Par Ferenc Almåssy, journaliste indépendant franco-hongrois, rédacteur en chef du Visegråd Post.

Lettre ouverte à Bernard de la VillardiĂšre et son Ă©quipe, suite au reportage d’EnquĂȘte exclusive sur la Hongrie, diffusĂ© le 8 avril 2018 sur M6 intitulé Hongrie : tensions maximales au coeur de l’Europe.

À Monsieur Bernard de la VillardiĂšre et son Ă©quipe d’EnquĂȘte exclusive,

Je suis un journaliste indĂ©pendant franco-hongrois ; vos Ă©quipes me connaissent, nous avons tournĂ© de nombreuses heures sur plusieurs jours pour votre « reportage ». J’ai parlĂ© de la situation de l’opposition, de l’affrontement avec George Soros, de l’évolution de Viktor OrbĂĄn et de son parti, mais aussi du colonialisme Ă©conomique allemand, de la Russie, du groupe de VisegrĂĄd, ou encore de la transition Ă©conomique et politique Ă  la sortie du communisme. Votre chef d’équipe, Laetizia Kretz, – qui m’a vite retirĂ© de facebook avant la diffusion – m’a mĂȘme fĂ©licitĂ© pour mon professionnalisme et le sĂ©rieux de mes propos Ă  la fin d’un Ă©niĂšme tournage oĂč j’avais pris la peine d’expliquer clairement la situation hongroise – notamment sur les plans politiques, sociaux, Ă©conomiques, mais encore culturel. J’ai compris maintenant que derriĂšre ce compliment se cachait un autre message : « nous n’utiliserons rien de tout ce que tu as dit, car ce n’est ni caricatural, ni exploitable pour un reportage sensationnaliste ».

Pour les autres lecteurs de cette lettre, je m’excuse par avance de sa longueur. Mais pour qui s’est infligĂ© l’intĂ©gralitĂ© du « reportage », cette lettre peut ĂȘtre non seulement utile, mais Ă©galement bienvenue. Bien entendu, comme je vais devoir argumenter et expliquer, je n’arriverai pas Ă  rĂ©pondre Ă  tous les Ă©lĂ©ments du « reportage ».

Je suis un patriote hongrois, et c’est aussi Ă  ce titre que j’ai bien voulu donner de mon temps Ă  votre Ă©quipe, qui m’avait assurĂ© de « vouloir faire quelque chose de diffĂ©rent de ce qui se fait sur la Hongrie », de vouloir expliquer la situation
 Quel naĂŻf j’ai Ă©tĂ©. Les tentatives hasardeuses de « libĂ©rer la parole » par votre cadreur, disant qu’il y a trop d’Arabes en France, m’ont cependant mis la puce Ă  l’oreille. Mais qu’importe.

Préambule de la vidéo : le sensationnalisme comme seul objectif

Venons-en Ă  votre production – je ne peux dĂ©cemment qualifier cette vidĂ©o de reportage. Votre production, donc, commence fort avec un prĂ©ambule grotesque : musique anxiogĂšne, enchaĂźnement de phrases « choc » coupĂ©es et d’images rapides
 des techniques efficaces pour instiller l’angoisse chez le spectateur qu’on hypnotise. Le ton est donnĂ© : on va nous faire ressentir des choses, que l’on ne s’attende pas Ă  des analyses


Introduction de la vidéo : le déshonneur de Bernard de la VillardiÚre

Viens ensuite la prĂ©sentation du sujet par la vedette, Monsieur de la VillardiĂšre. Les allĂ©gations typiques de la gauche libĂ©rale militante tombent. Sans preuve, ce sont des faits Ă©tablis, Ă©videmment, c’est entendu que la Hongrie est un pays fermĂ©, xĂ©nophobe et autoritaire. Oui, la Hongrie est tout ça, malgrĂ© Budapest qui accueille chaque annĂ©e un million de touristes de plus que Bruxelles ainsi que le plus important festival europĂ©en de musique. La Hongrie, ce pays fermĂ© qui fait partie de Schengen. La Hongrie, ce pays autoritaire oĂč 6 consultations nationales ont eu lieu en 8 ans afin de demander l’avis de la population sur des sujets importants. La Hongrie, ce pays xĂ©nophobe qui accorde plus de droits aux minoritĂ©s nationales que la RĂ©publique française – notamment le droit d’étudier dans leur langue. Un dĂ©putĂ© de la minoritĂ© nationale allemande vient mĂȘme de faire son entrĂ©e au parlement.

