L’Afrique du Sud a votĂ© le 8 mai et, partant, a dĂ©signĂ© de facto son PrĂ©sident, le leader du parti qui obtient le plus grand nombre de dĂ©putĂ©s, sans compter, si nĂ©cessaire, les marchandages de derniĂšre minute.

Carte de l'Afrique du sud.

Carte de l’Afrique du sud.

Depuis avril 1994, c’est le rĂšgne du « one man, one vote », la catastrophique soumission de FrĂ©dĂ©rik De Klerk, dernier leader du grand Parti national. Ce parti qui fut, par excellence, le parti afrikaner, n’existe plus, il s’est immolĂ© et s’est dissous – un comble ! –, au sein de l’ANC avec ses derniers renĂ©gats en quĂȘte d’un poste ministĂ©riel ! L’Afrique du Sud des derniĂšres annĂ©es de l’apartheid, s’était pourtant bien « amĂ©liorĂ©e », si je puis dire. Les noirs, toutes ethnies confondues, majoritaires, pouvaient exercer leurs droits civiques dans leurs États d’origine, une dizaine, dont 4 indĂ©pendants, les fameux « TBVC », Transkei et Ciskei pour les Xhosas – l’ethnie de Mandela –, le Bophuthatswana pour les Tswanas et le Venda pour les
 Venda.

Plus 6 autres entitĂ©s autonomes. Sans oublier les townships, ces immenses banlieues aux toits de tĂŽles ondulĂ©es, oĂč les noirs dĂ©tribalisĂ©s qui les habitaient, Ă©lisaient en toute indĂ©pendance leurs conseils municipaux. Les mĂ©tis, peuple issu de la fusion des premiers colons blancs et de leurs domestiques, tout comme les Indiens, importĂ©s si je puis dire, par les Anglais pour travailler dans les plantations du Natal, avaient leur propre chambre Ă©lue aussi au suffrage universel, et leur propre conseil ministĂ©riel pour gĂ©rer les affaires concernant leur communautĂ©. Certains de leurs membres, minoritaires, siĂ©geaient au sein du cabinet national, Ă  Pretoria.

Ce systĂšme, en net progrĂšs, avec parallĂšlement l’abolition de l’apartheid mesquin et la lĂ©galisation de l’African national congress (ANC), allait sur la bonne voie et n’attendait plus qu’un coup de pouce pour faire surgir les Africains, Ă  leur tour, sur la scĂšne politique nationale.

À vouloir tout garder, les Blancs ont tout perdu

La grande erreur des blancs, on ne le dira jamais assez, fut de ne pas avoir consolidĂ© territorialement ces États ethniques, vĂ©ritables « archipels en terre ferme ». (Le Bophuthatswana par exemple, riche en minerais, s’éparpillait en sept enclaves !). Et, Ă  vouloir tout garder, ils ont tout perdu. Car, c’est la thĂ©orie de l’ethno mathĂ©matique Ă©lectorale Ă©noncĂ©e par le Pr Bernard Lugan, qui s’avĂšre prĂ©dominer partout en Afrique. Au lieu de nĂ©gocier la crĂ©ation d’une Union fĂ©dĂ©rale, avec des garanties fondamentales pour la minoritĂ© blanche, et pas seulement elle d’ailleurs – car on voit bien que les mĂ©tis font de la part des noirs de l’ANC, l’objet de suspicion –, De Klerk a tout lĂąchĂ© Ă  Nelson Mandela. Ce dernier, si je puis dire, « a roulĂ© les blancs dans la farine ! ».

L’African National Congress est devenu le premier parti d’Afrique du Sud grĂące Ă  sa masse Ă©lectorale noire dominante. Et il l’est restĂ©, mĂȘme si ses scores se sont Ă©rodĂ©s. Pourquoi ? Il est sĂ©vĂšrement concurrencĂ© sur sa gauche par le parti extrĂ©miste, raciste et haineux, l’Economic freedom fighters, l’EFF de Julius MalĂ©ma dont les slogans sont, rappelons-les, « une balle, un blanc » ou « tuez les Boers », les Boers Ă©tant ces fameux paysans d’origine hollandaise qui devinrent ,au fil du temps, avec l’absorption de Huguenots et de rĂ©formĂ©s allemands, les Afrikaners crĂ©ateurs, avec les Anglais, de l’Afrique du Sud moderne que j’ai connue, et qui n’est plus que l’ombre d’elle-mĂȘme.

