Certains le regretteront, d’autres s’en fĂ©liciteront sans doute : a-t-on fait trop grand cas de Davos, cette petite citĂ© helvĂ©tique, tout Ă  tour expression du diable et de tous ses diablotins rĂ©unis pour le malheur de l’humanitĂ© ou au contraire petit nuage peuplĂ© d’anges tout disposĂ©s Ă  faire le bonheur de la dite l’humanité ?

En rĂ©alitĂ©, il s’agit ni plus ni moins d’une oligarchie de 3 000 « Sachants et possĂ©dants » (19 000 euros d’inscription et 50 000 FS de cotisation au club) dont le fondateur Klaus Schwab (World economic forum) a Ă©tabli un ordre du jour trĂšs branchĂ©, comme la station des Grisons : les inĂ©galitĂ©s, l’exclusion et le rĂ©chauffement climatique.

Ces considĂ©rations, un rien dĂ©magogiques, mĂ©ritent examen, mais, en attendant, force est de constater que c’est le monde Ă  l’envers, sauf si l’on veut bien se souvenir que le capitalisme dans sa nature est protĂ©iforme et qu’il a une force de rĂ©cupĂ©ration Ă  nul autre pareil.
Xi Jinping défenseur de la mondialisation marchande

Le maĂźtre du Parti communiste chinois joue Ă  fronts renversĂ©s et tout le monde se fĂ©licite de sa dĂ©fense du libre-Ă©change et de la globalisation dont il voudrait bien qu’elle continue comme avant : « Ne pas fermer la porte au monde ! », dit-il. Fort bien ! Mais si le monde s’avisait (droit d’ingĂ©rence oblige !) de s’intĂ©resser au fonctionnement du Parti unique, aux institutions et aux libertĂ©s en Chine, gageons que l’habile homme se ferait moins demandeur.

Aussi bien, chacun, dans ces dĂ©clarations libre Ă©changistes, se fĂ©licite d’une communautĂ© de pensĂ©e. Il ne s’agit pas du tout de cela. Xi Jinping et la Chine sont dans la position de la Grande Bretagne au XIXe siĂšcle : atelier du monde, ils ne veulent pas que les dĂ©bouchĂ©s se ferment. VoilĂ  pour le cĂŽtĂ© british. Au surplus, l’attitude des dirigeants chinois relĂšve de la bonne vieille stratĂ©gie mercantiliste qui doit servir la puissance du souverain ; lĂ  c’est plutĂŽt le cĂŽtĂ© frenchie avec Colbert, sauf qu’aujourd’hui, le souverain c’est le parti.

À rebours, en effet, de l’autre cĂŽtĂ© de l’Atlantique, Donald Trump affiche plutĂŽt des positions protectionnistes et le Brexit constitue quand mĂȘme une inversion tout Ă  fait inĂ©dite du « sens de l’histoire » : voilĂ  les Anglo-saxons inventeurs de ce qu’était le Nouvel Ordre Mondial Ă©conomique prĂ©tendant maintenant s’en affranchir !

Ce basculement est d’une parfaite lisibilité : il est le symĂ©trique exact des performances chinoises Ă  l’export et des coĂ»ts amĂ©ricains, Ă  l’instar de la Grande-Bretagne victorienne dont le niveau de vie Ă©levĂ© eut pour consĂ©quence l’apparition d’un dĂ©ficit commercial extĂ©rieur, alors qu’elle restait la grande dispensatrice de capitaux comme aujourd’hui la Chine commence Ă  le faire (voir les Investissements directs Ă  l’étranger [IDE] chinois en France).

Finalement rien de trĂšs nouveau, chacun voit midi Ă  sa porte, seule peut-ĂȘtre la France et l’Europe raisonnent sur la question en termes idĂ©ologiques et moraux alors qu’il s’agit avant tout d’intĂ©rĂȘts pragmatiques.

Les « valeurs » de Davos

En politique, les valeurs c’est comme la culture et la confiture : moins on en a, plus on l’étale. La rĂ©publique finissante en sait quelque chose, elle qui ne cesse de nous parler de ses valeurs sans jamais les dĂ©finir.

En Ă©conomie, on sait ce que sont les valeurs, mais le Forum Ă©conomique veut se prĂ©occuper des inĂ©galitĂ©s et des exclusions. Vaste programme qui ne relĂšve certes pas tout Ă  fait de l’économie puisque celle-ci, par le mĂ©canisme de la propriĂ©tĂ©, de la concurrence, de l’innovation, est intrinsĂšquement un mĂ©canisme d’exclusion lequel est le plus souvent d’ailleurs d’une grande fĂ©conditĂ© Ă©conomique.

Ont-ils aussi songĂ© que la seule cotisation Ă  payer, pour parler de l’exclusion, exclut des milliers d’intervenants possibles.

Donc, le forum fait dans le social, pourquoi pas ! mais cela sent plutĂŽt l’alibi
 Prenons l’Europe, par exemple, et le mĂ©canisme mis en Ɠuvre par Mario Draghi : les fameux assouplissements monĂ©taires. Ils ne sont rien d’autre qu’une cuisine interne entre possĂ©dants, banquiers centraux et oligarques politiques pour sauver les banques commerciales et priver les Ă©pargnants de la rĂ©munĂ©ration de leurs efforts et les consommateurs de disposer librement du cash qu’on est en train de leur interdire. N’est-ce pas lĂ  une exclusion et une inĂ©galitĂ© flagrantes ? VoilĂ  qui ne sera pas dĂ©battu lĂ -haut sur la montagne !

RĂ©chauffement climatique

LĂ  aussi, on peut s’interroger : que veulent les hommes de Davos ? Le retour sur investissement. Le rĂ©chauffisme n’est pas qu’un corpus scientifique, il reprĂ©sente maintenant des intĂ©rĂȘts considĂ©rables. Et sur le plan scientifique, l’essentiel des travaux sur la question reçoit des financements publics ou privĂ©s impliquĂ©s dans l’économie du rĂ©chauffisme. La question n’est pas de nier systĂ©matiquement l’idĂ©e du rĂ©chauffement, mais de s’interroger sur son origine anthropique laquelle semble de faible contribution Ă  ce qui pourrait ĂȘtre un cycle comme le fut le refroidissement, la petite glaciation moderne de la fin du Moyen Âge au XVIIIe siĂšcle, magnifiquement dĂ©crite par Emmanuel Leroy-Ladurie dans son histoire du climat.

Toutes les Ă©tudes scientifiques contradictoires avec la doxa rĂ©chauffiste ne sont accessibles qu’aux internautes trĂšs avisĂ©s et rares.

Bref, le forum de Davos est en dĂ©finitive toujours Davos et tombe toujours du cĂŽtĂ© oĂč il penche (pense ?).

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