Puis, vient l’accusation d’ĂȘtre « anti-migrants ». Qu’est-ce que cela veut dire ? La Hongrie est contre l’immigration massive et incontrĂŽlĂ©e, et a fortiori pour limiter drastiquement l’immigration extra-europĂ©enne, consciente et responsable de ses capacitĂ©s rĂ©elles d’intĂ©gration. En cela la RĂ©publique française n’a aucune leçon Ă  donner : il suffit de se rappeler le traitement des immigrĂ©s en France, les bidonvilles oĂč Ă©taient entassĂ©s les Portugais, devenus de vĂ©ritables ghettos, sans parler des Harkis qui ont Ă©tĂ© mis en camp. La Hongrie n’est pas « anti-migrants », mais anti-immigration massive et incontrĂŽlĂ©e. Le choix des mots est important. Dire que la Hongrie est « anti-migrants », c’est sous-entendre qu’elle est hostile Ă  des individus, alors qu’elle s’oppose Ă  un phĂ©nomĂšne politique, Ă©conomique et social de façon responsable. Qualifier la Hongrie de pays « anti-migrants », c’est soit un manque de sĂ©rieux trĂšs grave lorsque l’on a une telle audience et tant de moyens, soit une attaque dĂ©guisĂ©e, volontaire, vile et malhonnĂȘte.

L’affirmation concernant les exactions de groupuscules ne mĂ©rite presque aucun commentaire. Je demande simplement de trouver une affaire de ce genre ayant moins de 5 ans. Bonne chance !

Enfin, voilĂ  le couplet sur la corruption. Comme le dit si bien Gyula ThĂŒrmer, le prĂ©sident du parti des travailleurs hongrois, la corruption n’est pas le fait d’un gouvernement mais d’un systĂšme, elle est consubstantielle aux rĂ©gimes capitalistes. Donc oui, la corruption est lĂ , mais elle est non pas systĂ©matique, mais systĂ©mique. Oui, il y a de la corruption en Hongrie. Mais ce qui choque, c’est qu’elle est parfois visible. Visible car petite. Mais nous y reviendrons.

Avant que le reportage ne commence donc vraiment vers la 10e minute, vous avancez, Monsieur de la VillardiĂšre, une fois de plus comme si c’était un fait Ă©vident, entendu, qui ne nĂ©cessite aucune preuve – malgrĂ© la gravitĂ© du propos ! – qu’en Hongrie, il y a un recul des libertĂ©s dĂ©mocratiques ! Voulez-vous bien comparer Ă  la situation française, encore une fois ? Combien de gens en Hongrie ont Ă©tĂ© condamnĂ©s pour leurs propos, aussi extrĂ©mistes soient-ils ? Et en France
? Vous serez Ă©galement bien aise d’apprendre qu’en Hongrie, contrairement Ă  la France, la police n’use pas de moyens aussi violents. Il n’y a pas de quartier de non-droit, tout au plus des ghettos tsiganes, mais la police et la loi n’y sont pas Ă©trangĂšres, pas comme chez vos amis de certains quartiers qui vous ont malmenĂ©.

Vous concluez votre prĂ©sentation en disant que c’est du fait de ce climat que les jeunes veulent Ă©migrer. LĂ  encore, il s’agit soit d’une malhonnĂȘtetĂ© flagrante, soit d’un manque sĂ©rieux de connaissances de la rĂ©gion. Or, j’ai pris soin d’expliquer Ă  Laetizia Kretz les raisons systĂ©miques de cette Ă©migration, d’ordre Ă©conomique, caractĂ©ristique non pas de la Hongrie mais des pays pĂ©riphĂ©rique, qui en Europe se trouvent ĂȘtre les pays post-communistes. Ce phĂ©nomĂšne touche par ailleurs bien plus gravement la Roumanie par exemple, qui n’a jamais autant perdu d’habitants que depuis la fin du communisme. Mais ça, ça contrevient Ă  votre dĂ©testable dessein : donner une image noire et effrayante de la Hongrie, sans aucune dĂ©ontologie.