Mandela, un moindre mal, mais aujourd’hui
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Les premiĂšres annĂ©es du rĂšgne de Mandela, tant bien que mal, se dĂ©roulĂšrent sans trop de heurts, encore que, dĂ©jĂ , des assassinats de blancs prĂ©cipitĂšrent la fuite d’un grand nombre d’entre eux, un million en 25 ans. (À noter que la premiĂšre Ă©pouse de FrĂ©dĂ©rik De Klerk, le dernier prĂ©sident « blanc » de la RSA, fut assassinĂ©e). Et pour quatre dĂ©parts, on ne recense qu’un seul retour, le mal du pays peut-ĂȘtre, ou la nostalgie du « biltong », cette viande sauvage sĂ©chĂ©e !

Connaissant leur savoir-faire, le Mozambique, le Congo Brazza, la Zambie et la Russie, ont proposĂ© gratuitement des terres aux fermiers, afin de dĂ©velopper de vastes superficies. Il faut dire que les meurtres, dans des conditions abominables d’agriculteurs et de leurs familles, sans oublier la menace prĂ©gnante de la confiscation de leurs biens sans indemnisation, poussent au dĂ©part. Par exemple, Ă  Perth, trĂšs grande ville de l’Ouest australien, on recense plus ou moins 20 000 Sud-africains exilĂ©s, principalement anglophones.

De sinistres exemples qui ne serviraient à rien ?

Comme si le sinistre exemple du Zimbabwe n’avait pas servi de leçon, le prĂ©sident sortant Cyril Ramaphosa, ancien syndicaliste qui a brillamment rĂ©ussi dans le business, comme son prĂ©dĂ©cesseur d’ailleurs, – ce Jacob Zuma remerciĂ© par l’ANC pour faits avĂ©rĂ©s de corruption et de dĂ©tournement de fonds publics Ă  usage personnel –, se prĂ©parerait-il Ă  nationaliser les propriĂ©tĂ©s des blancs, pour les distribuer Ă  ses frĂšres noirs, la plupart, hĂ©las, incapables comme leurs voisins du nord, de les exploiter correctement ?

Comme si les exemples, en vrac, de l’AlgĂ©rie, du Venezuela ou de leur voisin zimbabwĂ©en ne servaient pas d’expĂ©riences malĂ©fiques, d’exemples oĂč l’on voit des pays bĂ©nis des dieux, ayant tout ou presque, s’enfoncer dans la misĂšre par la seule incurie de leurs mauvais dirigeants. Les responsables sud-africains, en agissant de mĂȘme, s’enfermeraient alors dans une profonde bĂȘtise idĂ©ologique. Les recours juridiques suspendront-ils leurs dĂ©cisions et les expropriations ? Dans ces inconfortables conditions de vie et l’incertitude planant sur leur avenir, on comprend que le taux de natalitĂ© chez les femmes d’origine europĂ©enne baisse constamment : de 3,1 en 1971 Ă  1,4 en 2007, pour ne retenir que ces deux chiffres. Au train oĂč vont les choses – baisse dĂ©mographique et Ă©migration –, un institut dĂ©mographique local, le SAIRR a prĂ©dit
 zĂ©ro blanc prĂ©sent en RSA en 2101 ! C’est dans 82 ans, c’est-Ă -dire aprĂšs-demain


L’ANC sort affaibli de ce nouveau scrutin

Alors, aprĂšs cette sombre mais objective approche, quels sont les rĂ©sultats de cette consultation ? Quelles leçons peut-on en tirer, qui sont les perdants et les gagnants ? L’ANC est concurrencĂ©e sur sa gauche, comme sur sa droite. Les noirs Ă©duquĂ©s et friquĂ©s, certains en tout cas – il faut dire et redire qu’il y a plus ou moins 4 millions de noirs qui vivent, sinon comme des nababs, mais qui ont un standard de vie compatible avec les niveaux europĂ©ens les plus dĂ©veloppĂ©s –, peuvent avoir renoncĂ© Ă  soutenir l’ANC. Ceux-lĂ  auraient tendance Ă  rejoindre les mĂ©tis, qui votent pour l’Alliance dĂ©mocratique (DA), l’alternative multiraciale, pourtant essentiellement blanche lors de sa crĂ©ation. Elle domine au gouvernement de la ville du Cap et dans sa province. Qu’en est-il en ce mai 2019, 25 ans aprĂšs la honteuse capitulation de l’ex-prĂ©sident De Klerk, redisons-le, en rase campagne ?

