Par Jiƙí HanuĆĄ, professeur d’histoire Ă  l’UniversitĂ© Masaryk et membre de la direction de PravĂœ bƙeh.

TchĂ©quie – Bien que notre petite nation ait acquis la souverainetĂ© de son État en 1918 – le 28 octobre, ndlr -, il nous a de nouveau Ă©chappĂ© des mains Ă  cause des nombreux chocs historiques du 20Ăšme siĂšcle. En fĂ©vrier 1948 en particulier, la TchĂ©coslovaquie a complĂštement perdu son autonomie, ou plutĂŽt l’a gardĂ©e comme façade et est devenue un vassal soviĂ©tique derriĂšre celle-ci. Notre État a ensuite acceptĂ© toutes les caractĂ©ristiques des plus brutales colonies d’Afrique et d’Asie, tandis que l’Union soviĂ©tique a dĂ©passĂ© toutes les ambitions des puissances coloniales de l’ùre moderne.

Notre souverainetĂ© a finalement Ă©tĂ© restaurĂ©e en 1989. Ce fut le fruit de la RĂ©volution de velours, dont l’ethos humaniste fut souvent mis en avant, mais il est indĂ©niable que pour le peuple, l’aspect de la souverainetĂ© n’était pas moins important Ă  cette Ă©poque. Ce n’est pas un hasard si les TchĂšques mentionnent 1989 de pair avec l’annĂ©e 1918, deux rĂ©fĂ©rences essentielles au rĂ©tablissement de l’indĂ©pendance de l’État.

Milan Kundera, l’un des auteurs tchĂšques les plus connus, a publiĂ© un essai important le 1er aoĂ»t 1968. Il s’intitulait « MalĂœ a velkĂœÂ Â» (Le petit et le grand) et traitait ironiquement d’un amour entre la petite TchĂ©coslovaquie et la grande Union soviĂ©tique. L’auteur a rĂ©futĂ© de maniĂšre convaincante la prĂ©tention absurde Ă  l’égalitĂ© Ă  laquelle croyait la nomenclature communiste. Il a Ă©galement Ă©crit les phrases suivantes : « Pour une petite nation, la question de l’ĂȘtre et du non-ĂȘtre est toujours ouverte. La souverainetĂ© est leur effort, leur devoir et leur lutte Ă©ternels. Seule la nation qui dĂ©sire passionnĂ©ment vivre Ă  sa façon, seule une nation aussi fiĂšre, pour qui seule une vie indĂ©pendante vaut la peine d’ĂȘtre vĂ©cue, mĂ©rite de vivre et d’ĂȘtre ; et seule une telle nation perdure. »

Si nous ignorons le phrasĂ© de Kundera, quelque peu emprunt de pathos, comment se fait-il que, vingt-neuf ans aprĂšs la RĂ©volution de velours, ses paroles paraissent si pertinentes ? La raison en est que la TchĂ©quie se trouve malheureusement dans une situation similaire Ă  celle de la TchĂ©coslovaquie il y a cinquante ans. Non, je ne veux pas dire que l’histoire se rĂ©pĂšte, que la TchĂ©quie est aujourd’hui la TchĂ©coslovaquie et que l’Union europĂ©enne est l’Union soviĂ©tique aujourd’hui. Parce que clairement, elles ne le sont pas. Et pourtant, il y a des similitudes qu’il faut prendre au sĂ©rieux. Nous ne devrions pas considĂ©rer l’Union europĂ©enne comme le sommet du dĂ©veloppement social. Nous ne devons pas oublier que c’est juste un club politique et Ă©conomique qui peut prendre de bonnes ou de mauvaises dĂ©cisions. Comme toute institution, elle peut prospĂ©rer ou tomber. Et il est essentiel de savoir quelle est l’idĂ©ologie de ce club, qu’elle soit libĂ©ral-conservatrice ou socialiste, car elle a des implications pratiques. La situation actuelle, la centralisation obligatoire combinĂ©e avec l’agenda de gauche, n’offre pas beaucoup d’espoir pour l’avenir.

Une petite nation devrait chĂ©rir ce que Kundera a Ă©crit ; nous devrions le rĂ©pĂ©ter comme notre mantra tous les matins, midis et soirs. Nos lĂ©gislateurs devraient commencer et terminer chaque session du Parlement en le rĂ©citant, tant que le Parlement reste encore libre. La souverainetĂ© est le mot clĂ© auquel nous devons rĂ©flĂ©chir et que nous devons concrĂ©tiser. Cela sera sans doute difficile dans un avenir proche, car nous avons renoncĂ© Ă  une partie de notre souverainetĂ© – avec le traitĂ© de Lisbonne – comme cela a malheureusement Ă©tĂ© fait Ă  plusieurs reprises au cours du siĂšcle dernier.

C’est pourquoi il est nĂ©cessaire d’insister sur un consensus politique national, l’opposition au courant idĂ©ologique europĂ©en actuel, qui a Ă©tĂ© si bien illustrĂ©e par la rĂ©cente crise des rĂ©fugiĂ©s. Cette position est extrĂȘmement difficile Ă  expliquer : nous ne refusons pas la solidaritĂ©, nous nous opposons Ă  une fausse conception de la solidaritĂ©. Nous ne refusons pas la rĂ©solution de problĂšmes, nous sommes opposĂ©s Ă  l’exportation des problĂšmes vers de nouveaux endroits. Et si nous sommes vraiment un État souverain, nous avons le droit de dĂ©cider de ce qui se passera sur notre territoire.

Cependant, la conscience de l’importance de la souverainetĂ© nationale ne peut ĂȘtre commandĂ©e. Les nations ne sont pas nĂ©es quand quelqu’un leur a dit de le faire, mais quand les gens ont commencĂ© Ă  aimer leurs pays et Ă  travailler ou mĂȘme Ă  souffrir pour eux pour cette raison. Chaque fois que je commence Ă  en douter, je relis la derniĂšre lettre de Milada HorĂĄkovĂĄ avant son exĂ©cution : «Tout est nĂ© dans la souffrance, tout doit ĂȘtre payĂ©. Si mon destin est le fumier dont la terre a tant besoin, ce n’est pas en vain. Vous savez le mieux combien j’ai aimĂ© ce bout du monde oĂč se trouve mon pays. »

Je ne suis pas naĂŻf de penser que la plupart des gens sont disposĂ©s Ă  apprendre. Cependant, il est possible d’apprendre du passĂ©, du moins thĂ©oriquement, mais c’est intellectuellement exigeant et cela requiert de l’attention et de l’humilitĂ©. Il n’est pas vrai que l’histoire se rĂ©pĂšte automatiquement, mais il n’est pas vrai non plus que le passĂ© n’a aucun rapport avec le prĂ©sent. La vĂ©ritĂ© est quelque part au milieu. De plus, ce n’est pas seulement la question de la vĂ©ritĂ©, mais aussi celle de la volontĂ© de la rĂ©aliser. Alors, comment Ă©tait le mantra Ă  nouveau ? « Seule une nation aussi fiĂšre, pour qui seule une vie indĂ©pendante vaut la peine d’ĂȘtre vĂ©cue, mĂ©rite de vivre et d’ĂȘtre ; et seule une telle nation perdure. »


Traduit de l’anglais par le Visegrád Post.

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