Le « reportage », ses mensonges et son biais idéologique

Je le redis : il y a tellement de mensonges, de manipulations, de procĂšs d’intention et d’associations malhonnĂȘtes qu’il m’est impossible de tout reprendre – ce texte sera dĂ©jĂ  assez long comme ça. Je vais me concentrer sur le plus important. Je vais d’ailleurs me dĂ©barrasser tout de suite des remarques d’ordre gĂ©nĂ©ral.

ÉlĂ©ment rĂ©current : la mauvaise prononciation systĂ©matique des noms propres. Tous, sauf un seul il me semble, tous les noms, de lieux, de gens, sont mal prononcĂ©s. Mais aprĂšs tout, ces attardĂ©s de l’Est ne mĂ©ritent mĂȘme pas qu’aprĂšs des mois de travail et des heures Ă  leur contact, avec l’aide d’interprĂštes, on fasse l’effort de bien prononcer leurs noms barbares, n’est-ce pas ? Éminente dĂ©monstration du profond mĂ©pris et du manque de connaissance et de respect envers la Hongrie et les Hongrois.

Je passe sur les petits mensonges et approximations nombreuses (salaires, nombre d’habitants, position de la Hongrie – oui, la Hongrie est vĂ©ritablement au cƓur de l’Europe, et non Ă  sa frontiĂšre -, nombre de manifestants, 
).

Enfin, Ă  plusieurs reprises, la voix hors champ assĂšne que la Hongrie ne veut pas d’immigration, alors qu’elle n’a mĂȘme pas d’immigrĂ©s, comme si cela Ă©tait absurde, contradictoire ou illogique. « Gouverner, c’est prĂ©voir » : cette maxime de Richelieu semble bien pĂ©rimĂ©e Ă  vos yeux. La Hongrie n’a pas d’immigrĂ©s justement parce qu’elle n’en veut pas !

Vous dites aussi que Daech n’a jamais menacĂ© la Hongrie : c’est faux. En mars 2016, Al Wafa, le responsable mĂ©dia de l’État islamique a explicitement menacĂ© la Hongrie.

La police hongroise et les migrants

La production commence donc avec des images d’élĂšves policiers – oui, les uniformes bleus avec marquĂ© POLICE dessus, c’est la police, pas l’armĂ©e, vous n’avez visiblement pas saisi ce dĂ©tail. Musique ridicule, images de la formation. Et lĂ , on apprend mĂȘme que les policiers seront, au terme de leur formation, armĂ©s d’un
 pistolet ! Horreur ! Pendant ce temps-lĂ , dans les rues de Paris, les policiers patrouillent avec des gilets pare-balles et des armes de guerre. Bref, les Hongrois arment donc leur police
 effrayant !

Sans mettre en doute les connaissances en hongrois du jeune clandestin afghan interrogĂ© – celui-ci explique en effet ce que les policiers hongrois auraient dit – , outre le fait qu’il n’apparaĂźt pas avoir Ă©tĂ© amochĂ©, vous n’avez pas cherchĂ© Ă  demander aux policiers hongrois comment ça se passe pour eux. Vous n’évoquez pas les agressions et les fuites des clandestins, qui ne sont pas, comme vous l’affirmez, « de simples migrants », mais bel et bien des dĂ©linquants, des criminels – passer illĂ©galement une frontiĂšre, surtout en connaissance de cause, est un crime – et il ne faut pas oublier que dans le flot de « simples migrants » se sont cachĂ©s (et se cachent probablement encore) des terroristes. C’est un fait. Voir par exemple le Bataclan, ou, puisqu’il est passĂ© Ă  Ásotthalom que vous montrez aprĂšs, l’attaquant Ă  la hache de WĂŒrzburg.

Autre élément intéressant : nombreux sont les témoignages oraux des clandestins concernant une soit disant violence policiÚre, mais malgré leurs portables dernier cri, aucune vidéo ne circule de ces violences si nombreuses, répétées, systématiques !

Et puisqu’on parle de brutalitĂ© policiĂšre, oĂč Ă©tiez-vous en automne 2006 lorsqu’en Hongrie le gouvernement social-libĂ©ral pro-UE a commis des exactions graves contre les manifestants ? Soit, c’était il y a 12 ans. Je vous invite alors plutĂŽt Ă  vous tourner vers Notre-Dame-des-Landes, si vous voulez voir ce que signifie le manquement Ă  l’État de droit, le recul des droits dĂ©mocratiques, l’empĂȘchement de la presse de travailler librement et les violences policiĂšres.

