DĂ©cidĂ©ment, Jeanne d’Arc aura Ă©tĂ© clivante de son vivant autant que post-mortem
 En ce mois de fĂ©vrier 2018, une Jeanne d’Arc plus bronzĂ©e que l’original et « plus universelle que jamais » (selon La RĂ©publique du Centre) a suscitĂ© bien des polĂ©miques comme on pouvait s’y attendre
 et comme l’ont sans doute espĂ©rĂ©, bien qu’ils s’en dĂ©fendent sĂ»rement, les organisateurs des 589e FĂȘtes johanniques, en choisissant la jeune mĂ©tisse (polono-bĂ©ninoise) de 17 ans Mathilde Edey Gamassou pour l’incarner !

Il y a presque 20 ans de cela, la Sainte avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© au centre d’une bronca dĂ©clenchĂ©e alors par un film de Luc Besson : Jeanne d’Arc (ou La MessagĂšre : L’Histoire de Jeanne d’Arc, selon les pays).

Nous sommes en 1999, donc (1)
 et je n’avais pas envie d’aller voir The Messenger : the Story of Joan of Arc. Pourtant, tous les (derniers) films de Luc Besson m’avaient enthousiasmĂ©, depuis son cĂ©lĂšbre Nikita, jusqu’au CinquiĂšme ÉlĂ©ment en passant par LĂ©on
 De plus, la plupart des nouveaux films ne valant guĂšre (ça n’a pas beaucoup changĂ©) d’ouvrir trop inconsidĂ©rement sa bourse pour une place de cinĂ©ma – au mieux une soirĂ©e devant son poste de tĂ©lĂ©vision – je ne me dĂ©rangeais plus que pour les « grands spectacles » qui mĂ©ritent, eux, d’ĂȘtre vus sur grand Ă©cran (La Guerre des Étoiles, James Bond
) au risque parfois d’ĂȘtre déçu, mais en tout cas pas d’ĂȘtre « bassement matĂ©riellement volé » !

Non, je ne comptais pas aller voir ce film sur Jeanne d’Arc, parce que l’hĂ©roĂŻne française qui m’était fort sympathique dans mes jeunes annĂ©es – quelqu’un qui tue des Anglais ne peut pas ĂȘtre tout Ă  fait mauvais – m’était devenue tout bonnement insupportable.

Certes, Jeanne d’Arc est en gĂ©nĂ©ral l’égĂ©rie Ă  la fois des catholiques et des souverainistes et je ne suis ni l’un ni l’autre, mais l’omniprĂ©sence de la « D’Arcomania » dans le milieu nationaliste la rend incontournable. Jusqu’à l’overdose !

Tout comme, d’ailleurs, les pierres de Stonehenge, adulĂ©es, vĂ©nĂ©rĂ©es, cĂ©lĂ©brĂ©es, chantĂ©es par les paĂŻens de mes amis qui ne manquent pas une occasion d’en rajouter une louche sur ces quatre cailloux posĂ©s au milieu d’un champ
 Et pendant qu’on prie Jeanne d’Arc ou Stonehenge, suivant la grĂące qui vous a frappĂ©, l’Europe sombre dans le chaos ethnique et Ă©conomique
 et c’est bien du malheur, et ça c’est sĂ»r !

Toute la caricature de cette droite dite extrĂȘme, toutes tendances confondues, de ses fantasmes dĂ©biles et de ses impuissances notoires, serait sans doute une Jeanne d’Arc plus pucelle et illuminĂ©e que jamais, juchĂ©e en Ă©quilibre instable sur des cailloux millĂ©naires


Une vraie vision de cauchemar, d’apocalypse
 et une apocalypse malheureusement jamais Now, puisque les hĂ©licoptĂšres yankees ne risquent mĂȘme pas de se dĂ©ranger – et surtout pas au son de la chevauchĂ©e des Walkyries – pour rĂ©gler leur compte Ă  ce que les mondialistes estiment ĂȘtre – et comment leur donner tort ? – une poignĂ©e d’irrĂ©ductibles ringards.

