par Alexandre Durudeau.

Voici maintenant quelques jours que le monde entier a les yeux rivĂ©s sur le duel auquel se livrent Madrid et Barcelone, la seconde demandant le divorce quand la premiĂšre s’attache frĂ©nĂ©tiquement Ă  retenir sa moitiĂ©.

Économie

Il faut dire que Madrid est dans une situation fort dĂ©licate. Elle ne souhaite pas se sĂ©parer d’un de ses territoires les plus rentables d’un cĂŽtĂ© et perdre la face politiquement de l’autre. En effet, la Catalogne s’impose comme le moteur de l’économie espagnole : premiĂšre rĂ©gion exportatrice (un quart des exportations totales), la seconde au niveau des investissements Ă©trangers, premiĂšre destination touristique d’Espagne, une industrie dĂ©veloppĂ©e
 La Catalogne pĂšse dans le PIB du pays Ă  hauteur de 19 % ce qui la place comme la rĂ©gion la plus riche. MĂȘme au niveau du chĂŽmage, la Catalogne est aussi un modĂšle pour le reste des Espagnols avec un taux de chĂŽmage moyen de 13,2 % contre 17.2 au niveau national. Certes il y a bien la question de la dette qui est LE point faible de la rĂ©gion. Elle reprĂ©sente plus de 35 % de son PIB, d’autant plus que ses prĂȘts dĂ©pendent de l’État central.

Pour Madrid le dĂ©part de Barcelone serait une catastrophe Ă©conomique. L’Espagne perdrait des atouts dans l’ensemble des domaines Ă©conomiques. Mais, politiquement, le divorce aurait aussi des consĂ©quences graves, au niveau national comme au niveau europĂ©en.

Politique

Pour l’État central, le divorce montrerait une incapacitĂ© Ă  gĂ©rer les situations assez dĂ©licates pour remettre en cause l’unitĂ© du pays. Mais il faut avouer que, pour le moment, le gouvernement espagnol n’a pas Ă©tĂ© Ă  la hauteur, et il est maintenant obligĂ© Ă  reprendre le contrĂŽle sans pour autant que la rĂ©ussite de cette mission soit garantie.

PremiĂšrement, voilĂ  (trop) longtemps que l’Espagne laisse les anti-indĂ©pendance seuls. Politiquement, les nationalistes n’ont jamais obtenu la majoritĂ© au sein des parlements autonomes. Culturellement et socialement, ils prĂ©fĂšrent le silence, gardant leurs Ă©nergies pour des manifestations ponctuelles comme cela commence dĂ©jĂ  Ă  apparaĂźtre. Mais comme chacun le sait, perdre culturellement annonce la dĂ©faite politique.

L’État espagnol a cĂ©dĂ© ses pouvoirs suite Ă  une dĂ©centralisation trop poussĂ©e. La police catalane n’obĂ©it plus, la preuve lors du rĂ©fĂ©rendum illĂ©gal oĂč ils Ă©taient sommĂ©s d’empĂȘcher le vote. Au vu de l’inaction des troupes locales, c’est la police nationale qui a dĂ» intervenir
 Trop tard.

Aujourd’hui, clairement, la Catalogne a tous les atouts pour prĂ©tendre devenir indĂ©pendante. Barcelone est devenu une ville mondiale, son Ă©conomie est dans l’ensemble plutĂŽt bonne, culturellement trĂšs forte et seule une rĂ©ponse forte du gouvernement espagnol peut freiner ou arrĂȘter cette longue descente vers la sĂ©paration.

Concernant l’opinion publique, les mĂ©dias ont clairement pris la dĂ©fense des Catalans dĂ©crits comme des pacifistes voulant s’exprimer librement sur le destin de leur rĂ©gion, face Ă  un État central dont les images des policiers fermant de force les bureaux de vote. Toucher aux bureaux de vote c’est s’attaquer Ă  un point sensible, un point qui fait frĂ©mir l’opinion publique. Clairement la Catalogne a gagnĂ© cette bataille.

L’Europe

Au milieu de tout ça, l’Union EuropĂ©enne se tait, au moins officiellement. Il faut dire qu’elle est prise entre deux feux, prendre position pour l’un ou pour l’autre est un pari risquĂ© ou le taux de rĂ©ussite est de l’ordre de 50 %.

Logiquement l’Union EuropĂ©enne qui n’a qu’à la bouche le mot « droit » devrait prendre position pour l’État espagnol et contre ce rĂ©fĂ©rendum totalement illĂ©gal qui a Ă©tĂ© organisĂ© par les indĂ©pendantistes sans qu’une autoritĂ© Ă©lectorale neutre soit prĂ©sente ; totalement illĂ©gal, aussi bien sur la forme que sur le fond.

Certains diront que la possible indĂ©pendance de la Catalogne ouvrirait la boĂźte de Pandore des indĂ©pendantismes. C’est sans doute vrai et si cela n’était pas le cas, nul doute qu’elle donnerait tout de mĂȘme un coup de projecteur sur des revendications peu Ă©coutĂ©es et une ferveur certaine dans le cƓur des indĂ©pendantistes.

Mais l’Union EuropĂ©enne souffrirait-elle vraiment d’une montĂ©e des indĂ©pendantismes ? Ce n’est pas certain dans le sens ou le projet EuropĂ©en cherche Ă  terme Ă  exporter le modĂšle allemand. La France de son cĂŽtĂ© Ă  d’ailleurs commencĂ© Ă  s’engager dans ce chemin avec la crĂ©ation des « super rĂ©gions » qui captent de plus en plus les attributions des dĂ©partements. Lutter contre les « vieux » pays tel que la France ou l’Espagne passe aussi par un dĂ©mantĂšlement progressif. Le classique : diviser pour mieux rĂ©gner.

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