Vous mentez Ă©hontĂ©ment lorsque vous affirmez que la Hongrie ne respecte pas le droit et les traitĂ©s en bloquant la frontiĂšre. En tant qu’État membre de l’espace Schengen et responsable d’une frontiĂšre qui se trouve ĂȘtre aussi la frontiĂšre de l’espace Schengen, la Hongrie a justement l’obligation de contrĂŽler cette frontiĂšre ! Vous ne pouvez pas ne pas le savoir. Vous mentez Ă©galement lorsque vous dĂźtes que la Hongrie a finalement mis en place des points de passages pour ceux dĂ©sirant entrer lĂ©galement en Hongrie sous la pression internationale, elle l’a annoncĂ© dĂšs le dĂ©but – vous reconnaissez Ă  ce moment votre mensonge et vos manipulations, avouant que les clandestins entrent donc illĂ©galement en Hongrie
 Oui, pour maintenir l’État de droit qui vous est a priori si cher, il convient de faire respecter la loi, qui est la mĂȘme pour tous : il y a des rĂšgles europĂ©ennes qui s’appliquent aux frontiĂšres, et la Hongrie les applique Ă  la lettre, malgrĂ© ses petits moyens et l’absence d’aides. Vous avez dit solidaritĂ© europĂ©enne ? Seuls les pays du VisegrĂĄd ont aidĂ© la Hongrie. Au fait, Ă  quand un reportage sur les barriĂšres et les violences policiĂšres Ă  Calais ?

Plus tard dans la vidĂ©o, vous revenez aux migrants en montrant une famille : une fois encore, vous ĂȘtes malhonnĂȘtes. Vous prĂ©sentez les choses comme s’ils Ă©taient assurĂ©s de passer en Hongrie, puis internĂ©s sans raison. Or il est clair pour chaque personne dĂ©sirant entrer lĂ©galement en Hongrie qu’elle doit attendre en quarantaine le temps que les services de sĂ©curitĂ© s’assurent qu’elle ne reprĂ©sente aucun danger. Vous montrez Ă  un moment le malheureux geste de la cadreuse hongroise PĂ©tra LĂĄszlĂł, faisant un croche-pied Ă  « un pĂšre et son enfant ». Savez-vous que ce clandestin forçant le passage de la frontiĂšre, Osama Al Abd Al Mohsen, Ă©tait membre d’une organisation impliquĂ©e dans du nettoyage ethnique ? Juste un dĂ©tail sans importance


Du reste, la Serbie n’étant pas un pays en guerre, les migrants arrivant de Serbie ne sont pas des rĂ©fugiĂ©s, et leurs vies n’étant pas menacĂ©es en Serbie, les traitĂ©s sur les rĂ©fugiĂ©s ne les concernent pas. Franchir illĂ©galement la frontiĂšre hongroise n’est donc pas justifiĂ© par un besoin vital : la majoritĂ© des migrants qui arrivent Ă  la frontiĂšre hongroise tentent de passer, en connaissance de cause – ils sont mĂȘme aidĂ©s par les ONG pour cela – de passer illĂ©galement la frontiĂšre hongroise afin d’essayer de se faire enregistrer dans des pays oĂč ils auront des aides sociales et plus de chances d’accueil par la population et les autoritĂ©s.

Reprocher Ă  la Hongrie de prendre trop peu de demandeurs d’asile est je crois malvenu. La Hongrie en a acceptĂ© de son propre chef plus de 2.300 depuis 2015 en accord avec les traitĂ©s internationaux qu’elle a toujours respectĂ©. C’est Ă  elle de dĂ©terminer sa capacitĂ© d’accueil. Dernier point, la comparaison avec la France, puisque vous aimez tant cela. La Hongrie a 6,7 fois moins d’habitants que la France, et un PIB 20 fois infĂ©rieur. En revanche, il n’y a pas de migrants qui dorment dans les rues de la capitale depuis des annĂ©es.

