« Entre les deux mon cƓur balance »  mais Pascal affirme aussi que « le cƓur a des raisons que la raison ignore » 

La Catalogne c’est un romantisme, teintĂ© de vieux relents anarchistes et anarcho-syndicalistes chers Ă  cette nation, dĂ©peint Ă  sa maniĂšre par George Orwell, dans son fameux Hommage Ă  la Catalogne, qui dĂ©crit la liesse rĂ©volutionnaire de Barcelone en juillet 1936. La Catalogne c’est cinq siĂšcles de vellĂ©itĂ©s autonomistes balancĂ©es entre Espagne et France parfois. La Catalogne c’est un attachement viscĂ©ral Ă  ses libertĂ©s forales, si chĂšres aussi aux autres rĂ©gions d’Espagne, mais particuliĂšrement sensibles Ă  Barcelone, toujours susceptible et jalouse de son identitĂ© propre.

independance Catalogne

Mais au-delĂ  des refrains aux accents passĂ©istes, la raison et le droit ont depuis pris l’avantage. Tant l’ONU qui ne reconnaĂźt le droit des peuples Ă  leur indĂ©pendance que dans le cadre d’une occupation Ă©trangĂšre tout en affirmant le principe de l’intĂ©gritĂ© des États, que le TraitĂ© de l’Union EuropĂ©enne qui, de mĂȘme, proclame le mĂȘme principe, vont Ă  l’encontre des affirmations de Carles Puigdemont, le PrĂ©sident sĂ©cessionniste de la GĂ©nĂ©ralitĂ© de Catalogne.

D’autre part, la Constitution espagnole de 1978 reconnaĂźt de larges libertĂ©s Ă  la Catalogne – dont l’usage de la langue catalane – approuvĂ©e Ă  91 % par les Catalans et d’ailleurs inspirĂ©e par l’influence de certains de ses rĂ©dacteurs Catalans. La Catalogne a le statut le plus autonome des rĂ©gions en Europe. Il est Ă©galement intĂ©ressant de noter que le Pays Basque, l’autre rĂ©gion traditionnellement indĂ©pendantiste espagnole, mais pour des motifs fondamentaux d’origines historiques trĂšs diffĂ©rentes, s’est empressĂ© de rĂ©affirmer cette semaine son attachement Ă  l’unitĂ© espagnole, dans le respect de ses fueros, naturellement.

L’ultimatum lancĂ© par Mariano Rajoy, le Premier ministre espagnol, ce mardi, Ă  Carles Puigdemont pour qu’il confirme ou infirme l’indĂ©pendance de la Catalogne, laisse prĂ©sager l’application de l’article 155 de la Constitution (la suspension de l’autonomie et la prise de direction par l’Espagne) ou au moins de l’article 116, moins invasif et transitoire. Affaire Ă  suivre


Sous l’aspect Ă©conomique, la Catalogne, avec ses 230 milliards d’euros de PIB et ses 7,5 millions d’habitants, reprĂ©sente 20 % du PIB espagnol et 16 % de la population de l’Espagne. On peut rapprocher ces chiffres de la rĂ©gion Occitanie, sa « prolongation » en France avec 5,8 millions d’habitants et 155 milliards d’euros de PIB. On peut se laisser bercer en pensant que ces deux rĂ©gions reprĂ©sentent plus de 13 millions d’habitants et prĂšs de 400 milliards d’euros de PIB. Ces PIB et/ou populations pris individuellement, sont dĂ©jĂ  Ă©gaux ou supĂ©rieurs Ă  ceux de l’Irlande, de la Bulgarie, de la GrĂšce ou du Portugal, et font se poser la question de la nature et du devenir de ces entitĂ©s infra-Ă©tatiques : rĂ©gions nationales ou euro-rĂ©gions ? Une seconde question s’impose dans le mĂȘme temps : celle de la destinĂ©e europĂ©enne des États-Nations fabriquĂ©s idĂ©ologiquement pour la plupart au cours du XIXe siĂšcle et dĂ©but du XXe.

À la lumiĂšre de ces diffĂ©rentes interrogations Ă  plus long terme, la question de la Catalogne remet en cause une construction europĂ©enne qui donne finalement de moins en moins de satisfaction et encore moins d’adhĂ©sion. L’Écosse, les rĂ©gions du nord de l’Italie, notamment Lombardie et VĂ©nĂ©tie dans lesquelles un rĂ©fĂ©rendum est d’ailleurs prĂ©vu le 23 octobre, et d’autres « entitĂ©s » rĂ©gionales europĂ©ennes sont secouĂ©es par une volontĂ© plus ou moins ferme encore, d’indĂ©pendantisme.

On proclame aujourd’hui qu’une Europe Ă  27 est difficilement gĂ©rable et qu’une Europe des rĂ©gions Ă  80 serait encore pire. Il est curieux d’entendre ce discours qui anticipe un mouvement lent d’émancipation des peuples et des identitĂ©s qui, n’étant plus assumĂ©es par des États gagnĂ©s par la mondialisation uniforme, se retrouvent dans des rĂ©gions fiĂšres, elles, de leurs valeurs traditionnelles. RĂ©action ou futurisme ? L’Histoire n’est qu’un Ă©ternel recommencement et le mouvement de son balancier est inexorable. Le futur ne doit-il pas parfois s’inspirer du passé ?

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A propos de l'auteur

Richard Dessens

Enseignant pendant plusieurs annĂ©es dans une Ă©cole prĂ©paratoire aux concours d’entrĂ©e aux IEP et Écoles de journalisme, Richard Dessens crĂ©e et dirige parallĂšlement une troupe de thĂ©Ăątre dans la rĂ©gion de Montpellier. Docteur en droit, DEA de philosophie et licenciĂ© en histoire, il est l’auteur d’ouvrages de philosophie et d’histoire des idĂ©es politiques, de relations internationale. Son dernier livre paru est "Henri Rochefort ou la vĂ©ritable libertĂ© de la presse" aux Ă©ditions Dualpha.

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