’apprĂȘte Ă  jouer le rĂŽle du « PiĂ©mont de l’Europe », de l’Europe retrouvĂ©e. Elle choisit alors de sonner l’heure de la rĂ©sistance europĂ©enne et du rassemblement. Elle pourrait le faire en menant de front deux initiatives. D’une part, en constituant un noyau dur au cƓur de l’Europe en se rapprochant de la Hongrie (ce qui semble naturel et ce qui serait un beau pied de nez de la dĂ©funte Double monarchie Ă  l’histoire), et d’autres États plus ou moins sur sa ligne. D’autre part, en soutenant Ă  travers tout le continent tous ceux qui, pour poursuivre l’analogie historique avec l’unification italienne, sont prĂȘts Ă  tenir le rĂŽle des « garibaldiens » de la cause europĂ©enne.

Alors, mais pas de la façon dont Madame Merkel l’espĂšre, mĂȘme si elle a pris rĂ©cemment parti pour une fermeture efficace des frontiĂšres mĂ©ridionales de la zone Schengen, les choses pourraient Ă©voluer en Europe. Si, enfin, les dĂ©bats pouvaient s’europĂ©aniser, celui sur l’immigration, mais d’autres encore, et si, bien entendu, un discours de dĂ©fense de toutes les authenticitĂ©s et de tous les intĂ©rĂȘts de l’Europe pouvait se dĂ©ployer, grĂące Ă  de nouveaux gouvernements populaires et Ă  des connexions partisanes qui Ɠuvreraient, tous ensemble, Ă  la rĂ©habilitation et Ă  la refondation de l’Europe.

Note

(1) Merkel dehors ! Merkel doit partir !

A propos de l'auteur

Gerard Dussouy

Professeur Ă©mĂ©rite Ă  l’UniversitĂ© Montesquieu de Bordeaux, oĂč il reste membre du Centre Montesquieu de Recherche Politique (CMRP). EuropĂ©en convaincu depuis toujours, il s’interroge avec inquiĂ©tude, aujourd’hui, sur le devenir des nations du continent. Dernier livre paru : « Contre l’Europe de Bruxelles. Fonder un Etat europĂ©en », prĂ©face de Dominique Venner (Tatamis, 2013).

Articles similaires