Fidesz, droite, extrĂȘme-droite

L’enchaĂźnement des images et du texte de la voix hors champ lorsque vous parlez des « partis d’extrĂȘme-droite », incluant le parti national-conservateur de Viktor OrbĂĄn, est scandaleux. La croix gammĂ©e du blouson d’un motard saute aux yeux juste aprĂšs votre amalgame politique niveau antifa. Mais lĂ  encore, je n’ose pas croire que vous ĂȘtes stupides : vous ĂȘtes donc simplement des manipulateurs, cherchant Ă  provoquer la peur chez le spectateur mal informĂ© sur la Hongrie et ayant si peu de moyens de vĂ©rifier les informations sur la Hongrie.

Lorsque vous montrez LĂĄszlĂł Toroczkai, vous dĂźtes que le Jobbik « assume ses rĂ©fĂ©rences nĂ©o-nazies ». Prouvez-le ! Vous ne le pourrez pas. Outre que c’est devenu un parti centriste, il n’a Ă©videmment aucune « rĂ©fĂ©rence nĂ©o-nazie ». On est dans la calomnie, encore une fois. Mais vient ensuite une manipulation grossiĂšre et Ă©hontĂ©e : M. Toroczkai, explique qu’il dĂ©fend la vision des gens normaux, qui veulent vivre normalement, id est, selon leurs mƓurs et leurs coutumes, et qui veulent en toute simplicitĂ© garder leur mode de vie et prĂ©server leurs maigres acquis, en vivant en paix. Inutile je crois d’expliquer outre mesure le degrĂ© de malhonnĂȘtetĂ© (je dois me rĂ©pĂ©ter, vous mentez tellement que les synonymes me manquent !) dont vous faĂźtes preuve en disant qu’il considĂšre les migrants comme anormaux. C’est complĂštement hors de propos.

Ensuite, vous vous focalisez sur un groupuscule de quelques crĂąnes rasĂ©s, et une bande de quelques motards. Idem : je ne vais pas m’étendre. Je crois que tout le monde comprend que 10 crĂąnes rasĂ©s et une bande de motards aux codes particuliers ne sont pas du tout reprĂ©sentatifs d’un pays. Quant Ă  l’armĂ©e des brigands, et leur marche dans le village de Gyöngyöspata, vous omettez de prĂ©ciser qu’ils Ă©taient venu suite Ă  l’appel Ă  l’aide des locaux, exaspĂ©rĂ©s et terrifiĂ©s par la criminalitĂ© tsigane face Ă  laquelle les autoritĂ©s Ă©taient impuissantes.

Et vous insistez, faisant croire que les crĂąnes rasĂ©s rĂšgnent dans les rues et ratonnent Ă  tour de bras. La vĂ©ritĂ©, c’est que le Fidesz de Viktor OrbĂĄn a considĂ©rablement amĂ©liorĂ© la situation, rĂ©formant en profondeur la police et ses cadres, Ă©liminant la corruption et les Ă©lĂ©ments indisciplinĂ©s. Et aujourd’hui, l’État remplissant bien mieux son rĂŽle, non seulement les groupes de crĂąnes rasĂ©s ne dĂ©filent plus, mais la plupart n’existent mĂȘme plus : leur existence Ă©tait due Ă  un État faible du fait d’un gouvernement corrompu, inefficace et en faillite. Avec tous ses dĂ©fauts, le gouvernement OrbĂĄn a rĂ©tabli l’ordre et dissous de fait les groupes dangereux.

Le passage sur Zsolt Bayer est assez Ă©loquent aussi. En Hongrie, l’hypocrisie sur les considĂ©rations ethniques n’existe pas. Oui, on peut parler de race blanche, ou europĂ©enne, sans arriĂšre-pensĂ©e suprĂ©maciste, raciste, ou que sais-je. C’est un constat Ă©vident, pour quiconque peut voir ! Les Blancs, ce sont les Occidentaux, qui partagent une proximitĂ© gĂ©nĂ©tique, de phĂ©notype et de culture. Ce n’est pas un jugement de valeur. Votre hypocrisie qui vous pousse Ă  un paternalisme sournois envers les migrants d’un cĂŽtĂ© et Ă  votre dĂ©ni des identitĂ©s des EuropĂ©ens de l’autre est consternant. Quant Ă  ces propos sur la dĂ©mographie africaine, je vous invite Ă  consulter les donnĂ©es de l’OTAN et les avis de spĂ©cialistes aussi opposĂ©s que Bernard Lugan ou Stephen Smith !