Que la quasi-unanimitĂ© de la presse nationaliste se soit Ă©levĂ©e contre le film de Besson – alors mĂȘme que les 9/10e de ceux qui en parlaient n’avaient pas vu le film – m’énervait passablement Ă  l’époque et je dĂ©cidais donc d’aller le voir.

Un communiquĂ© officiel du Front national avait nĂ©anmoins saluĂ© l’entreprise de Luc Besson, soulignant qu’il s’agissait d’un Français qui damait le pion aux Yankees sur leur propre terrain
 et qui permettait de faire connaĂźtre l’hĂ©roĂŻne française Ă  travers le monde (2).

J’ajouterai que Besson a eu le mĂ©rite de faire aussi dĂ©couvrir (et souvent, hĂ©las mĂȘme pas de « re »-dĂ©couvrir) Jeanne d’Arc et son Ă©popĂ©e Ă  un peuple français pour qui ce nom n’était bien souvent que celui d’une rue parisienne
 et pour les plus lobotomisĂ©s, sans doute, « une collabo tondue en 1944 » depuis que les « bĂȘtes immondes » lui rendaient hommage le 1er mai de chaque annĂ©e.

Besson a fait un film pour grand public, un film de distraction, un film d’effets spĂ©ciaux, genre dans lequel il est passĂ© maĂźtre
 BĂ©atrice PĂ©reire(3) avait Ă©crit : « Il [Luc Besson] est l’avant-garde d’une excellence artisanale française dont mĂȘme Hollywood commence Ă  s’émouvoir. Personne n’est tenu d’aimer la techno, les trucages informatiques ou les jeux vidĂ©o. Il n’empĂȘche que la french touch est, en la matiĂšre, en train de s’imposer de par le monde entier. »

De plus, et cela a toute son importance, The Messenger : the Story of Joan of Arc est une « Ɠuvre de fiction », j’avais entendu Besson le dire lui-mĂȘme, c’était « sa » Jeanne d’Arc, « son » film
 Il n’avait jamais prĂ©tendu ĂȘtre son historien dĂ©finitif, ni le prĂȘtre-inquisiteur d’une vision mystique que certains, et c’est leur droit, lui reconnaissent


Yves Daoudal, alors directeur politique de l’hebdomadaire National Hebdo, grand catholique peu connu pour ĂȘtre modĂ©rĂ© sur la question religieuse, avait lui-mĂȘme (4) reconnu que Besson « était loin de la Sainte de la Patrie », qu’il « ne sait mĂȘme pas ce que peut vouloir dire cette expression », mais il ne lui en tenait pas rigueur, jugeant qu’un « film n’est pas une thĂšse ». Et c’est tant mieux, parce que les thĂšses, il y a des endroits pour ça !

Rappelons enfin que Luc Besson avait lui aussi choisi pour interprĂ©ter son hĂ©roĂŻne
 une Ă©trangĂšre ! De nationalitĂ© amĂ©ricaine, mais d’origine ukrainienne, c’était la sĂ©duisante Milla Jovovich. Nul, Ă  l’époque, n’avait trouvĂ© Ă  redire Ă  de telles origines ; on se demande pourquoi ! Ou pas


Notes

(1) (La majeure partie de ce texte est parue – sous le titre Jeanne d’Arc : « Besson m’a aimer ! » – dans Chroniques barbares 1993-2001, Éd. Dualpha, dĂ©cembre 1999).

(2) En 2018, le vice-prĂ©sident du FN, le dĂ©putĂ© Louis Aliot, a pris la dĂ©fense du choix de Mathilde Edey Gamassou avec ce tweet : « Mon entier soutien Ă  #Mathilde. Sa foi, l’attachement Ă  sa ville et son engagement au service des autres dans le scoutisme lui procurent toute la lĂ©gitimitĂ© pour incarner Jeanne d’Arc. #Orleans Que notre Dame d’Afrique ouvre les yeux de tous les haineux sur nos vĂ©ritables valeurs »  La ligne du FN reste donc la mĂȘme Ă  ce sujet.

(3) National Hebdo n°801, novembre-décembre 1999.

(4) National Hebdo n°800, 18 et 24 novembre 1999.

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