Traditionnellement, les journaux français ne sont que peu amĂšnes avec le Front national ; leurs homologues europĂ©ens, guĂšre plus. Quant aux autres mĂ©dias internationaux, c’est une autre histoire.

Du cĂŽtĂ© anglais, le Guardian assure « qu’Emmanuel Macron reprĂ©sente le meilleur espoir d’un grand pays profondĂ©ment troublĂ©. [
] Mais que la menace de l’extrĂȘme droite n’est pas Ă©teinte. »

Sans surprise, le Financial Times participe de ce touchant chƓur de clairons, tandis que le Daily Mail annonce « une nouvelle rĂ©volution française ». Petite note dissonante, toutefois, cette une du Times stigmatisant « une Ă©lite française humiliĂ©e par des marginaux en route vers la victoire. » Reproche ou compliment ? Allez savoir


Plus pragmatiques encore, les AmĂ©ricains qui, dans le Wall Street Journal, affirment que « les Français ont redĂ©fini la gĂ©ographie politique du pays en plaçant l’Union europĂ©enne au centre de la nouvelle opposition politique », alors que le New York Times Ă©voque « un novice politique et un tison d’extrĂȘme droite ». Soit « des outsiders avec des visions radicalement diffĂ©rentes pour le pays, plaçant ainsi la France sur un chemin incertain au moment critique oĂč cette Ă©lection pourrait Ă©galement dĂ©cider de l’avenir de l’Union europĂ©enne. » VoilĂ  qui n’est pas si mal dit que ça.

Mais, si d’un cĂŽtĂ©, les Anglais et leurs Ă©pigones amĂ©ricains – Ă  moins que cela ne soit le contraire – observent l’affaire de loin, nos voisins allemands sont autrement plus impliquĂ©s dans cette Ă©lection prĂ©sidentielle, Ă  juste titre donnĂ©e pour ĂȘtre hors-norme.

D’oĂč ce copieux dossier de l’assez conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung, pour le moins rĂ©servĂ© quant Ă  la qualification d’Emmanuel Macron pour le second tour de cette Ă©lection prĂ©sidentielle. DĂ©jĂ , rien que ce titre : « La France dĂ©chirĂ©e ». Et cet avertissement en prime « Plus de 40 % des Français ont votĂ© pour des candidats Ă  droite toute ou Ă  gauche toute. La victoire de Macron est tellement Ă©troite que, lors des deux prĂ©sidentielles prĂ©cĂ©dentes, en 2007 et 2012, il ne serait pas arrivĂ© au second tour. »

MĂȘme son de cloche chez le plus « libĂ©ral » Der Spiegel, le succĂšs, mĂȘme relatif d’Emmanuel Macron, faisant figure de « gifle retentissante pour l’Établissement politique. ». Pis : « Sa qualification au second tour a balayĂ©, au moins provisoirement, des institutions politiques de longue date, les gaullistes-conservateurs tout comme les socialistes au pouvoir. »

On ne saurait mieux dire, mĂȘme si ces commentateurs Ă©vacuent, par nĂ©gligence ou ignorance, la dimension sociale et gĂ©ographique du scrutin en question. Soit cette France d’en bas qui ne « veut » plus, alors que celle d’en haut ne « peut » plus, fracture sociale que l’Allemagne connaĂźt d’ailleurs, mĂȘme si pour le moment contenue par ce qu’il demeure de capitalisme rhĂ©nan, permettant aux « pauvres » d’ĂȘtre moins pauvres et Ă©vitant aux « riches » de sombrer dans la pauvretĂ©, mĂȘme au prix de l’importation de dizaines de milliers d’immigrĂ©s censĂ©s payer les retraites des riches comme des pauvres.

De l’autre cĂŽtĂ© de la planĂšte, il va sans dire que du cĂŽtĂ© chinois, la prudence est de mise, confucianisme, post-communisme et pragmatisme allant souvent de pair. De celui de la Russie, mĂȘme si François Fillon Ă©tait candidat de raison, Marine Le Pen demeurait celle du cƓur, si l’on rĂ©sume la teneur de la presse moscovite : avec Emmanuel Macron, il faudra bien se faire une raison. Nous aurons tĂŽt l’occasion d’y revenir.

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