Jean Quatremer, correspondant de LibĂ©ration, est un des meilleurs analystes des arcanes europĂ©ennes. EuropĂ©iste convaincu, il est Ă©galement parfois des plus eurosceptiques, comme quoi dans la vie, rien n’est jamais simple : preuve par la Loi travail, portĂ©e par le ministre Myriam El Khomri.

Du Front national à celui de gauche, il est prétendu que le texte en question aurait été directement diligenté par les instances technocratiques européennes.

Marine Le Pen : « Il suffit de se plonger dans les innombrables textes de la Commission europĂ©enne sur le droit du travail en France pour comprendre que la loi El Khomri n’est que le nom donnĂ© Ă  une exigence de l’Union europĂ©enne. »

Jean-Luc MĂ©lenchon : « La loi El Khomri n’est pas tant une proposition Ă©manant du gouvernement qu’une rĂ©ponse aux injonctions de Bruxelles. »

Mieux, Philippe NoguĂšs, dĂ©putĂ© socialiste des plus frondeurs, affirme dans l’hebdomadaire Marianne du 25 mai dernier : « Que reste-t-il de la souverainetĂ© populaire quand une loi, inspirĂ©e par la technocratie europĂ©enne, est adoptĂ©e sans le vote de la reprĂ©sentation nationale ». Il est un fait qu’à 49 buts contre 3, cet appel au 49-3 avait tout d’un match truquĂ© d’avance


LĂ , Jean Quatremer n’est plus tout Ă  fait Ă  l’aise, citant un « responsable français » : « Ce n’est pas la Commission qui dĂ©cide de quoi que ce soit dans ce domaine, mais les États membres qui proposent des rĂ©formes destinĂ©es Ă  faire converger leurs Ă©conomies afin d’éviter qu’un pays devienne un problĂšme pour tous les autres, comme on l’a vu lors de la crise de la zone euro ». Tout est dans la nuance. NaguĂšre la Commission dictait ses diktats aux États europĂ©ens. DĂ©sormais, ils se mettent la corde au cou tout seuls comme des grands. Ce n’est plus, « quelques minutes encore, monsieur le bourreau », mais « prenez donc quelques minutes de repos, je me charge tout seul du boulot  »

Ainsi, les fameuses « rĂ©formes », directement insufflĂ©es par le cĂ©nacle europĂ©en du « cercle de la raison », pour paraphraser des intellectuels tels qu’Alain Minc, Garcimore et Jacques Attali, telles celles de nos retraites, participent-elles dĂ©sormais d’un autre cheminement aux apparences plus « dĂ©mocratiques ».

Jean Quatremer, toujours, citant un « diplomate français » : « En mars, nous avons appelĂ© Ă  une relance de l’investissement public. (
) À partir de lĂ , chaque pays prĂ©sente ensuite son “programme national de rĂ©formes” et la Commission l’intĂšgre dans ses “recommandations” pays par pays qui seront adoptĂ©es ensuite par le Conseil europĂ©en des chefs d’État et de gouvernement. »

MĂȘme François Hollande se serait Ă©mu de cette dĂ©rive : « La Commission n’a pas Ă  dicter ce que nous avons Ă  faire. (
) Les pays veulent demeurer maĂźtres de leur agenda de rĂ©formes et ne veulent en aucun cas ĂȘtre soumis Ă  une Commission dont la lĂ©gitimitĂ© sur ces affaires est pour la moins fragile. »

Bel Ă©lan d’indignation, pour l’instant demeurĂ© lettre morte. Idem chez Pierre Moscovici, pourtant pas le pire du troupeau : « Tout cela pose un problĂšme de lĂ©gitimitĂ© dĂ©mocratique  » On ne saurait mieux dire.

Et Jean Quatremer de tenter de rĂ©soudre la quadrature du cercle de la loi travail en ces termes : « MĂȘme s’il prĂ©existait dans ses grands principes, avant mĂȘme la nomination de ce ministre, le projet El Khomri est bien une idĂ©e française. »

Sûr ? Pas tant que ça, le journaliste concluant : « Il satisfait la Commission et les partenaires européens de Paris, inquiets de la dégradation du marché du travail en France. »

Un peu comme si une femme, acceptant à l’avance de se faire violer, faisait ensuite semblant de s’envoler au septiùme ciel.

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