La politique de la Hongrie, qui prĂ©fĂšre le droit Ă  la continuitĂ© historique plutĂŽt que la migration, est immĂ©diatement entachĂ©e de soupçon. « Pourquoi complotent-ils de ne pas changer ? » pourrait-on rĂ©sumer. Cette inversion accusatoire dit beaucoup de choses, notamment que cette Ă©mission est un document de propagande Ă  l’objectif bien prĂ©cis : convaincre les Français qu’ils sont du bon cĂŽtĂ© de l’histoire en subissant d’incessantes vagues migratoires.

Je passe sur la voix hors champ qui, Ă©voquant les mouvements nationalistes marginaux prĂ©sents dans le pays, ne manque pas d’affirmer que leurs propos en France seraient punis par la loi, dĂ©taillant mĂȘme le montant de la peine encourue. On n’aurait jamais pensĂ© qu’une lĂ©gislation liberticide serait un jour revendiquĂ©e par des Français comme une rĂ©fĂ©rence progressiste. Mais lĂ  encore, on se focalise sur quelques individus isolĂ©s pour donner une fausse image de la Hongrie. C’est clairement rĂ©alisĂ© par sensationnalisme, au mieux, par projet politique, au pire. HĂ©las, je crains que ce ne soit les deux, car vous cherchez Ă  tout prix Ă  amalgamer les conservateurs Ă  des extrĂ©mistes marginaux.

L’exercice devient sidĂ©rant quand une sĂ©quence de plusieurs minutes s’appesantit sur un ancien cadre du parti (anciennement) d’extrĂȘme-droite Jobbik qui a rompu ses liens avec l’extrĂȘme-droite aprĂšs que ses origines juives aient Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©es. Oui, vous ne dites pas non plus qu’il avait tentĂ© de soudoyĂ© le fuiteur. La question se pose : quel rapport avec la politique en Hongrie ? Aucun. Cela au moins Ă  le mĂ©rite de nous montrer que ce triste sire dont personne n’a entendu parler depuis 5 ans va bien. Mais le soupçon d’antisĂ©mitisme se rĂ©pand ainsi sur tout ce qui est national ou mĂȘme traditionnel. On veut faire du patriotisme une pathologie.

Le recentrage du Jobbik, son jeu d’alliance avec la gauche libĂ©rale, nous n’en entendrons pas parler. L’analyse, ce n’est pas votre crĂ©neau, malgrĂ© ce que vous nous avez vendu. Les succĂšs du Fidesz, la complexitĂ© de son Ă©lectorat, l’évolution du parti, la lutte contre George Soros ? Silence radio.

Tsiganes

Une chose m’a frappĂ© particuliĂšrement : une fausse traduction. Lorsque la dame interrogĂ©e explique un cas de violence d’un voisin – on ne connaĂźtra pas les circonstances -, la voix du doubleur m’a empĂȘchĂ© d’entendre ce qu’elle disait. Je veux bien croire son histoire, bien entendu. En revanche, la phrase qui vient aprĂšs en dit long : votre doubleuse dit « des gens comme ça, il y en a beaucoup ». Mais cette brave dame dit en fait « jĂł, azĂ©rt vannak olyanok, persze ». Ce qui signifie littĂ©ralement, « Oui bon, il y en a des comme ça, bien sĂ»r ». Il est Ă©vident que cette rĂ©ponse vient suite Ă  une question trĂšs orientĂ©e, et vous vous ĂȘtes permis de modifier sa rĂ©ponse pour coller Ă  votre story-telling.

Le rĂ©cit de l’opposition

AprĂšs avoir prĂ©sentĂ© les deux-tiers des Hongrois comme des nĂ©o-nazis dangereux et effrayants, voilĂ  le portrait du troisiĂšme tiers, tout aussi peu reprĂ©sentatif de la population hongroise. On rencontre deux lycĂ©ens – faut-il en dire plus
? – dont l’un souhaite partir Ă  l’étranger pour combattre son gouvernement dĂ©mocratique et lĂ©gitime, et l’autre, reste mais ne sait pas pourquoi « elle s’inflige ce cauchemar », sirotant sa boisson dans un des bars les plus chers de la capitale. La souffrance pĂ©cuniaire des bourgeois, un vrai drame. Merci Ă  l’équipe pour cette vĂ©ritable exclusivitĂ©.