L’ANC garde la majoritĂ©, Cyril Ramaphosa restera prĂ©sident de la RSA

Avec plus ou moins 57 % des suffrages, l’African National Congress reste le parti majoritaire au sein des 400 dĂ©putĂ©s de l’AssemblĂ©e nationale, mais il va perdre des siĂšges au profit de Julius Malema et de son mouvement, l’Economic Freedom Fighters (EEF) qui passe de 6 Ă  10 % des voix. L’Alliance dĂ©mocratique (DA), qu’ont rejointe la communautĂ© mĂ©tisse et les noirs modĂ©rĂ©s, stagne Ă  moins de 21 % des Ă©lecteurs qui se sont exprimĂ©s. Le Freedom Front Plus, (FF ou VF selon la langue utilisĂ©e), le petit parti de la minoritĂ© afrikaner, – 6 % de la population totale –, obtient 2,3 % et conservera ses 4 dĂ©putĂ©s, 1 % des effectifs parlementaires.

Il lutte contre la sĂ©grĂ©gation Ă  l’envers, le Black Ă©conomic empowerment, une discrimination positive qui avoue son nom et qui rĂ©serve un avantageux quota de jobs aux seuls noirs, entraĂźnant de fait, la misĂšre chez les anciens fonctionnaires « pĂąles », dont certains sont devenus des abonnĂ©s Ă  la soupe populaire.

Cyril Ramaphosa aura fort Ă  faire face Ă  ses concurrents en interne et, surtout, face Ă  la surenchĂšre dĂ©magogique de l’EEF, qui joue sur le mĂ©contentement d’une grande partie de la population, laquelle se sent toujours frustrĂ©e, en dĂ©pit de la disparition du pouvoir politique des blancs. Scolarisation, adduction d’eau, effacement progressif des bidonvilles, Ă©lectrification, redistribution des terres, sont au menu du gouvernement ANC.

Et en mĂȘme temps, comme dirait l’autre, il faut rassurer les investisseurs Ă©trangers afin de combattre un chĂŽmage endĂ©mique touchant, officiellement, 27 % de la population active, en rĂ©alitĂ© bien plus. L’ANC avait dĂ©jĂ  enregistrĂ© lors des derniĂšres Ă©lections municipales de 2016, son plus bas score, un pourcentage historique de 54 %, lui faisant perdre les mairies de Johannesburg et de Pretoria, respectivement mĂ©tropole Ă©conomique et capitale politique du pays. Le PrĂ©sident a maintenant devant lui cinq ans pour faire mentir les mauvais pronostics, sans compter que ses propres amis de l’ANC l’attendent « au coin du bois ».

Un tournant majeur pour la crĂ©dibilitĂ© du pays sera la grande affaire de la redistribution des terres. Si la RĂ©publique d’Afrique du Sud s’entĂȘtait Ă  copier les modĂšles zimbabwĂ©en ou algĂ©rien, c’en serait fini de la prospĂ©ritĂ© agricole, partant des rentrĂ©es de devises, avec, Ă  la clĂ©, d’énormes problĂšmes alimentaires. Ramaphosa, que l’on dit pragmatique, cĂšdera-t-il aux dĂ©mons idĂ©ologiques ?  « La suite au prochain numĂ©ro  »

La Bombe africaine et ses fragmentations, Jean-Claude Rolinat, prĂ©face d’Alain Sanders, Ă©ditions Dualpha, collection « VĂ©ritĂ©s Pour L’Histoire », dirigĂ©e par Philippe Randa, 570 pages, 37 euros. Pour commander ce livre, cliquez ici.

Jean-Caude Rolinat, La Bombe africaine et ses fragmentations (Ă©ditions Dualpha).

Jean-Caude Rolinat, La Bombe africaine et ses fragmentations (Ă©ditions Dualpha).

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