Entretien avec Georges Gourdin, rédacteur en chef du site de réinformation Nice Provence Info et auteur de Sabotage, « Appel à la grÚve des consommateurs ».

 

Georges Gourdin

Georges Gourdin

Vous considĂ©rez la dĂ©croissance Ă©conomique comme le seul impĂ©ratif possible Ă  un avenir serein pour l’Humanité  Et ce, avec la mĂȘme conviction autoritaire que ceux qui prĂŽnent justement la croissance comme solution unique Ă  un avenir radieux
 N’y aurait-il donc pas d’autre choix ? Un juste milieu entre croissance et dĂ©croissance ?

Je ne me positionne pas en adepte idĂ©ologue de la dĂ©croissance Ă  laquelle je consacre un chapitre dans mon livre. J’explique comment est apparu ce nĂ©ologisme.

L’objectif Ă  atteindre n’est pas la dĂ©croissance en tant que telle, c’est plutĂŽt le refus du progrĂšs matĂ©riel quantitatif et perpĂ©tuel qui est l’orientation Ă  prendre. Le mot croissance est tellement imprĂ©gnĂ© dans notre vue du monde occidentale que le mot dĂ©croissance fait peur : il signifie rĂ©cession, retour en arriĂšre. Mais si vraiment ce mot fait peur Ă  certains, alors parlons de « croissance qualitative » !

Il n’y a pas de juste milieu entre croissance et dĂ©croissance car il ne s’agit pas de rĂ©gler plus ou moins le curseur de la production pour trouver le bon niveau. Il s’agit de revoir complĂštement notre relation au monde et le rĂŽle de l’économique. Il s’agit d’avoir un rapport aux autres et Ă  la nature qui ne soit plus soumis au rĂšgne de la quantitĂ©.

 

Vous donnez un certain nombre d’exemples pour « saboter » la surconsommation
 Acheter peu de vĂȘtements, mais de qualitĂ© et que l’on conservera en bon Ă©tat trĂšs longtemps avec un peu d’attention, d’accord, c’est rĂ©alisable
 Mais Ă  l’ùre de l’informatique, est-il imaginable de pouvoir conserver le mĂȘme ordinateur ou le mĂȘme smartphone plus de 3 ou 4 ans, alors que les progrĂšs ultrarapides des technologies les rendent vite techniquement inutilisables ? Il ne s’agit pas lĂ  du « design » des appareils, mais de leurs capacitĂ©s Ă  ĂȘtre utilisables longtemps avec les mises Ă  jour permanentes des logiciels, des moteurs de recherche, des applications, etc.

Cette fuite en avant technologique n’est pas une obligation. Elle nous est imposĂ©e par le SystĂšme qui y trouve son compte, mais au prix de ravages Ă©cologiques et sociaux considĂ©rables. Le SystĂšme nous impose ce gaspillage au nom du sacro-saint ProgrĂšs. Mais les gens s’aperçoivent bien que la machine s’emballe et que « c’était mieux avant », mĂȘme sans 4G ni GPS. Le succĂšs des produits « vintage » atteste de cette nostalgie.

Lorsque je jette un objet avant qu’il n’ait restituĂ© toute l’énergie qui a servi Ă  le manufacturer, c’est un gĂąchis. Le recyclage permet de retarder cette Ă©chĂ©ance et de rĂ©duire la gabegie Ă©conomique globale, donc Ă©cologique.

Je remets en cause dans mon livre la vision progressiste de l’Histoire. Une part de plus en plus grande de nos ressources est employĂ©e Ă  corriger les mĂ©faits du ProgrĂšs : mĂ©dicaments contre le stress, climatisation contre la sururbanisation, traitement de l’obĂ©sitĂ© liĂ©e Ă  la malbouffe, gestion des embouteillages, traitement de l’air et de l’eau polluĂ©s, systĂšme d’alarme pour traiter l’insĂ©curitĂ© croissante, etc. La machine s’emballe et tourne Ă  vide. MĂȘme le ProgrĂšs matĂ©riel s’évanouit.

 

Vous prĂŽnez la « grĂšve des consommateurs » pour « saboter » la surconsommation actuelle dans le Monde
 Mais croyez-vous vraiment que les citoyens – qu’ils soient les plus dĂ©favorisĂ©s ou les plus aisĂ©s socialement – acceptent de renoncer volontairement Ă  ce qui est devenu depuis des dĂ©cennies aux uns comme autres leur seul et unique motivation dans la vie ? Ne serait-ce pas une « utopie d’intellectuel » totalement dĂ©connectĂ©e de la rĂ©alitĂ©, Ă©trangĂšre aux prĂ©occupations quotidiennes de l’immense majoritĂ© des citoyens ?

Oui, j’y crois, et pour plusieurs raisons. Si je n’y croyais pas, je n’aurais pas Ă©crit ce livre !

J’y crois d’abord parce que je ne vois pas d’autre issue. J’analyse d’autres solutions, et j’explique pourquoi je n’y crois pas.

Ensuite j’y crois parce que la grĂšve de la consommation est dĂ©jĂ  en marche ! Si, si !

La grĂšve de la consommation, ce sont les sites de vente en ligne du type Le Bon Coin ou Gens de Confiance par exemple, mais tant d’autres qui touchent au recyclage et Ă  l’échange. Le troc se dĂ©veloppe, ainsi que les AMAP ou mĂȘme les monnaies locales. Le processus est donc dĂ©jĂ  enclenchĂ© sous de multiples formes.

Ensuite le niveau de consommation se rĂ©duira mĂ©caniquement par la rĂ©duction du pouvoir d’achat. C’est inĂ©luctable. J’invite mes lecteurs Ă  ne pas subir amĂšrement cette baisse du pouvoir d’achat, mais au contraire Ă  l’anticiper et Ă  la vivre comme une opportunitĂ© positive.

Enfin ce que je prĂ©conise, c’est de transformer ces nouveaux comportements encore trĂšs individuels et Ă©pars en action politique globale d’envergure. Il faut une prise de conscience qui accompagnera le renversement des valeurs.

C’est ainsi que nous Ă©viterons – peut-ĂȘtre – la guerre ou le chaos que l’on nous annonce.

 

Sabotage, « Appel Ă  la grĂšve des consommateurs », Georges Gourdin, Éditions Godefroy de Bouillon, 2016.

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