Alors que les policiers sont prĂ©sents comme escortant tranquillement les motards goys – sous entendu, qu’ils font preuve de complaisance envers ceux-ci – vous sous-entendez que le convoi policier lors d’une manifestations de 5-10.000 libĂ©raux « les surveille de prĂšs ». C’est tellement gros
 en hongrois, policier se dit rendƑr, littĂ©ralement, gardien de l’ordre. À tout Ă©vĂ©nement public, la police est lĂ  pour garantir l’ordre, et la libertĂ© d’expression de chacun, tout en faisant en sorte d’éviter tout dĂ©bordement. Je sais qu’en France, il en est autrement, et que les lacrimos et les flashball partent vite, ici ce n’est pas le cas. Nous sommes un pays paisible, et nous entendons bien le rester. Et chacun peut manifester et exprimer ses opinions. Je sais que ça choque un Français progressiste de 2018, censeur assumĂ©, mais c’est ainsi, nous sommes un peu retardĂ©s : nous croyons encore en la libertĂ© d’expression.

La corruption

Pour terminer comme il se doit, impossible de ne pas sortir le couplet obligatoire sur la corruption. Comme dit plus haut, oui, la corruption existe, bien entendu. Encore qu’il faille clarifier ce que cela signifie. En Hongrie, le dĂ©lit d’initiĂ© est puni, mais aux États-Unis, depuis 2015, la jurisprudence l’a pour ainsi dire annulĂ©. Donc, c’est lĂ©gal, donc ça ne compte pas comme corruption. Malin ! Mais puisqu’on parle de justice, pouvez-vous prouver vos accusations de corruption ? On entend parler depuis des annĂ©es de « soupçons de corruption ». OĂč sont les preuves ? OĂč sont les condamnations ? Qu’il n’y ait pas de fumĂ©e sans feu est une chose, mais vous en rajoutez Ă  des fins politiques : discrĂ©diter par la calomnie et les spĂ©culations. Certes, vous avez fait appel Ă  l’expertise d’une serveuse et d’un vieux communiste, tous deux aux visages floutĂ©s. Mais n’aurait-il pas Ă©tĂ© plus judicieux de demander aux autoritĂ©s compĂ©tentes, voire mĂȘme aux ONG anti-gouvernementales et spĂ©cialisĂ©es sur la corruption ?

Non, car une fois de plus, le but n’est pas de chercher la vĂ©ritĂ©, mais de raconter une histoire. Et qu’importe la complexitĂ© de la rĂ©alitĂ©. Bon, puisque vous souhaitez du sensationnel, je vais vous aider. Allez enquĂȘter sur le chantier de Jussieu, Ă  Paris. Budget initial, 183 millions d’euros, coĂ»t final, 2,05 milliards d’euros. De l’argent public, des dĂ©tournements, de l’exploitation de sans-papiers maliens, des petits entrepreneurs poussĂ©s Ă  la faillite pour finir le dĂ©samiantage et ne pas devoir ĂȘtre payĂ©s, les ouvriers polonais qui devaient vider Ă  l’aube et sans protection les sacs d’amiante dans la Seine, les rĂ©trocommissions 
 enquĂȘtez donc, on ne compte pas en ridicules petits millions d’euros lĂ .

Juste un point sur le stade, tout de mĂȘme. Que Viktor OrbĂĄn ait poussĂ© Ă  ce qu’une acadĂ©mie de football soit mise en place dans sa commune d’origine est une chose. Mais critiquer qu’un stade y soit construit avec 4.500 places me paraĂźt ridicule. Combien de stades en France ont plus de places que d’habitants dans leur commune ? Combien sont plein Ă  chaque match ? Je passerai Ă©galement sur le « choc » du prix de construction d’un stade neuf : 12 millions d’euros ! Quelle somme incroyable : le prix de 1.200mÂČ Ă  Paris
 Voyons ce qui se fait en France : le stade Pierre Mauroy Ă  Lille peut accueillir 50.000 personnes et a coĂ»tĂ© 282 millions d’euros. Je vous laisse faire le calcul du coĂ»t Ă  la place et comparer les deux.

Rien n’est dit des succĂšs que connait la Hongrie depuis 8 ans, de la prospĂ©ritĂ© Ă©conomique Ă  la bonne santĂ© budgĂ©taire, de l’embellissement des villes Ă  l’augmentation continue du tourisme, ou encore sur l’effondrement du chĂŽmage, ou la politique sociale et familiale. Il conviendra en revanche de s’interroger sur le niveau de corruption rĂ©el, puisque les Hongrois qui subissent ce flĂ©au semblent s’en accommoder bien mieux – en reconduisant leurs reprĂ©sentants – que la presse occidentale qui le dĂ©nonce de façon obsessionnelle.

Pas un mot non plus sur la politique Ă©conomique non-orthodoxe menĂ©e par Viktor OrbĂĄn et qui a permis – notamment en taxant les entreprises multinationales installĂ©es en Hongrie et qui y rĂ©alisent de gigantesques profits – d’éviter Ă  la Hongrie, qui fut le premier État Ă  solliciter l’aide d’urgence du FMI en 2008, une banqueroute et une situation cataclysmique comme celle qu’endure la GrĂšce depuis des annĂ©es. Pas un mot sur le fait que la Hongrie a remboursĂ© sa dette en avance et a fait partir le FMI.

Conclusion

Monsieur de la VillardiĂšre, chĂšre Ă©quipe,

Vous avez trahi la confiance d’un grand nombre de personnes qui ont acceptĂ© de rĂ©pondre Ă  vos questions et de vous offrir leur temps pour vous parler de leur pays. Mais cela est le moins grave. L’irrespect envers la Hongrie, ses habitants que vous caricaturez grossiĂšrement, son systĂšme que vous jugez sans connaĂźtre et sans avoir enquĂȘtĂ©, tout cela, passe encore. La Hongrie en ressort dĂ©figurĂ©e et hargneuse, alors que le succĂšs d’une voie nationale prĂ©serve dans ce pays une vĂ©ritable douceur de vivre que les Ă©trangers de passage apprĂ©cient. PrĂȘter d’une part Ă  la Hongrie une violence qu’elle n’a pas, et d’autre part masquer Ă  la France la dĂ©crĂ©pitude sociale qui rĂ©sulte, notamment, de l’immigration de masse : c’est la double falsification Ă  laquelle vous, Bernard de la VillardiĂšre et votre Ă©quipe, vous ĂȘtes abaissĂ©s.

Il y aurait encore tant Ă  dire, mais c’est presque impossible d’ĂȘtre exhaustif tant votre travail est Ă  charge
 et je suis dĂ©jĂ  sceptique, du fait de la longueur de ma lettre ouverte, sur le nombre de gens qui se seront donnĂ© la peine de tout lire, aprĂšs avoir dĂ©jĂ  endurĂ© le calvaire qu’aura Ă©tĂ© le visionnage de votre production.

Votre travail indigne et grossier fera un peu de bruit en Hongrie. Et je peux vous assurer qu’il sera Ă  l’avenir beaucoup plus difficile pour M6, vous et vos Ă©quipes, de venir produire de nouvelles Ɠuvres insultantes de cet acabit. Pour ma part, je ne rĂ©pondrai plus jamais aux sollicitations des mĂ©dias occidentaux de votre genre. Et je ne suis pas le seul.

Je vois Ă©galement le rĂ©sultat de votre sale besogne : des commentaires haineux et des insultes de gens peu informĂ©s et effrayĂ©s par votre production. Je vois les insultes envers la Hongrie et son peuple, l’introduction de prĂ©jugĂ©s odieux dans le cƓur des gens. Votre document incite Ă  la haine en profitant du manque de connaissance des gens sur la Hongrie.

J’imagine que vous avez voulu vous essuyer les pieds dans le paillasson hongrois pour vous racheter de vos prises de position sur l’Islam politique en RĂ©publique française. Soit, c’est votre affaire. Mais je crois qu’aux yeux de beaucoup de gens vous avez perdu l’estime, le respect et la considĂ©ration qui vous revenaient, et c’est mĂ©ritĂ©.

Je ne vous salue pas.

Ferenc AlmĂĄssy

Publiée sur le site VPost.

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